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Le terrorisme au Burkina Faso : que faire face à l’ennemi ?

Accueil > Petites annonces > Offres de bourses du CIOSPB • • mardi 20 octobre 2020 à 15h34min
Le terrorisme au Burkina Faso : que faire face à l’ennemi ?

Les États démocratiques en Afrique subsaharienne sont sous la menace des terroristes. Ainsi le Burkina Faso essuie des attaques terroristes meurtrières qui endeuillent le pays depuis 2015. Tous les efforts du Burkina Faso sont concentrés dans la lutte contre le terroriste. Mais il est à remarquer que ce phénomène inquiète le peuple burkinabè qui pense que l’Etat n’a pas encore trouver les stratégies efficaces dans cette lutte. Pour venir à bout, il y a l’exigence d’une puissante coalition des États africains et occidentaux. Cette union permettra de combattre le terrorisme en l’affaiblissant voire en l’anéantissant parce qu’il constitue une menace contre l’humanité.
Mots-clés : Culture, démocratie, djihadisme, Etats, religion,

Introduction

Les États démocratiques en Afrique subsaharienne connaissent une déstabilisation à cause du terrorisme qui s’y est installé depuis la chute du guide libyen et de l’instabilité politique de la Lybie en 2011. Dès lors, les pays comme le Mali, le Niger, le Burkina Faso, le Nigéria, la Côte d’Ivoire sont sous les menaces terroristes. Les organisations djihadistes bien organisées et lourdement armées commettent des atrocités dans ces pays de l’Afrique de l’Ouest et endeuillent des familles et des États. C’est le cas du Burkina qui, depuis janvier 2015, enregistre des attaques djihadistes. Depuis 2015, les attaques s’amplifient et n’accordent de répit au gouvernement qui doit réaliser son projet de société. D’énormes efforts sont concentrés pour la lutte contre ce fléau.

Mais au vu de l’acharnement des terroristes contre le Burkina Faso et de l’enlisement du djihadisme, un certain nombre de questions se posent dont la principale est : Le terrorisme est-il invisible au Burkina Faso ? Les questions secondaires sont les suivantes : Qui sont les ennemis invisibles qui mènent une guerre asymétrique dans ce pays ? Que veulent-ils derrière les attaques ? Que faire pour que le Burkina retrouve sa tranquillité d’antan ? Ces interrogations permettront d’analyser la situation sécuritaire du Burkina Faso et de proposer des pistes de sortie de cette crise. Une recherche documentaire sur le terrorisme au Burkina permet de traiter le sujet en analysant d’abord le phénomène, ensuite en identifiant les causes et enfin de proposer des esquisses de solutions.

1. Le terrorisme au Burkina Faso
Le terrorisme est conduit au Burkina Faso sous le nom du djihadisme. Dans ce sens, J. Rogozinski, (2017, p. 106), définit comme suit : « Le djihadisme est une idéologie moderne qui se fait passer faussement pour une restauration de l’islam primitif ». Ses adeptes sont des individus armés qui mènent un combat contre les États démocratiques et sèment la terreur au nom de l’islam. Des groupes se sont formés autour de cette idéologie pour imposer leur croyance aux autres êtres humains. Le djihadisme qui sévit en Afrique de l’Ouest n’épargne ni musulmans, ni chrétiens, ni athées. Également aucune communauté n’est sauvée de leur menace. Quelle que soit l’appartenance ethnique ou la zone, ils tuent froidement les forces de sécurité nationale, les populations civiles, détruisent les biens et pillent les richesses dans les localités où ils passent. Ce terrorisme fait perdre des vies humaines au nom de leur religion.

C’est pourquoi pour A. Bonkoungou (2016, p. 38), « les menaces djihadistes sont d’une extrême gravité puisqu’elles font des victimes en vie humaine. » Depuis les attaques terroristes plusieurs milliers de personnes ont perdu la vie parmi elles des enfants, des femmes, des hommes, des jeunes, des individus d’un âge avancé. C’est la grande désolation dans les pays lorsque des familles sont endeuillées.

