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La réforme de l’éducation annoncée : Une chronique d’un échec programmé

Accueil > Actualités > Opinions • Par André Eugène Ilboudo • jeudi 3 juin 2021 à 13h50min
La réforme de l’éducation annoncée : Une chronique d’un échec programmé

La réforme de l’éducation annoncée par le gouvernement et qui fait des gorges chaudes au Burkina doit être opérée en profondeur pour régler, a minima, la question d’une génération. Elle ne doit pas avoir pour objectif de contenter un groupuscule comme cela semble être le cas. C’est le credo de André Eugène Ilboudo, enseignant de profession, directeur du Groupe scolaire l’Académie de Ouagadougou et de la radio des écoles. Il s’explique dans la tribune qui suit.

J’appelle de tous les pores de mon corps, une réforme de l’éducation. Malheureusement, le Burkina actuel manque cruellement de deux atouts pour réussir une réforme. Nos dirigeants actuels, malgré toute la sympathie que l’on puisse leur trouver n’ont ni : a) l’autorité nécessaire pour imposer (oui, oui, vous avez bien lu) une réforme, surtout qu’ils ne nous démontrent pas la deuxième qualité nécessaire : b) la réflexion stratégique.

Passons par pertes et profits, les réformettes du CEP et du bulletin de notes du BEPC ainsi que l’aménagement administratif de l’attestation d’admission au Bac, le diplôme de fin de cycle du secondaire, qui nous ont valu, et cela sans aucune excuse possible, l’assassinat de deux de nos enfants ; des blessés et des emprisonnements sans pour autant excuser le vandalisme. L’instrumentalisation de ces enfants pour s’attaquer à une ambulance, détruire leurs propres outils d’études, bureaux et véhicules, molester leurs mères, oh suprême vilenie ! Leurs pères et frères dans leur protection et dans leur éducation est abjecte. Et voilà tout un rififi pour, dit-on, une réforme qui n’en est pas une, même pas une réformette.

Depuis que la réforme est annoncée, l’attention prêtée, ne permet pas de dire que nous avons trouvé le chemin. L’on nous parle d’une ’’foire’’ nationale, précédée de balades institutionnelles, à venir, pour étudier 11 thèmes qui produiront une feuille de route pour l’écriture de la nouvelle ’’réforme’’. Et quel est le premier thème ? Ajustez bien vos binocles : « bilan de la mise en œuvre du protocole d’accord et perspectives ». Ainsi le thème majeur, central, c’est comment ’’dealer’’ avec les syndicalistes pour qu’ils se taisent. Et les autres thèmes sont tout aussi abscons, les uns plus que les autres.

Une réforme de l’éducation est réfléchie pour régler, a minima, la question d’une génération, au moins 25 ans. En français élémentaire, la question centrale et actuelle d’une réforme du système éducatif au Burkina Faso découle de cet article 4 de la loi d’orientation : ’’l’enseignement de base est obligatoire et gratuite pour tous les enfants de 6 à 16 ans’’. Alors, on reprend l’énoncé par une question à l’envers. ’’L’enfant de 6 ans que voici et que l’on me confie, que doit-il devenir dans 10 ans quand il aura 16 ans ? ’’ Et comme il s’agit de l’avenir d’une génération, l’on prolonge la question : que sera-t-il jusqu’à ses 25 ans, à sa sortie d’université ?

Si l’on ne peut pas expliquer ce que la réforme vise, par une réponse simple et compréhensible à la casseuse de granit de la carrière de Pissy, sans phraséologie creuse, du genre : ’’le système éducatif Burkinabè a pour objectif final de faire du jeune Burkinabè un citoyen responsable, producteur et créatif’’ suivi d’autres tirades aussi longues que confuses, n’en déplaise au réformateur, c’est que rien n’est clair dans sa tête, à lui. Ce qui est clair est bref. Il se conçoit bien et les mots pour le dire...

A contrario, dans un tel cas, c’est lui, le réformateur, qui a besoin ... d’une réforme.

Mais si une fois, l’explication donnée à la balayeuse de rue, ’’la femme de Simon’’, et insistons, dans sa langue à elle, elle opine du chef en disant : ’’Ah ok, si c’est ça j’ai compris’’. Alors, la réforme est déjà gagnée.

Il reste alors trois points. 1) recenser les valeurs ; 2) concevoir les curricula, et 3) choisir la (les) langue.s dans laquelle (lesquelles) ces valeurs et curricula seront transmis. Le reste n’est que l’enduit de cette armature : les méthodes d’enseignement, le recrutement et la formation des enseignants, le rôle des parents, la gouvernance pédagogique et administrative, les infrastructures, les débouchés, etc. Bref, tout cela sera facilement défini et décrit avec clarté.

