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Burkina Faso : L’initiative "Saleema" pour éliminer les mutilations génitales en Afrique

Accueil > Actualités > Société • Lefaso.net • mercredi 13 octobre 2021 à 21h04min
Burkina Faso : L’initiative

La ministre en charge de la femme et de la solidarité nationale a ouvert, ce mardi 12 octobre 2021 à Ouagadougou, le dialogue national sur l’initiative "Saleema". Cette initiative de l’Union africaine, portée par le président du Faso, Roch Kaboré, vise à accélérer l’éradication des mutilations génitales féminines (MGF) en Afrique.

Bien que de nombreux Etats soient signataires des instruments internationaux interdisant la pratique des mutilations génitales féminines, la prévalence de celles-ci demeure encore élevée dans certains pays du continent africain.
Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), l’on estime à 68 millions, le nombre de filles dans le monde qui pourraient être exposées à un risque de mutilations génitales féminines avant 2030. Or, plus de 50 millions de ces filles vivraient en Afrique, selon les estimations actuelles.

En vue de parvenir à un développement durable où l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes et des filles sont effectives, l’élimination des pratiques néfastes y compris celles des mutilations génitales féminines s’avèrent indispensables.

Et la tenue du présent dialogue national sur l’initiative “Saleema” avec les principaux acteurs de la promotion de l’élimination des MGF au Burkina Faso va dans ce sens. Il a pour objet de présenter aux parties prenantes, l’initiative et son plan d’action quinquennal 2019-2023 en vue de recueillir leurs engagements et soutiens multiformes pour sa mise en œuvre optimale.

« Que la norme ne soit plus l’excision ! Mais la non-excision qui soit la norme sociale ! », a exhorté Marie Laurence Ilboudo, ministre en charge de la femme

« Les MGF restent aujourd’hui un sujet préoccupant pour l’Afrique et le Burkina Faso en particulier. Et le gouvernement à travers le président du Faso, qui est “champion de l’Union africaine” sur l’accélération de l’abandon des mutilations génitales féminines, a élaboré un plan d’action africain qui s’appelle “Saleema” », a expliqué Marie Laurence Ilboudo, ministre en charge de la femme.
Le terme “Saleema” qui est une expression de la langue arabe, signifie, selon la ministre, « sain de corps et d’esprit ».
« Pour dire que les femmes doivent être de nos jours saines de corps et d’esprit », a-t-elle souligné.

Laurence Ilboudo précisera que la présence de l’ensemble des acteurs à cette rencontre, vise à booster les politiques et les communautés afin que dans une synergie d’actions, l’objectif de zéro MGF en Afrique soit atteint d’ici à 2030.
Comme toutes les luttes, celle-ci nécessite des moyens, notamment d’ordre financier. A ce titre, la ministre estime que les ressources de financement doivent être d’abord endogènes, avant de jeter le regard sur les partenaires techniques et financiers (PTF).
« D’où la nécessité de regarder ensemble avec les acteurs nationaux, comment nous pouvons mobiliser des ressources aux côtés des PTF pour la mise en œuvre efficace de cette initiative », a-t-elle renchéri.

Dès l’entame de ses propos, le représentant résident du Fonds des nations unies pour la population (UNFPA), Auguste Kpognon, a salué la volonté et l’engagement des acteurs de mettre fin aux MGF en Afrique.

« Je vous témoigne toute mon admiration pour votre engagement et votre implication personnelle dans ce combat qui permet de hisser le Burkina Faso comme l’un des meilleurs exemples de dialogue politique et communautaires pour le respect des droits de la femme, ceux de l’enfant et particulièrement la protection de la jeune fille », a-t-il affirmé.

« Le plan “Saleema” sera soutenu », a promis Auguste Kpognon, représentant les partenaires et financiers

Auguste Kpognon a rappelé qu’à l’occasion de la célébration internationale de la “Tolérance zéro aux MGF” 2021, les nations unies ont mentionné que deux millions de femmes et de filles pourraient subir des MGF au cours de la prochaine décennie du fait du Covid-19.
« Au Burkina Faso, fort heureusement, grâce au travail accompli par les autorités et les communautés, l’excision n’est plus un sujet tabou. En effet, neuf Burkinabè sur dix pensent que c’est une pratique qui doit être abandonnée », a-t-il indiqué.

Et de ce fait, près d’un village sur deux s’est engagé à éliminer définitivement cette pratique et à respecter l’intégrité physique de la jeune fille, selon le représentant des partenaires et financiers.

Tout en reconnaissant les efforts consentis et en les encourageant davantage dans cette noble lutte, M. Kpognon a réitéré l’engagement des PTF à soutenir le gouvernement et le peuple burkinabè dans ses actions de promotion et de protection des droits des femmes et jeunes. « Le plan “Saleema” sera soutenu », a promis Auguste Kpognon.

La pratique des MGF est passible de sanction par la loi au Burkina Faso

Sur la question des pesanteurs socioculturelles qui ont tendance à freiner l’impact des actions menées dans ce combat, pour Laurence Ilboudo, la vision de “Saleema” est également de changer la norme.
« Que la norme ne soit plus l’excision ! Mais la non-excision qui soit la norme sociale ! », a-t-elle encouragé.

Pour ce faire, il est capital, selon la ministre en charge de la femme, que soient abolies toutes cultures qui asservissent les citoyens et citoyennes de l’Afrique et du Burkina Faso en particulier.

Les participants au dialogue national sur l’initiative “Saleema”

En rappel, les MGF sont passibles de sanction au Burkina Faso par la loi n°025-2018/AN du 31 mai 2018 portant code pénal. Elle stipule à son article 513-7 que : « Est puni d’une peine d’emprisonnement de un an à dix ans et une amende de 500 000 FCFA à trois millions de francs CFA, quiconque porte ou tente de porter atteinte à l’intégrité de l’organe génital féminin par ablation, par excision, par infibulation, par insensibilisation ou par tout autre moyen. Si la mort en est résultée, la peine est un emprisonnement de 11 à 21 ans, ainsi qu’une amende de 1 million à 5 millions de francs CFA ».

La même loi stipule en son article 513-8 que : « Les peines sont portées au maximum si l’auteur est du corps médical ou paramédical. La juridiction saisie peut en outre prononcer contre lui, l’interdiction d’exercer sa profession pour une durée qui ne peut excéder cinq ans ».

Quant à son article 513-9, elle stipule que : « Est puni d’une peine d’emprisonnement de 1 à 5 ans et d’une amende de 250 000 à 1 million de francs CFA, quiconque à travers son discours, propos ou écrit public, encourage les mutilations génitales féminines ».
Le numéro vert pour dénoncer cette pratique est le 80 00 11 12.

L’affiche de sensibilisation contre les MGF au Burkina Faso

Le Burkina Faso a organisé et abrité en octobre 2018 une conférence internationale sur les MGF afin de galvaniser l’engagement politique et de responsabiliser les acteurs à tous les niveaux.

Cela a été un cadre de plaidoyer auprès des gouvernants et d’échanges entre les experts en vue d’élaborer un plan continental de l’élimination des MGF.
Les travaux de cette rencontre ont permis l’adoption de la “déclaration de Ouagadougou”, qui, en plus de rappeler l’urgence de galvaniser la lutte, a proposé le sacre du président du Faso, “champion de l’Union africaine” pour la promotion de l’éradication des MGF.
Cette proposition avait été concrétisée le 11 février 2019, en marge du sommet des chefs d’Etat de l’Union africaine à Addis-Abeba.

Hamed NANEMA
Lefaso.net

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