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Sayouba Traoré aux présidents du Faso et de l’Assemblée nationale : « Il faut réparer la brousse »

Accueil > Actualités > Opinions • Tribune • mercredi 14 juillet 2021 à 21h30min
Sayouba Traoré aux présidents du Faso et de l’Assemblée nationale : « Il faut réparer la brousse »

Je vous demande très respectueusement de bien vouloir accepter de lire ces quelques mots. C’est uniquement en ma qualité de citoyen burkinabè que je me permets de m’adresser à vous ce matin. D’ores et déjà, je sollicite votre compréhension. Je ne suis spécialiste en rien du tout. Toutefois, cela fait plus de 30 ans que j’arpente les villages et hameaux de nos pays. J’ai regardé exécuter les différentes phase du PNGT.

Dès le départ, je savais ce PNGT insuffisant à atteindre les objectifs. La preuve, la dégradation de l’environnement et des ressources naturelles s’est poursuivie. En certains endroits, cette dégradation s’est même accélérée. Comment je peux parler avec une telle assurance ? C’est parce que je fréquente les techniciens d’agriculture et les techniciens d’élevage, les différents producteurs, les ONG et les associations depuis de longues années.

Monsieur le Président du Faso,
Monsieur le Président de l’Assemblée Nationale

Les manifestations de notre calvaire actuel ont commencé depuis les années 1970. Depuis cette date, la région du Sahel a souffert d’une sécheresse sévère et persistante. C’est-à-dire que ce n’est pas une année difficile en passant, et puis on va réparer les dégâts l’année suivante. Non ! C’est une accumulation d’années difficiles. Et une année difficile vient aggraver les effets néfastes de la précédente.

A ce niveau, le terme insécurité alimentaire est insuffisant pour décrire la situation. C’est bien simple, plus personne n’a de quoi manger et de quoi donner au bétail. Résultat : on s’en va. Quand la savane réputée plus accueillante est touchée par la sécheresse, il est inutile de s’attarder sur une région encore plus désolée comme le sahel. Les populations quittent donc ces zones arides vers les régions plus humides, au sud, et les grandes villes.

Monsieur le Président du Faso,
Monsieur le Président de l’Assemblée Nationale

Le cadre de vie s’est rétréci, obligeant tout ce monde à vivre sur un périmètre étroit. Agriculteurs comme éleveurs, tous ensemble. Il est légitime que les agriculteurs se sentent envahis chez eux. Tout comme il est légitime que les éleveurs recherchent des moyens d’existence, là où ces ressources existent. Les jeunes et ceux qui ont encore de la force se sont investis dans l’orpaillage traditionnel. Déjà cette activité amplifie la détérioration du cadre de vie et la dégradation des ressources naturelles. On pouvait fermer un œil et se dire que ces gens ne disposent que de cette soupape de sécurité. Et voilà que des sociétés minières viennent leur enlever ce recours ultime. La terre elle-même devient une marchandise aux mains des sociétés immobilières.
Quand on lotit le champ d’un paysan ou quand on bâtit sur le pâturage d’un éleveur, on condamne ces concitoyens à une mort certaine.

Monsieur le Président du Faso,
Monsieur le Président de l’Assemblée Nationale

Ce que je dis là, vous pouvez le vérifier par vous-mêmes sur le terrain. Cet enchaînement de crises est déjà difficile pour les populations. Mais les hommes ne veulent pas changer leurs habitudes. Avant, il y avait une forte mortalité infantile. Une femme fait dix enfants, dans l’espoir que les mâchoires de la mort vont épargner deux ou trois. Les gouvernements et leurs partenaires ont mis le paquet. Et la santé maternelle et infantile s’est améliorée. Une femme fait dix enfants, et se retrouve avec 9 sur les bras. Mais les hommes ont toujours refusé de tenir compte de cette nouvelle donne. Résultat : l’explosion démographique.

Les scientifiques appellent explosion démographique une augmentation très élevée et très rapide de la population. Une explosion démographique est généralement génératrice de pauvreté et de fragilité économique : les structures économiques et aussi sociales du pays n’ont pas le temps de s’adapter à la taille de la population. Comment cela se traduit en Afrique et plus spécifiquement au Sahel ? Les chiffres disent bien ce qu’ils veulent dire. La population de l’Afrique subsaharienne a été multipliée par près de 5 fois entre 1960 et 2020. Elle a dépassé le milliard en 2017. Elle représente dorénavant 14% de la population mondiale, contre 7% en 1960. En 1950, il y avait 227.794.000 d’Africains. En 1960 283.361.000. En 2020. 1.340.598.000.

Maintenant voyons quelques pays du Sahel. En 1960, la Mauritanie comptait 850.384 habitants. En 2020, la population de ce pays est passé à 4.525.696 habitants. Pour le Mali, on a 5.263.733 en 1960, contre 19.658.031 en 2019. De 3 millions d’habitants en 1960, la population du Niger est estimée à 20 millions d’habitants en 2018. Le Burkina Faso passe de 8.800.000 habitants en 1960 à 20.244.080 habitants en 2018.

