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Mission d’observation d’Emergence sud : « Nous n’avons pas de pouvoir d’injonction » selon Epiphane Zoro, chef de la mission

Accueil > Actualités > DOSSIERS > Présidentielle 2005 • • samedi 12 novembre 2005 à 10h07min

Epiphane Zoro

Dans le cadre de l’élection du 13 novembre 2005, de nombreux observateurs internationaux ont fait le déplacement du Burkina. Au nombre de ceux-ci, des membres de Emergence sud, une organisation de promotion de la démocratie et d’éducation à la citoyennenté.

Epiphane Zoro et Moussa Sy, respectivement chef de la mission d’observation et coordonateur technique de Emergence sud, nous situent sur l’enjeu de l’observation des élections et leur mission au Burkina.

Sidwaya (S.) : A quel titre êtes-vous au Burkina Faso et dans quel cadre ?

Epiphane Zoro (S.Z.) : Depuis 2002, un certain nombre de cadres et d’intellectuels africains ont décidé de créer une organisation de promotion de la démocratie et d’éducation à la citoyenneté. Pour l’heure le siège de cette organisation dénommée Emergence Sud est basé à Bruxelles en Belgique. C’est un siège provisoire pour deux raisons, il s’agit d’une organisation panafricaine. Je suis le coordonateur de cette organisation et je réside souvent à Bruxelles. Et dans nos opérations de lobbying, Bruxelles est la capitale de l’Europe et cela facilite ce travail de lobbying. Nous fonctionnons en réseau et nous nous sommes donnés pour objectif d’impliquer davantage la jeunesse africaine, les cadres africains dans le processus de démocratisation en Afrique.

Nous ne voulons pas que le destin de l’Afrique se dessine sans les Africains. C’est notre objectif de sensibiliser. Je suis au Burkina Faso en tant que chef de la mission d’observation que Emergence sud a mis sur pied dans le cadre de l’élection présidentielle du 13 novembre 2005. Nous sommes venus avec des experts électoraux d’origine africaine mais également d’origines européenne et canadienne. Au niveau de l’Afrique ils proviennent de la République démocratique du Congo (RDC), de la Centrafrique, du Sénégal, du Togo, du Bénin, de la Côte d’Ivoire. Ceux d’origine française et caraïbéenne viendront de la France, de la Martinique.

Il s’agira pour toutes ces nationalités européennes, africaines, caraïbéennes, canadiennes dans un premier temps, d’avoir un regard croisé sur l’évolution du processus démocratique au Burkina Faso, le jeu des partis politiques, les initiatives de la société civile, les femmes, les jeunes. Cette première phase de notre mission concerne l’évaluation post électorale. Ensuite, nous aurons l’observation proprement pour laquelle nous avons pris un certain nombre de dispositions de sorte que Emergence sud aie une vision d’ensemble sur l’ensemble des opérations de vote sur le territoire national.

S. : Comment allez-vous travailler concrètement sur le terrain ?

M. Moussa Sy (M.S.) : Nous avons une équipe composée d’une vingtaine d’observateurs internationaux. Ce que je voudrais expliquer, c’est qu’aujourd’hui l’observation des élections est devenue une préoccupation majeure pour la communauté internationale que pour les institutions nationales des pays, des citoyens, des partis politiques. C’est par les élections qu’on permet aux citoyens de choisir ceux qui doivent les diriger mais également de participer au processus démocratique et à la consolidation de la démocratie en Afrique. Raison pour laquelle, sur invitation du gouvernement du Burkina Faso, nous sommes venus ici pour observer. Mais observer les élections ne signifie pas apprendre au peuple burkinabè la démocratie. C’est un peuple assez mûr qui doit prendre en charge son destin démocratique.

Pour les observations, il y a trois phases importantes : les activités que nous menons avant, pendant et après les élections. Avant l’élection, nous prenons contact sur place avec les différents acteurs qui interviennent dans le processus électoral, notamment les autorités électorales, les partis politiques, les candidats, les missions et corps diplomatiques, les organisations internationales basées dans le pays, les médias, le public d’une manière générale. Nous faisons des entretiens avec tous ces acteurs et cela nous permet d’avoir une idée sur la situation politique du pays, mais également à partir des documents que nous recevons de tous ces acteurs. Après cela, on procède à un déploiement du personnel sur le terrain.

Compte tenu des hommes dont nous disposons, il faut qu’on essaie de voir comment les utiliser. Pour le cas d’espèce, nous nous sommes déployés sur huit zones : l’Ouest avec la capitale Bobo-Dioulasso, le Nord, l’Est, le Centre, le Sahel, le Sud-Ouest et la zone de la Boucle du Mouhoun. Pour ce qui concerne Emergence sud, ce sont là nos zones d’intervention. Nous n’avons pas les moyens de nous déployer sur l’ensemble du territoire national et dans tous les bureaux de vote. Mais il y a d’autres observateurs internationaux et locaux.

« Sidwaya (S). A quoi vous intéressez-vous généralement le jour du vote ?

M. Moussa Sy : Nous demandons à nos membres de se focaliser sur certaines questions : l’heure d’ouverture du bureau de vote, la disponibilité du matériel électoral, le début du vote, la présence des représentants des parts politiques les irrégularités etc. C’est sur la base de ces rapports fournis par nos représentants et des informations recueillies avant, pendant et après les élections que rédigerons notre rapport.