Les menaces perpétrées par les groupes djihadistes sont d’ordre mondial. Beaucoup de pays ont formé des coalitions pour se défendre contre les attaques terroristes, en témoignent les propos d’A. Bonkoungou, (2016, p. 78) :
Les liens entre les organisations djihadistes menaçant la paix et la sécurité du monde par des attaques de tout genre ont conduit les États à une approche globalisée des opérations de luttes contre le terrorisme. De fait, les menaces terroristes de la zone sahélo-saharienne ne sont pas sans lien avec les attaques du groupe Etat-Islamique.
Mais ces groupes djihadistes appartiennent à des organisations terroristes liées à d’autres plus organisées, plus équipées en armement et donc plus puissantes. Des ramifications de l’AQMI et les alliances entre les groupes terroristes consolident les organisations djihadistes. Ces ramifications s’observent dans les petits groupes qui font allégeance à AQMI. A ce propos, A. Bonkoungou, (2016, p. 90), écrit :
Les principaux groupes menaçant la sécurité des populations par des opérations terroristes ont été identifiés dans cette étude : il s’agit notamment de l’AQMI et de ses filiales, du MUJAO, de Boko-Haram et des signataires de Dieu par le sang. L’expansion du mouvement terroriste dans cette région du monde tient d’abord à la croissance numérique des djihadistes mais aussi aux alliances qui se nouent entre les différentes organisations.

Mais au Burkina Faso, le terrorisme qui se pratique est dirigé par un burkinabè. Comme le souligne A. S. Oulon (2019, p. 65), « la filière terroriste alimentée pendant longtemps par des Algériens, des Maliens, des Nigériens compte maintenant des Burkinabè. Le groupe Ansaroul Islam dirigé par les Burkinabè Malam Dicko puis Jaffar Dicko est un exemple. » Ce sont des burkinabè qui ont créé un groupe terroriste pour tuer leurs frères et sœurs burkinabè. Cela est incompréhensible que cela puisse arriver dans un Etat de droit ou un Etat démocratique. L’ennemi en fait n’est pas un étranger mais un fils du pays qui lutte contre la stabilité de son pays et l’épanouissement de ses frères et sœurs en créant un djihadisme intérieur. Depuis la création du groupe de Malam Dicko, qui est mort avec certains de ses disciples, le terroriste continue sévir dans le pays et d’endeuiller les populations. Le terrorisme a fait son lit depuis 2015 au Burkina Faso.

Des attaques meurtrières sont constatées au Nord, à l’Est, au sahel au Centre-nord et au Centre du pays. En attestent les propos de A. S. Oulon, (2019, pp. 16-17) :
Le terrorisme est depuis devenu un autre visage de l’insécurité au Burkina Faso. Les actes se sont multipliés depuis 2016 même s’ils ont commencé le 04 avril 2015 avec l’enlèvement du Roumain Julian GHERGUT à Djibo dans le Soum région du Sahel. Amenés par des Burkinabè et des non nationaux, les groupes armés terroristes mènent une guerre psychologique et asymétrique. Ils défient le Burkina. Attaques contre des postes de sécurité, axes routiers minés par des engins explosifs improvisés, assassinats ciblés, incendies d’établissements, post primaires et secondaires : les assauts des groupes armés se sont multipliés au Burkina Faso. Des localités sont devenues des symboles de cette insécurité chronique.

La situation sécuritaire délétère du pays pousse plus d’un à s’interrogation sur les véritables causes du terrorisme. Est-ce vraiment au nom de l’islam, que les groupes terroristes s’acharnent contre le Burkina Faso et ses fils ? Ou autres raisons sont à rechercher ailleurs ?