Monsieur le Président du Faso,
Monsieur le Président de l’Assemblée Nationale

Le cadre de vie a diminué. Les ressources naturelles ont fondu. Les plus anciens se rappellent de certains arbres qu’on ne voit plus aujourd’hui. De même, il y avait des fruits en vente au bord des chemins que l’on ne voit plus dans les paniers des femmes. La production de nourriture a diminué. Et le nombre des mangeurs autour de l’écuelle a augmenté. Pour répondre à cette nouvelle situation, on a tenté d’augmenter les productions agricoles et animales. Plus une surexploitation des ressources naturelles. Résultat ? Une dégradation des terres, qui n’en peuvent plus. Et un déboisement à marche forcée. Et enfin une consommation effrénée des ressources en eau. Surexploitation, ça veut dire qu’on consomme plus que ce que la nature peut donner. Et on ne laisse même pas à cette pauvre nature le temps de reconstituer ses forces.

Monsieur le Président du Faso,
Monsieur le Président de l’Assemblée Nationale

Pourquoi je vous raconte ces choses ce matin ?
Je vous demande de mobiliser tout ce qui est mobilisable pour réparer la brousse. Réparer la brousse, on sait le faire. Des techniques existent. Le Burkina Faso dispose de techniciens de terrain à même de mettre cela en œuvre. Notre pays ne manque pas de main-d’œuvre. Le courage au travail du Burkinabè est proverbial. Voyez vous-mêmes, s’il vous plaît ! Est-ce que nous pouvons continuer avec des terres tellement appauvries que nous récoltons 300 kilogrammes de céréales à l’hectare ? Permettez-moi de préciser que dans d’autres zones du monde, on récolte 8 tonnes à l’hectare. Est-ce que nous pouvons continuer à pratiquer l’élevage avec trois mois de fourrage par an ? Est-ce que nous pouvons continuer à déboiser pour cuisiner, alors que la savane au sud elle-même est aujourd’hui menacée ?

Monsieur le Président du Faso,
Monsieur le Président de l’Assemblée Nationale

Je vous demande très respectueusement de jeter un regard sur la carte. Nous avons tout foutu en l’air au nord. Aujourd’hui, nous grignotons la savane au sud. Pouvons-nous vraiment continuer ce processus mortifère ? L’insécurité au Sahel va prendre fin un jour. Je n’ai pas le moindre doute là-dessus. Nous vaincrons. Parce que nous avons raison. Parce que nous n’avons pas le choix. Mais tout esprit bien disposé voit bien que, tant que nous n’allons pas nous décider à réparer la brousse, cette libération sera vaine.

Monsieur le Président du Faso,
Monsieur le Président de l’Assemblée Nationale

Pardonnez-moi d’avoir abusé de votre temps. Je vous le demande très respectueusement. De même, si un propos vous a heurté dans cet écrit, veuillez croire que c’est le fait d’une maladresse.

Votre compatriote et votre frère Sayouba Traoré
Journaliste, écrivain.

Vos commentaires

  • Le 14 juillet à 13:17, par zemosse En réponse à : Sayouba Traoré aux présidents du Faso et de l’Assemblée nationale : « Il faut réparer la brousse »

    Je vous remercie et félicite pour cet écrit. Espérons que les destinataires seront à la hauteur de leur responsabilité et agiront. Sinon, ils seront comptables de la dégradation de la nature et subiront la rigueur de la loi de cette nature qui est celle du tribunal de l’histoire.

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  • Le 14 juillet à 15:53, par Sidlaboum O En réponse à : Sayouba Traoré aux présidents du Faso et de l’Assemblée nationale : « Il faut réparer la brousse »

    Merci cher frère d’avoir interpellé à votre manière les patrons de l’exécutif et du législatif.
    Vous avez crevé l’abcès dans votre façon à vous, demandant réaction.
    Votre lecture de la situation est panoramique, pédagogique en même temps un cri de cœur.
    Les maux sont connus, il faut agir , en premier lieu sur l’environnement.
    Pour vous soutenir, il faut s’attacher à la brousse, à notre environnement, pas avec les méthodes du ministère de l’environnement , anachronique, folklorique et sans résultats tangibles.
    Que fait-on réellement chaque année pour RESTAURER l’environnement ? Quelles bonne initiatives ? Les quelques reboisements au mois d’Août ? là aussi inappropriés ?
    Et si on revisitait les bonnes manières de l’époque de Sankara ?
    Elles sont bien connues :
    Le REBOISEMENT à l’échelle nationale par tous le monde ; enfants, jeunes , adultes, vieux, femmes aux moments des peines et des hoies ; Naissance, mariages, aujourd’hui, on pourrait étaler cela aux anniversaires, aux journées culturelles et sportives des élèves, aux réussites scolaires et universitaires etc... On pourrait étaler cela dans les baptêmes musulmans ou chrétiens, aux cérémonies coutumières, aux funérailles. Des ambassadeurs s’accréditent-ils ou son en fin de mandat ? la plantation d’arbres ou le reboisement est impératifs.
    Aux niveau des fonctionnaires, des corps militaires et paramilitaires, des syndicats, du parti au pouvoir, de l’opposition etc, on peut dénombrer PLUSIEURS OCCASIONS pour planter, pour s’occuper de la BROUSSE, pour VENERER l’environnement.
    Mr Sayauba Traoré, naa an laara an saara.

