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Santé sexuelle et reproductive : Le projet Adosanté présente ses acquis à travers une caravane de presse

Accueil > Actualités > Société • LEFASO.NET • jeudi 10 juin 2021 à 21h00min
Santé sexuelle et reproductive : Le projet Adosanté présente ses acquis à travers une caravane de presse

Cinq organisations non-gouvernementales avec, à leur tête, Helen Keller International, mettent en œuvre, depuis 2018, le projet Adosanté. Financé par le gouvernement de Canada, ce projet entend contribuer à l’amélioration de la santé, des droits sexuels et reproductifs, de l’état nutritionnel et du bien-être des adolescents de 10 à 19 ans au Burkina Faso. Du 1er au 3 juin 2021, des journalistes ont visité quelques activités réalisées par les acteurs de mise en œuvre du projet qui tire à sa fin, dans les régions du Centre et du Centre-Ouest.

La province du Boulkiemdé a enregistré, au cours de l’année scolaire 2020-2021, plus de 400 grossesses en milieu scolaire. Au milieu de ce triste constat, des écoles tirent cependant leur épingle du jeu et ont vu baisser depuis maintenant trois ans, le nombre de grossesses. Ces établissements scolaires, au nombre de cinq dans la ville de Koudougou, ont en leur sein des clubs Adosanté, installés par le RAJS (Réseau africain jeunesse santé et développement) dans le cadre du projet Adosanté, mis en œuvre par un consortium de cinq organisations dont le chef de file est Helen Keller International. A travers ces clubs, les élèves discutent de santé sexuelle et reproductive, de nutrition, de bien-être, etc.

L’ambassadrice du Canada, Carol McQueen prenant part au jeu sans tabou avec des jeunes fréquentant le CMPJO

Au Lycée communal de Koudougou, que nous avons visité ce 3 juin 2021, 25 clubs Adosanté ont été installés avec des résultats assez probants comme dans le reste des écoles touchées par le projet. « Dans les cinq établissements que nous avons identifiés, lorsque l’on commençait le projet Adosanté, il y a certains établissements qui enregistraient au moins six à sept grossesses. Mais aujourd’hui, pour l’année scolaire 2020-2021, nous sommes à seulement une ou deux grossesses de la 6e à la 3e dans chacun des cinq établissements dans lesquels nous sommes intervenus. », a expliqué B. Fulgence Kaboré, coordonnateur provincial du RAJS Koudougou. Globalement, le RAJS en a mis en place 1 508 clubs dans 66 établissements des 13 régions du Burkina, couvrant 754 classes de la 6e à la 3e et regroupant 30 542 membres. Ces clubs sont accompagnés par 66 encadreurs dont 49 femmes, tous issus des rangs du personnel de la vie scolaire. Quant aux animations, elles sont assurées par 40 animateurs du RAJS dont 20 femmes.

Le MS Man( prestataire de Marie Stopes) expliquant les méthodes contraceptives à une cliente

A côté des actions menées dans les établissements secondaires, le projet Adosanté appuie des centres d’écoute pour jeunes avec du matériel de sonorisation et des jeux de société, mais également à travers le renforcement des capacités des agents de santé. Ce qui n’est pas pour déplaire à Dr Sylvain Soubeiga, médecin-chef du district sanitaire de Koudougou, qui salue les actions menées par le projet Adosanté et par Helen Keller International dans son district.

La radio, un moyen efficace de sensibilisation pour le projet Adosanté

L’un des outils efficaces pour toucher le plus grand nombre de personnes sur les thématiques du projet Adosanté, c’est la radio. En collaboration avec Radios rurales internationales (RRI), huit radios ont contribué à la mise en œuvre du projet Adosanté. De l’avis du point focal de Adosanté à RRI, Sékou Ouédraogo, ces huit radios ont produit et diffusé 432 émissions interactives auxquelles s’ajoutent 64 épisodes d’un mini-feuilleton diffusés 1 024 fois. Les diffusions de ces éléments radiophoniques ont suscité 70 820 interactions de la part des auditeurs (dont des adolescents) via la plateforme « Uliza ». Pour Vitou Adrien Doyigbé, le promoteur de Radio Zamaana de Kokologho dont le siège à fait l’objet de la visite des caravaniers, faire partie de Adosanté a été vraiment bénéfique.