2. Les prétendues causes du terrorisme

Si l’on observe bien les modes d’action des terroristes au Burkina Faso, l’on peut dire qu’ils atteignent leurs objectifs lorsqu’ils attaquent le pays. Les attaquent sont bien organisées et échouent rarement. A. S. Oulon (2019, p. 53) résume la situation ainsi qu’il suit :
Selon une source antiterroriste, « les assassinats ciblés sont à analyser comme des méthodes de créer la psychose au sein de la communauté ou des règlements de compte ou encore des actes de représailles contre des personnes considérées comme des informateurs des services de sécurité ». Les enlèvements sont un moyen pour obtenir de l’argent auprès des pays d’origines des otages au pour servir de moyen d’échanges.

Leurs méthodes d’agissement provoquent la psychose, le désarroi et la grande désolation dans tout le pays. L’on a l’impression que l’Etat burkinabè est impuissant face à l’ennemi qu’il ne maîtrise pas. Il mène une guerre asymétrique qui semble ne pas être gagnée au vu des attaquent qui se perpétuent depuis 2015. Les tueries sont inconcevables après cinq ans de lutte engagée contre ces terroristes. L’on peut se peut se poser la question à savoir si la puissance étatique n’existe plus W. Bole, Drew C. et R. T. Hennemeyer, (2016, p. 24), font remarquer que « l’absence d’un gouvernement central fort est de toute évidence une cause d’instabilité, quand elle ne favorise pas la montée du terrorisme international, comme on l’a vu avec l’Afghanistan avant le 11 septembre 2001, ou avec la Somalie livrée au pouvoir des chefs de guerre. » La gouvernance des États de l’Afrique de l’Ouest est souvent remise en cause parce que le terrorisme profite de l’instabilité politique pour s’installer. Les États en Afrique depuis le printemps arabe ont connu des insurrections populaires, des révoltes, des manifestations et des mouvements sociaux. Surtout avec la situation politique de la Lybie, il y a une déstabilisation politique de ce pays qui a eu des répercussions sur les pays comme le Nigéria, Mali, le Niger, le Burkina Faso, etc. Ces pays connaissent des frondes sociales. Les citoyens dénoncent une gouvernance qui ne les satisfait pas. Cela engendre des mouvements sociaux. Toute chose qui montre des failles dans ces États et que les terroristes profitent pour les déstabiliser davantage. Les failles dans la gouvernance des États démocratiques de l’Afrique de l’Ouest participent à l’introduction du terrorisme avec le recrutement des jeunes, leur endoctrinement et les attaques meurtrières.

Les djihadistes justifient leur enracinement dans des zones qu’ils attaquent par des motifs religieux, la nécessité d’instaurer la religion islamique à tous les États. Même les musulmans qui ne sont pas de leur confession religieuse sont également tués ou enlevés. A. Bonkoungou, (2016, p. 79), fait observer ceci : « L’idéologie religieuse propre au groupe est marquée surtout par le salafisme et le sunnisme ». Le motif de la religion est avancé par les terroristes pour imposer leur volonté par les armes. Pourtant, les Etats attaqués ou sous menaces terroristes sont des Etats laïcs où la liberté de culte est un droit fondamental. Le Burkina Faso subit une pression réelle surtout au sahel, à l’Est et au Nord. Vouloir y imposer un Etat islamique est une aberration au vu de son cosmopolitisme religieux. Le Burkina Faso traverse une période difficile pour deux que sont la non-consolidation avec des troubles permanents et la volonté des terroristes d’imposer le djihad par des attaques meurtrières. Comment sortir alors de cet infernal phénomène qui engendre la psychose et les séries des tueries et des enlèvements des citoyens au Burkina Faso ?

3. Les stratégies de lutte contre le terrorisme

Depuis 2015, le Burkina Faso à travers des mesures prises par le gouvernement, des colloques organisés sur la situation sécuritaire, le terrorisme s’enlise dans ce pays. L’Etat est -il impuissant face aux attaques terroristes ? Manque-t-il des stratégies efficaces pour neutraliser les terroristes et leurs bases ? Que fait le Groupe des cinq pays du Sahel (G5 sahel) regroupant le Mali, le Burkina Faso, le Niger, la Mauritanie et le Tchad qui se sont regroupés pour lutter contre les terroristes qui mènent une guerre asymétrique transfrontalière ? Il est à remarquer que des efforts considérables sont faits dans le sens de mettre en place des stratégies de lutte contre le terrorisme.