Comme on le voit, si l’on doit impliquer les vendeuses de crevettes de Koubri, les tresseurs du chapeau labellisé de Saponé ou les conducteurs de tricycles de Armandville pour recueillir leurs avis et suggestions sur comment préparer leurs enfants pour réussir leur vie, l’écriture d’une telle réforme requiert le sang froid de personnes aguerries et réfléchies et non pas une kermesse ou les participants viendront porter leurs badges à l’envers et signer de leurs pouces pour recevoir un per diem.

La réforme, comme elle s’annonce, si on maintient en l’état ses préparatifs, dans l’ultime objectif de contenter un groupuscule, et ce pour le reste d’un demi mandat, cette réforme-là, elle est partie pour être une réforme moribonde qui mérite une interruption volontaire... dès sa conception.

André Eugène Ilboudo

Vos commentaires

  • Le 3 juin à 12:08, par Blablabla En réponse à : La réforme de l’éducation annoncée : Une chronique d’un échec programmé

    Votre article trahit votre critique. Soyez simple pour vous faire mieux comprendre ainsi vous pourriez apprendre aux autres a être simple.

    Bon chapeau pour avoir essaye de faire passer votre opinion.

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  • Le 3 juin à 12:17, par kdieudo En réponse à : La réforme de l’éducation annoncée : Une chronique d’un échec programmé

    On n’a pas besoin de gros Français ici. tu nous pompes l’air. on veut juste ce qui est bien pour l’éducation au Faso. Dites nous, ces reformes c’est quoi concrètement ? Avantages et inconvénients pour les enfants, les parents d’élèves et l’Etat.

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  • Le 3 juin à 12:20, par COB En réponse à : La réforme de l’éducation annoncée : Une chronique d’un échec programmé

    À lire beaucoup d’internautes, il ne faut surtout rien faire. Ou encore faire une large concertation pour obtenir un consensus. Cela revient aussi à ne rien faire. J’étais en 5ème, mais je me rappelle la large concertation du CNR sur la réforme du système éducatif. Elle fût largement rejetée. Le CNR n’était pas que dictature. Tout le monde tire sur la personne de Ouarro. Dans quelques années il sera passé à autre chose... Le système sera toujours là.

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  • Le 3 juin à 12:21, par TANGA En réponse à : La réforme de l’éducation annoncée : Une chronique d’un échec programmé

    Je ne savais pas qu’il était possible de faire un article pour se dédouaner et en même temps vilipender toutes l’exécutif du pays.
    Monsieur André Eugène Ilboudo, pouvez vous relire votre premier article où vous parliez de la nécessité de la réforme ? Qui pouvait lire dette ’’nécessité’’ votre sans s’énerver ? Tellement c’était vague, sans explication et on n’y voyait pas de nécessité ; si non que l’on trouvait ça sans explication.
    Monsieur André Eugène Ilboudo, en vous lisant, on a l’impression de lire celui qui cré un problème et revient dire : je ne sais même pas pourquoi les gens aiment créer des problème.
    Monsieur André Eugène Ilboudo, VOUS FAITES PARTIE DE CEUX QUE VOUS DITES ÊTRES MEDIOCRES !!! Ne venez pas vouloir vous dédouaner cadeau. Quelqu’un disait il y a des années que vous monsieur André Eugène Ilboudo aviez des problèmes dans ’’votre fief’’ et la personne expliquait que c’était dû à vous même. Aujourd’hui on comprend. Ce jour là, on passait à kamsaoghin devant votre bureau (AVLP) à l’interieur du quartier et je louais votre initiative. Mais Oui, avec cette façon de faire, on ne peut pas ne pas être comme vous l’étiez chez vous.

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  • Le 3 juin à 12:26, par kinda En réponse à : La réforme de l’éducation annoncée : Une chronique d’un échec programmé

    Sacré Eugène ILBOUDO !!!!
    Voilà qui est bien dit ; et ce n’est pas au niveau de la réforme éducative seulement ; voyez les petits groupuscules qui sont en train d’être formés autour de la réconciliation ; c’est pour aboutir à la conclusion de Eugène : contenter des groupuscules et se berner l’esprit.
    pauvre du Burkina ; à quand la fin de ces mascarades !!!!!!

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  • Le 3 juin à 12:43, par PIADOUI En réponse à : La réforme de l’éducation annoncée : Une chronique d’un échec programmé

    OK.
    Aussi, interpeller certains fondateurs d’écoles "CUPIDES" dans le quartier KARPALA qui pillent les pauvres élèves avec des dépenses bizarres..bizarres parallèles à la scolarité.
    C’est ca aussi les Reformes !!