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  • Le 14 juillet à 16:05, par Nabiiga En réponse à : Sayouba Traoré aux présidents du Faso et de l’Assemblée nationale : « Il faut réparer la brousse »

    Belle analyses de la situation au sahel surtout l’accent mis sur l’explosion démographique dans la sous-région ouest africaine, et par extension l’Afrique en générale. Problème bien posé mais que peut-on faire même si on doit faire quelque chose ? La réponse se trouve peut-être dans la foi dominante au Sahel qui autorise un homme d’avoir jusque 04 femmes. Certes, il faut obéir cette loi islamique si on est capable mais combien sont ceux qui l’obéissent et marient tout de même 04 femmes, qu’ils aient les moyens ou pas. Et même, 04 femmes pour un homme, le minimum d’enfants peut aller jusque 20 enfants ; enfants dont il est incapable de scolariser encore moins nourrir. Conséquence inéluctable de cette explosion née de l’obéissance de cette foi, est la pauvreté. Les religions importées, toutes religions confondues, sont à la base de tous les maux de notre continent. N’en déplaise aux croyants.

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  • Le 14 juillet à 17:54, par Sidnoma En réponse à : Sayouba Traoré aux présidents du Faso et de l’Assemblée nationale : « Il faut réparer la brousse »

    "Le coq a chanté" !... Merci M. Traoré pour la sonnette d’alarme.
    A nos décideurs d’être réceptifs.
    Dieu bénisse le Burkina !

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  • Le 14 juillet à 19:01, par Negblanc En réponse à : Sayouba Traoré aux présidents du Faso et de l’Assemblée nationale : « Il faut réparer la brousse »

    Mon cher frère Sayouba,
    Rien à ajouter à votre analyse. Permettez-moi simplement de dire que mis à part la donnée démographique dont vous parlez la plupart des indicateurs de base pour planifier notre développement sont biaisés ! On a constamment fausse les statistiques pour plaire au pouvoir donc évidemment on a des indicateurs officiels qui ne correspondent pas à ce que vous observez et qui est plus proche de la réalité !
    En revanche je doute de notre capacité à en sortir, parce que cela nécessite de faire tout le contraire de ce qui se fait en ce moment en matière de développement. C’est à dire concevoir notre propre vision de notre avenir et de celui des générations à venir sans impliquer des bailleurs de fonds. Sans être contre bailleurs de fonds et ONG, il faut savoir qu’il ne sont pas NOUS et ne peuvent savoir mieux que nous ce qui nous convient.
    Hors nous confions tous ces fondamentaux à des projets et à des personnes qui ne nous connaissent pas. J’espère que le président vous a lu et vous entendra de la meilleure façon qui soit.

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  • Le 14 juillet à 19:50, par Douamba Ibrahim En réponse à : Sayouba Traoré aux présidents du Faso et de l’Assemblée nationale : « Il faut réparer la brousse »

    Merci pour écrit et j’espère bien que les dirigeants de notre cher pays auront une très bonne compréhension. Vraiment, même s’ils ne réagissent pas, vous aurez votre part divine car dans cet écrit ,il y’a des phrases qu’ on peut considérer comme des versets coranique ou biblique.Grand merci !

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  • Le 15 juillet à 10:13, par Thekid En réponse à : Sayouba Traoré aux présidents du Faso et de l’Assemblée nationale : « Il faut réparer la brousse »

    Grand frère Sayouba, RAS complètement d’accord avec cette analyse très pertinente.
    J’espère que le PF et le PAN prendront un peu de leur temps aussi précieux pour vous lire.
    Bravo, belle analyse qui en dit long !!
    Wait and see !!!!

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  • Le 15 juillet à 11:13, par Zut En réponse à : Sayouba Traoré aux présidents du Faso et de l’Assemblée nationale : « Il faut réparer la brousse »

    Parler de "réparer la brousse" à un gouvernement qui n’est pas capable de protéger d’abord les gens qui y vivent est impertinent, aucun sens ! Réparons les vies des déplacés avant la brousse

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  • Le 16 juillet à 11:23, par Kiendrebeogo issaka En réponse à : Sayouba Traoré aux présidents du Faso et de l’Assemblée nationale : « Il faut réparer la brousse »

    A la lecture de ce rapport pertinent,je me suis dit que l’auteur ne s’adresse pas seulement aux deux personnalités 1ers responsables du pays, mais à tous les burkinabe et tout patriote qui peut agir pour les accompagner. Pour ma part et parmi les sujets évoqués et qui demandent un traitement, j’ai choisi la DEMOGRAPHIE GALOPANTE. Ainsi une association est en gestation en vue d’actions de sensibilisation. Dennomination de la structure FUTUR AU FEMININ , UNE FEMME TROIS ENFANTS " en abrégé " F 3 " Je vous demande une adhesion massive. je suis au 7O 18 98 06

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