En effet, la coalition pour lutter contre le terrorisme à travers le G5 Sahel ne semble pas capitaliser des résultats probants. Il est impératif que l’Union Africaine mobilise toutes les forces vives de la sécurité en Afrique pour neutraliser ce fléau avec le soutien de l’Occident. Une union forte seule peut mettre fin au phénomène. L’Etat islamique qui voulait se mettre en place en Irak, en Syrie et dans d’autres pays du moyen et proche orient a été neutralisé par une coalition des États soutenus par les États-Unis, la Russie et la France… Il en résulte que le terrorisme s’est affaibli en Syrie et en Irak. Il faut également pour le Burkina Faso et les autres pays de l’Afrique qui souffrent de ce mal, une forte coopération avec l’ensemble des pays de l’Afrique et ceux de l’Occident pour mettre fin à cette barbarie meurtrière menée par les terroristes. Tant que le terrorisme ne sera pas l’affaire de tous les pays du monde, il ne sera pas vaincu. Il faut engager une guerre réelle contre tous les groupes terroristes par une force de frappe remarquable et sans pitié pour ne laisser aucun survivant dans leur rang. Cela dissuadera de futurs potentiels djihadistes à annihiler leur volonté de nuire aux autres hommes. Ce qui nécessite que des camps de réfugiés soient créées dans ces pays attaqués pour que la population se déplace afin de permettre la neutralisation des djihadistes dans leurs logis. La guerre doit être menée pendant tout le temps nécessaire pour les exterminer et se rassurer que les zones attaquées soient libérées. Les populations pourront être relogées avec le soutien des États pour leur survie.

De plus, une des solutions est le processus de la reconversion des djihadistes. Les États peuvent négocier avec eux pour le dépôt des armes afin qu’un dialogue social soit mené pour leur réinsertion sociale. Dans cette optique, A. Bonkoungou, (2016, p. 87) suggère de « resocialiser » les djihadistes au moyen de la culture, « le binôme déconstruction/ reconstruction » c’est-à-dire par une formation ou un enseignement qui démystifiera l’idéologie des djihadistes :
En réalité, on combat l’idéologie par l’idéologie. La problématique de la lutte contre l’idéologie salafiste pourrait se comprendre dans une logique de « conversion ». Car, lorsque les djihadistes n’auront plus en eux la conviction du salafisme qui les détermine, ils ne seront plus portés à commettre des actes djihadistes et terroristes. Dans cette perspective, on pourrait dire que la dynamique du combat contre l’idéologie salafiste est portée par le sens du binôme déconstruction/construction. (A. Bonkoungou, 2016. p. 88.)

Cette culture qui permet la déconstruction mentale dissuade les djihadistes à commettre leur forfait et pourra être une solution surtout au sein de la jeunesse qui constitue leur principal réservoir de recrus potentiels. Après la déconstruction mentale, il est impératif de procéder à une reconstruction mentale par une éducation sociale, une éducation à l’humanité, une éducation au vivre-ensemble dans une harmonie sociale. Il faut sensibiliser, donner les bonnes informations sur la religion et le sens du vivre-ensemble aux terroristes pour les humaniser et rendre possible une humanité pacifique. Il est courant d’entendre que ce qui unit les êtres humains est plus fort que ce qui les désunit. Il faut travailler à l’union des peuples par l’éducation, la sensibilisation et surtout par le dialogue social dans le sens de l’intérêt général.
Par ailleurs, l’Etat démocratique doit instituer le dialogue social et politique pour favoriser l’expression plurielle dans la gestion des affaires publiques.

