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Razack Belemgnégré : Le champion de l’agroécologie qui veut révolutionner l’agriculture

Accueil > Actualités > Portraits • LEFASO.NET • jeudi 29 juillet 2021 à 23h20min
Razack Belemgnégré : Le champion de l’agroécologie qui veut révolutionner l’agriculture

Dans sa ferme de trois hectares, à Roumtenga, à la périphérie de Ouagadougou, Razack Belemgnégré expérimente depuis 2013 l’agroécologie. Composée d’une grande variété de plantes associées les unes aux autres, cette ferme présente de grandes innovations antinomiques à l’agriculture conventionnelle. Sans utiliser des produits chimiques et des pesticides, la ferme agroécologie de Roumtenga donne satisfaction. Nous avons pu parcourir les allées de ce champ le 26 juillet 2021.

Dans ce champ grillagé de trois hectares, les plantes se côtoient et grandissent mutuellement. Le maïs, en phase plantule, est associé dans le même compartiment à la laitue, tandis que la patate douce prospère à l’ombre des papayers… Les tomates, les choux et la salade grandissent grâce à la combinaison avec les courgettes qui les protège des ravageurs. Plus loin, des plantes de moringa et de cléome émergent au milieu d’une grappe de courgettes et de fraises. « Ici, nous mettons des plantes “amies” côte à côte pour qu’elles se protègent mutuellement des ravageurs », indique le propriétaire du champ, Razack Belemgnegré.

« Nous n’utilisons pas de pesticides ni d’autres produits chimiques, il n’y a que du fumier et du compost que nous utilisons », ajoute « le paysan africain », pseudonyme qui lui a été collé par des amis en référence à son engagement pour la terre. Pour Razack Belemgnégré, cette association de plantes sans intrants chimiques est l’identité de l’agriculture agroécologique.

Le compost, l’autre fertilisant de Béo-neeré

A la différence de l’agriculture conventionnelle, l’agroécologie est une agriculture qui n’utilise pas de produits chimiques, explique-t-il tout souriant, en montrant du doigt un tas de compost déposé sous le seul karité dans son jardin. Pour lui, l’agroécologie est une technique culturale radicalement opposée à l’agriculture telle que pratiquée habituellement. En substance, dit-il, « c’est un ensemble de pratiques, un savoir-faire local inspiré des lois de la nature, tout en prenant en compte des aspects comme les associations de culture, la fertilité du sol et la protection de l’environnement ».

Dans cette ferme reverdie par les vertus des intrants naturels, quatre réservoirs d’eau permettent d’arroser constamment les plantes. Les tubes du système de canalisation, engloutis dans les feuilles des plantes, sont aussi utilisés pour l’arrosage du jardin. « Ce sont des techniques que j’utilise en saison sèche », précise le jeune agriculteur qui dit avoir lancé ce projet grâce à la subvention reçue du Fonds national pour l’éducation et la recherche (FONER) destinée à l’aider dans ses études. Pour lui, l’agroécologie est praticable toutes les saisons au regard de sa « simplicité ».

Produire sans détruire

Pour Razack Belemgnégré, l’agroécologie est une agriculture protectrice de l’environnement. « Elle ne présente aucun danger pour l’environnement », soutient celui qui a rangé son diplôme de maîtrise de droit pour investir les champs. Et ce, grâce à l’utilisation de fertilisants comme le compost et le fumier qui ne dégradent pas la terre, selon ses explications. « C’est une agriculture à la taille humaine », a-t-il martelé, avant d’ajouter qu’elle n’a pas de conséquences sur la nature.

Le formateur David Foly du Togo explique les techniques de piquage de la tomate

« Cette négation des produits chimiques dans ce type d’agriculture protège non seulement les acteurs mais aussi le sol parce qu’elle ne contribue pas à leur infertilité », laisse entendre Razack Belemgnégré, le regard admiratif posé sur une touffe de salade prête à être récoltée après les 45 jours de piquage. « L’agroécologie, poursuit-il, a pour vocation d’atteindre l’autosuffisance alimentaire. Nous sommes dans cette dynamique de production massive en vue de contribuer à notre manière à l’atteinte de l’autosuffisance alimentaire au Burkina ».

Selon Abdoul Razack Belemgnégré, la ferme agroécologie est devenue une attraction. Elle reçoit chaque année des centaines de personnes pour des visites ou des formations, a-t-il confié. Venu pour une formation de trois mois et titulaire d’un Brevet de technicien supérieur (BTS) en béton armé, Abdoul Zongo est un incubé qui ne compte plus retourner sur les bancs. Muni de son arrosoir, il fait des va-et-vient pour arroser une rangée de salade et de fraises fraichement repiquées. « Je vais désormais me consacrer à l’agroécologie. A travers les formations que j’ai reçues, je pense que je peux m’en sortir », affirme-t-il.

Sayouba Belemgnegre est lui animateur de Béo-neeré, une association dirigée par Razack Belemgnegre. Il a été aussi ‘’appâté‘’ par la ferme après son passage en 2016. « Quand j’ai obtenu mon BEPC en 2019, je suis venu directement ici. On m’a recruté comme animateur-producteur », conclut-il, tout en précisant qu’il a auparavant reçu une formation dans la même ferme.

L’arrosage de la laitue

Mieux enseigner les pratiques

Petit à petit, la renommée de la ferme agroécologique Béo-neeré franchit les frontières du Burkina. Le vendredi 23 juillet 2021, elle a reçu une cinquantaine de personnes venues de quatre pays, en plus du Burkina, notamment du Mali, du Ghana, du Bénin, du Nigéria, pour une formation en agroécologie. Cette formation entrant dans le cadre de la 8e édition d’incubation, indique M. Belemgnégré, vise à outiller les participants en vue de mieux pratiquer la technique agricole. « Au cours de ces trois jours de formation (du 23 au 26 juillet), nous leur avons enseigné les techniques de l’agroécologie », confie le Togolais David Foly, spécialiste en agroécologie et formateur.

« Nous avons appris la technique de préparation de compost ainsi que celle de la culture de la carotte, de tomate et les techniques de plantation de papayers », soutient le Malien Mahammadou Koulibaly à l’issue de la formation.

A la clôture de cette formation sanctionnée par des attestations, le patron de la ferme a exprimé sa satisfaction. Il a indiqué que son association nourrit l’ambition de créer une université en agroécologie. Mais en attendant, poursuit le trentenaire, la ferme va mettre l’accent sur la production des semences de qualité afin de promouvoir la thématique.

En rappel, Béo-neeré est une association qui s’investit dans la formation et la promotion de l’agroécologie. Razack Belemgnégré est le directeur de ce centre.

Serge Ika Ki (stagiaire)
Lefaso.net

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