C’est sur cette base que nous faisons des recommandations que nous transmettons aux autorités gouvernementales pour les aider s’il y a des failles ou des limites dans le processus électoral, notamment pour apporter des corrections ultérieurement. Parce qu’on ne peut en une journée ou en une année régler véritablement le processus électoral ou la démocratie dans nos pays respectifs. Les observateurs doivent observer le respect de la souveraineté, de l’indépendance du pays ; respect des droits de l’homme, respect aux autorités, aux officiels, avoir un bon comportement, ne pas faire de conclusions prématurées et tous les faits doivent être vérifiables. Une mission d’observation ne doit pas dire n’importe quoi sur la base de données non vérifiables.

Ce sont des éléments que nous intégrons dans notre démarche. Maintenant il y a un respect important par rapport à notre approche. Elle est basée sur les principes et paramètres désormais reconnus consensuellement comme constitutifs d’élections libres et démocratiques.

C’est pourquoi nous prenons systématiquement en compte, dans l’observation durant les trois phases que j’ai mentionnées, les éléments suivants : la libre expression du choix des citoyens, l’égalité du traitement des candidats et enfin l’indépendance et la crédibilité de toutes les structures impliquées dans le processus.

Nous sommes-là depuis cinq jours. Durant tout ce temps, nous avons noué des contacts avec tous les acteurs. Cela nous permet au moment du rapport, de prendre en compte tous les trois éléments fondamentaux que je viens d’énumérer.

S. : Qui finance cette opération d’observation que vous menez ?

Zoro Epiphane : (S.Z.) : La mission est financée par les ressources d’Emergence sud. Nous avons un certain nombre de projets parmi lesquels un projet d’éducation à la citoyenneté en Côte d’Ivoire et un autre de même type en République démocratique du Congo. C’est par rapport aux différentes ressources acquises pour l’exécution de ces différents projets que nous avons demandé l’autorisation de nos différents bailleurs en Belgique pour étendre le projet au Burkina Faso. Et donc, nous fonctionnons sur un budget que nous avons acquis en Côte d’Ivoire. Le bailleur a accepté que nous intervenions au Burkina Faso étant donné que ce pays et la Côte d’Ivoire sont dans la même zone et des élections paisibles organisées au Burkina Faso pourraient servir d’exemple pour les autres pays de la sous-région.

S. : Quelles peuvent être les attentes des populations vis-à-vis des missions d’observation ?

M. Zoro Epiphane : A notre arrivée, nous avons entendu un certain nombre d’observations par rapport aux attentes des populations vis-à-vis des missions d’observation. Certaines personnes attendent des missions d’observation une espèce de légitimation d’un système quel qu’il en soit ; d’autres qu’elles mènent à leur place leurs actions de contestation, de lutte politique d’accession au pouvoir. Je dirai qu’il s’agit de fausses attentes dans un sens comme dans l’autre dans la mesure où les missions d’observation internationales interviennent dans le cadre du respect de la souveraineté. Deuxièmement, nous n’avons pas de pouvoir d’injonction. Les missions d’observation n’ont pas non plus le rôle des organisations locales qui sont impliquées dans la contestation, la promotion, la défense, etc.

Nous faisons des conclusions, des recommandations que nous soumettons aux autorités nationales et internationales impliquées dans l’organisation des élections. Nos conclusions sont accessibles à toutes les associations, les organisations de la société civile. Il appartiendra à ces organisations de la société civile d’accéder à ces conclusions et d’en tirer toutes les conséquences qui leur semblent nécessaires.

Evidemment, il nous est difficile avec notre nombre réduit d’avoir une idée d’ensemble et une couverture sur l’ensemble du territoire. C’est pour cela que nous nous appuyons sur un certain nombre d’organisations locales. Nous sommes entrés en rapport avec la LIDEJEL qui nous a recommandé un certain nombre d’observateurs dans les zones les plus reculées où les nôtres n’auront pas accès.

Nous avons établi un système de relais avec ces personnes-contacts. Hier (jeudi 10 novembre) nous avons eu une rencontre avec le MBDHP par rapport à l’observation des élections. Nous avons appris avec regret que le MBDHP n’a pas été retenu par la CENI en tant que structure devant observer les élections. Cela est certainement regrettable mais nous lui avons fait une recommandation.

Dans la mesure où la mission traditionnelle du MBDHP est de veiller au respect des droits de l ‘homme, nous lui avons recommandé de faire une sorte d’observation parallèle : sans avoir accès aux bureaux de vote, aux autorités, sans être obligé a intervenir directement dans le jeu politique, nous estimons que le droit de vote fait partie des libertés fondamentales. Nous avons proposé au MBDHP de mobiliser ses militants, d’ouvrir des espèces de cellules de veille dans les différentes circonscriptions électorales et administratives de sorte que toutes les anomalies, toutes les entraves au droit électoral leur soient signalées.

Cela est possible pour le MBDHP dans sa fonction classique de surveillance du respect des droits de l’homme. Cela est notre souhait de sorte que ce mouvement ne reste pas en marge du processus et qu’il fasse remonter auprès des observateurs internationaux les informations qui pourraient lui parvenir en terme d’atteintes aux droits de vote et de violation.

Entretien réalisé par Ismaël BICABA (bicabai@yahoo.fr)
Abdoulaye GANDEMA

Sidwaya

P.-S.

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Présidentielle 2005

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