Pour cela, il faut associer la population contre la lutte des dérives à tous les niveaux c’est-à-dire au niveau de la gouvernance, au niveau des comportements et agissements déviants des citoyens. Une forte implication de la population à travers le dialogue social, interculturel, interreligieux et intercommunautaire est capitale pour prendre en compte des préoccupations des citoyens. Il s’ensuit que la population va collaborer et s’engager dans la lutte contre le terrorisme. Dans une gouvernance qui se veut bonne et vertueuse, le peuple ne peut se révolter parce qu’il collabore déjà à la construction de l’Etat qui est une chose publique. A ce propos, A. Ogien et S. Laugier (2011, p. 10), écrit :
Dans un régime politique où l’organisation de la société civile et le dialogue social sont des réalités vivantes (même si elles ne traduisent pas toujours par le changement réclamé) et où les alternances peuvent corriger les trop grands écarts qui s’instaurent entre la politique conduite par les gouvernants et les attentes d’une majorité de gouvernés, le fait qu’une partie de la population refuse d’appliquer une loi ou un texte réglementaire porte en lui une menace pour le principe même de la démocratie.

C’est dire que dans les Etas démocratiques dans lesquelles le droit est respecté et le peuple est impliqué dans la gestion des affaires, le terrorisme ne peut exister. Au Burkina Faso, la gouvernance doit favoriser l’implication réelle du peuple dans la gestion des affaires publiques. Cela évitera les révoltes, la fronde sociale, les insurrections populaires et les coups d’Etat.

Conclusion
Le terrorisme est un fléau qui menace la démocratie en Afrique surtout au Burkina Faso. Si l’on se réfère aux massacres perpétrés par les terroristes, aux pillages, à la destruction des biens, aux prises d’otages, aux enlèvements de citoyens, aux menaces proférées contre le personnel de l’administration publique burkinabè et la population de certaines localités, l’on peut dire que le terrorisme constitue un fléau au Burkina. L’Etat burkinabè déploie des moyens pour lutter contre le djihadisme mais le peuple subit des exactions des groupes terroristes. C’est pourquoi, pour mettre fin à ce phénomène qui est transfrontalier à court terme, l’union de tous les États africains est nécessaire pour lutter vigoureusement contre le djihadisme. A long terme, l’Etat burkinabè doit assainir sa gouvernance et éduquer le peuple au vivre-ensemble pour éviter l’endoctrinement de la jeunesse ou de la population. Il y va de la survie du peuple et de la consolidation de la démocratie.

SOME/SOMDA Minimalo Alice
Chargée de recherche,
Institut des Sciences des Sociétés (INSS) du Centre National de la Recherche Scientifique et Technologique (CNRST) – Ouagadougou, Burkina Faso
Mail : alicesomda14@gmail.com

BONANÉ Rodrigue Paulin,
Chargé de recherche en philosophie de l’éducation,
Institut des Sciences des Sociétés (INSS) du Centre National de la Recherche Scientifique et Technologique (CNRST) – Ouagadougou, Burkina Faso
Mail : rodbonane@yahoo.fr

Bibliographie
BOLE William, CHRISTIANSEN Drew et HENNEMEYER Robert T., 2007, Le pardon en politique internationale. Un autre chemin vers la paix, traduit par Monique Berry, Paris, Nouveaux Horizons.
BONKOUNGOU Alfred, 2016, Les organisations djihadistes en Afrique de l’Ouest. Une menace contre l’Europe à partir de la bande sahélo-saharienne, Allemagne, Editions universitaires européennes.
OGIEN Albert et LAUGIER Sandra, 2011, Pourquoi désobéir en démocratie ?, Paris, La Découverte.
OULON Atiana Serges, 2019, Comprendre les attaques armées au Burkina Faso. Profils et itinéraires de terroristes, Burkina Faso, Emile Sia.
ROGOZINSKI Jacob, 2017, Djihadisme : le retour du sacrifice, Paris, Editions, Desclée de Brouwer.

Vos commentaires

  • Le 19 juillet à 04:37, par Obs En réponse à : Le terrorisme au Burkina Faso : que faire face à l’ennemi ?