Vitou Adrien Doyigbé, promoteur de la radio Zamaana qui réalise des émissions dans le cadre du projet Adosanté

A l’entendre, outre les équipements techniques reçus, les renforcements de capacités de son personnel dans la conception des émissions, l’augmentation de la notoriété de la radio, les émissions Adosanté, désormais institutionnalisées à radio Zamaana, ont suscité une autre émission « Zama wubri » qui traite toujours de la thématique de la santé de la reproduction. L’infirmier-chef de poste de Sakoinsé, le MS Man (prestataire de l’ONG Marie Stopes International), et bien d’autres personnes ressources y développent des thèmes en rapport avec les thématiques du projet Adosanté, à savoir la santé sexuelle et reproductive, l’amélioration de l’état nutritionnelle des adolescents et leur bien-être.

72 Groupes d’écoute communautaires (GEC), constitués pour certains de femmes, pour d’autres d’hommes et pour le dernier cas, d’adolescents, dotés de postes radio et de téléphones portables, ont été mis sur pied dans les zones d’intervention du projet. Les 1 090 membres se réunissent deux fois par semaine pour écouter les programmes développés dans le cadre du projet Adosanté et en discuter. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que ces programmes radiophoniques et les GEC ont un impact indéniable sur les populations.

« L’émission développée dans le cadre du projet Adosanté est vraiment bénéfique pour nous. J’avais des enfants rapprochés, mais actuellement, grâce aux conseils que nous écoutons dans l’émission et à la contraception, mon dernier enfant a trois ans et je ne suis pas encore enceinte. Nos jeunes filles quittaient l’école parce qu’elles tombaient enceintes. Mais actuellement, tout a changé. Grâce aux émissions, elles ne tombent plus enceintes. Elles comprennent comment se protéger », a confié Chantal Nikiéma, responsable d’un des GEC des femmes de Sakoinsé.

A Sakoinsé, tout comme dans les autres zones d’intervention, le projet Adosanté se déploie de plusieurs manières. Les neuf MS Ladies/Men, en plus d’offrir leurs services en stratégie avancée dans les marchés, les domiciles ou les CSPS, se rendent également dans les établissements scolaires où ils mènent des activités de sensibilisation et d’offre de méthodes de contraception modernes aux clients qui le souhaitent. Cette approche a permis à 166 adolescents de 10 à 14 ans et à 7 700 adolescentes de 15 à 19 ans de bénéficier de prestations de planification familiale durant la mise en œuvre du projet.

Dr Sylvain Soubeiga, médecin chef de district de Koudougou salue les actions menées dans le cadre du projet Adosanté

36 Centres de dépistage volontaire engagés dans le projet Adosanté

A Ouagadougou, où la caravane a débuté le mardi 1er juin 2021, les journalistes se sont rendus au Centre municipal polyvalent des jeunes de Ouagadougou (CMPJO) qui abrite un Centre de dépistage volontaire (CDV) du VIH/Sida. Là, c’est un exemple d’intégration de la santé sexuelle et reproductive dans le conseil-dépistage du VIH qu’il leur a été donné de constater. A l’instar des 36 autres CDV engagés dans Adosanté, le CMPJO peut fournir à ses clients, des intrants contraceptifs autorisés en milieu communautaire (préservatifs, pilules et injectables).

Cependant, dans le cadre du projet Adosanté, souvent, des prestataires de Marie Stopes y viennent pour fournir des méthodes contraceptives de longue durée. « A travers ce projet, nous avons pu intégrer la planification familiale dans le cadre du dépistage du VIH au profit des adolescents. Avant, nous ne faisions pas cela. Ce qui a permis d’enregistrer des résultats fort louables. Grâce au projet Adosanté, nous avons vu nos capacités renforcées sur le plan administratif, matériel, et l’accompagnement aussi », a indiqué Moussa Ouattara, coordonnateur des associations du Centre municipal polyvalent des jeunes de Ouagadougou.

L’ambassadrice du Canada apprécie les efforts accomplis par les différents acteurs de mise en œuvre du projet Adosanté

Ainsi, le centre permet aux jeunes de se distraire tout en approfondissant leurs connaissances sur la santé sexuelle et reproductive, la nutrition et le bien-être des adolescents et des jeunes. « Grâce au projet Adosanté, nous avons beaucoup appris sur la santé sexuelle et reproductive. Nous pouvons conseiller nos camarades à partir de ce que nous avons appris », a laissé entendre Djelika Djibo, élève de 19 ans qui fréquente le centre.