    Je ne commente pas souvent les articles mais là je ne peux pas me retenir. Il y a un certain nombre de lacunes dans cet article. Je voudrais soumettre quelques critiques aux auteurs.

    1. Dans la première partie, la définition du djihadisme est problématique : « Le djihadisme est une idéologie moderne qui se fait passer faussement pour une restauration de l’islam primitif ». Cette définition ne dit rien sur le phénomène. De plus, elle qualifie cette idéologie sans même l’avoir correctement définie. Les auteurs sont ici dans une perspective de jugement du phénomène plutôt que compréhension et d’explication. Nous sommes d’accord que le phénomène est désastreux pour notre pays. Nul n’est besoin de le rappeler. Ce qui est attendu de chercheurs, c’est de nous offrir les analyses pour comprendre le phénomène de façon objective.
    De plus, Le lien avec le contexte du pays n’est pas explicitement mentionné (fragilité des États, tensions ethniques, vulnérabilité de l’appareil sécuritaire depuis le soulèvement de 2014, etc.).

    2. Dans la deuxième partie, les auteurs se focalisent sur l’aspect religieux comme explication du phénomène. Les auteurs parlent d’ailleurs de « prétendues causes ». Ils auraient dû tenter de décrypter la situation au-delà des apparences. Même si le djihadisme est une référence importante, la plupart des experts de cette question le mentionnent, la situation actuelle est le résultat d’une multitude de facteurs (politique, social, économique, etc.) avec un élément déclencheur, la déstabilisation de la Libye. Le cheminement qui conduit des personnes à ces actions violentes comportent en plus de l’endoctrinement des motivations personnelles liées à la précarité économique, à l’injustice et à la marginalisation. Le djihadisme se nourrit de la détresse de ceux qu’il enrôle et des populations civiles qui subissent ses assauts. Au-delà de l’idéologie djihadiste, il y a des motifs économiques et des tensions ethniques qui favorisent le recrutement de nouveaux terroristes. Il y a bien évidemment une dimension criminelle faite de trafics de toutes sortes et d’exactions. Il faut comprendre toutes les dimensions de ce phénomène pour être en mesure de le résoudre. Il apparaît de plus en plus que tous les ressorts de la situation actuelle ne semblent pas encore bien compris de nos gouvernants. Ceci explique probablement le fait qu’on observe une persistance voire une aggravation de l’insécurité au Burkina malgré les efforts annoncés par les autorités.

    3. Les solutions proposées sont malheureusement simplistes parce que l’explication du phénomène, à savoir l’identification de ses causes, est insuffisante. Essentiellement, les solutions proposées sont l’éducation de la population et l’action militaire concertée. La déconstruction mentale qui est également appelée « déradicalisation » est complexe et est loin d’être une panacée. La solution entièrement militaire semble également montrer ses limites. La transformation (le retrait en réalité) de l’opération Barkhane n’est en fait qu’un aveu d’échec du « tout militaire ». Tant que les causes profondes (défaillance de l’État au niveau de la gouvernance ou de la corruption, méfiance entre les forces de l’ordre et certains segments de la population, conflits entre agriculteurs et éleveurs, pauvreté, désertification) ne seront pas traitées, la situation risque malheureusement de s’empirer. Il est peu probable que la négociation avec les terroristes soit la solution. Par contre, la solution militaire ne peut être la seule à appliquer. Elle doit être utilisée adéquatement (en s’appuyant sur un bon réseau de renseignements et en limitant et en punissant les bavures) et surtout en combinaison avec un cocktail d’autres solutions (soutien au développement économique, lutte contre la corruption, gérer la question du foncier). C’est un effort de longue haleine, mais il faut commencer par s’y engager.

    Je tiens quand même à souligner les efforts des auteurs pour contribuer à la recherche de solutions au fléau de l’insécurité que subit notre pays. Pour que ces efforts aient plus d’impact, il est important de faire preuve d’objectivité, d’éviter les raccourcis et les simplifications et d’aborder les enjeux dans leur complexité pour aboutir à des solutions fructueuses.

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