L’ambassadrice du Canada au Burkina Faso, Carol McQueen, qui a fait le déplacement du CMPJO, a traduit son admiration face à ce qui y est accompli. « Nous sommes impressionnés par le travail qui est fait dans les différents centres grâce à notre projet du Canada à travers l’ONG Helen Keller », a-t-elle déclaré.
Dans le cadre de Adosanté, Marie Stopes International (MSI-BF), l’une des organisations de mise en œuvre du projet, a bénéficié d’un appui pour son centre de contact. Ledit service permet à la population d’appeler un numéro vert pour avoir des informations fiables sur la santé sexuelle et reproductive.

Et selon les statistiques, sur 70 000 appels reçus, 24% des appelants étaient des adolescents et 8 000 d’entre eux ont bénéficié des services des MS Ladies/Men (prestataires de MSI-BF). C’est aussi un centre de référencement et de suivi après les prestations offertes par MSI-BF. « C’est un centre qui maintient le contact permanent avec les clientes pendant tout le processus d’acquisition d’un service de planification familiale et après l’acquisition du service », a indiqué la représentante résidente de MSI-BF, Dr Tiguida Sissoko.

Fanny Yago-Vienne, Représentante résidente de Helen Keller International

L’ambassadrice du Canada, qui a également fait le déplacement de MSI-BF, a traduit toute sa satisfaction pour ce qui y est accompli. « Ils ont établi un call center où nous avons fourni des équipements pour permettre à qui que ce soit, mais surtout à la jeunesse, de pouvoir accéder à un centre d’appel au moins six jours sur sept de la semaine, pour parler des défis qu’elle pourrait vivre et liés à la santé sexuelle. C’est vraiment important », a-t-elle laissé entendre.

Helen Keller International est au Burkina Faso depuis une trentaine d’années et intervient dans le domaine de la santé, notamment la supplémentation en vitamine A, la lutte contre la cécité, les maladies tropicales négligées, etc. C’est tout récemment que l’ONG a fait le choix d’ajouter à la liste de ses interventions, la santé sexuelle et reproductive. Et c’est dans ce cadre qu’elle a lancé en partenariat avec l’ambassade du Canada, un projet pour la promotion de la santé sexuelle et reproductive des adolescents.

« L’objectif de ce projet, c’est de résoudre de nombreux problèmes qu’il y a au Burkina et dans d’autres pays du monde, en particulier les grossesses non-désirées chez les adolescents, mais aussi les maladies sexuellement transmissibles. Et puisque c’est notre cœur de métier, les problèmes de nutrition, en particulier l’anémie qui touche beaucoup les adolescents au Burkina Faso », a précisé la représentante résidente de Helen Keller, Fanny Yago-Wienne.

« Les activités du consortium se déroulent dans la convivialité et l’ambiance en son sein y est fraternelle. Les difficultés rencontrées dans la mise en œuvre du projet sont essentiellement liées à la crise sécuritaire, à la crise sanitaire de la Covid-19 et aux mouvements sociaux dans quelques ministères avec lesquels le projet travaille. Mais malgré ces difficultés, nous sommes satisfaits du déroulement du projet » a ajouté le responsable du département nutrition, Dr Regina Traoré/Khassanova.

Dr Aboubacar Siribié, coordonnateur du projet Adosanté

Alors que le projet tire à sa fin, le coordonnateur du projet Adosanté, Dr Aboubacar Siribié, se réjouit des résultats engrangés. Il souligne par exemple qu’avec le RAJS, le projet a pu mettre sur pied 1 508 clubs Adosanté dans 66 établissements secondaires avec des résultats satisfaisants. Le projet a aussi formé 600 agents de santé sur le concept de santé sexuelle et reproductive des adolescents, et 200 enseignants sur la gestion hygiénique des menstrues et la nutrition des adolescents.

« On est conscient qu’en trois ans et demi, on ne peut pas tout changer d’un coup, il faut un processus continu. Nous pensons que nous avons contribué de façon durable à la promotion de la santé sexuelle et reproductive, des droits sexuels et reproductifs et de la nutrition des adolescents », a-t-il indiqué. Le plus important, à en croire Dr Siribié, c’est de capitaliser les acquis et travailler à les pérenniser.

Justine Bonkoungou
Lefaso.net

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