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    • Le 3 juin à 13:48, par André-Eugène ILBOUDO En réponse à : La réforme de l’éducation annoncée : Une chronique d’un échec programmé

      Et que Dieu nous épargne des parents qui se saoulent à longueur de journée et ne sont pas capables d’honorer les frais de scolarité de leurs enfants. Ce n’est pas à l’école de scolariser vos bambins à votre place. La rancoeur que vous développez quand l’on vous rappelle vos obligations ne peut pas vous dédouaner. Pour la scolarité des écoles de Kaarpala, qu’il vous suffise d’ouvrir les yeux pour regarder la scolarité des écoles, même pas de même engagement, et vous devriez la fermer. Vous n’êtes pas obligé d’inscrire vos enfants dans des écoles dont vous ne pouvez pas assurer convenablement la scolarité. Et je réponds plus. Je ne publie pas les articles pour des échanges personnels de ce genre. Si vous connaissez Karpala, vous connaissez mon bureau. Discutons d’homme à homme. Et vous êtes le bienvenu.

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  • Le 3 juin à 15:23, par ali baba En réponse à : La réforme de l’éducation annoncée : Une chronique d’un échec programmé

    internaute TANGA, je soutiens votre commentaire et je partage votre point de vue. Merci pour votre réactions bien a propos !

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  • Le 3 juin à 15:26, par YAWOTO En réponse à : La réforme de l’éducation annoncée : Une chronique d’un échec programmé

    La réforme, c’est apprendre à l’enfant qu’on ne vas pas à l’école pour devenir fonctionnaire et aux paysans qu’on envoie pas ses enfants à l’école pour qu’ils échappent au travail de la terre.La vérité c’est qu’on est plus fier d’être assis dans un bureau climatisé en méprisant un aviculteur par exemple, alors que son salaire ne vaut même pas la moitié du revenu mensuel d’un poulailler ou même d’un grilleur de poulet devant un maquis.On ne veut pas produire, on veut fonctionner.On se fait souvent des illusions sur un hypothétique statut social qui en réalité n’a rien de valorisant quand vient le moment de résoudre des problèmes concrets au plan financier. Après avoir réfléchi à tout cela je suis arrivé à la conclusion que si mon enfant arrive en terminal sans être capable de travailler lui même pour payer ses études supérieures s’il a envie de continuer, c’est que j’aurais raté son éducation et sa formation. Il doit commencer à s’assumer.

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  • Le 3 juin à 15:29, par Ouedraogo Jérôme En réponse à : La réforme de l’éducation annoncée : Une chronique d’un échec programmé

    CE DISCOURS DE MON CHER PRÉSIDENT NOUS ÉCLAIR SUR CE QUE NOUS VIVONS CES DERNIERS TEMPS DANS L’ÉDUCATION.
    QUEL AVENIR POUR NOTRE PAYS ?
    LA QUESTION AVAIT ETE POSEE PAR THOMAS SANKARA DANS SON DISCOURS INTITULE " *APPEL DE GAOUA* ".
    A L’EPOQUE ON NE L’AVAIT PAS COMPRIS *LISEZ CET EXTRAIT.*

    "Si les élèves ont le droit de se plaindre de la mauvaise qualité de l’enseignement dispensé, ils doivent savoir qu’une grande part de la baisse de la qualité de l’enseignement leur revient également. Certains d’entre eux sont passés champion dans la pratique de l’école buissonnière aussi bien au primaire qu’au secondaire. Les leçons ne sont plus apprises, les devoirs ne sont plus exécutés et parce qu’ils ont désormais le droit de s’exprimer à travers leur CDR, ils essaient souvent d’utiliser ce droit-là pour camoufler leur paresse.
    Ils se croient autorisés sous ce prétexte à avoir des attitudes irrespectueuses vis-à-vis de leurs enseignants. Des élèves interpellés pendant les cours, quittent les classes sans la permission de leurs professeurs. Les activités parascolaires prennent le pas sur les cours.
    Nos lycées et collèges sont souvent le théâtre des méfaits de l’alcool, de la cigarette et même de la drogue.
    Les robes prêt-à-porter, les bijoux et grosses ceintures, les pantalons à pinces, la mode provocatrice, la bamboula hebdomadaire sont devenus les préoccupations principales des élèves au prix d’une prostitution occasionnelle qui tend à devenir un fléau dans nos villes. Que dire alors du sport que les élèves désertent par bandes entières, témoins les 3. 000 exemptés de sport aux épreuves du B. E. P. C. de 1985. Que l’on ne s’étonne pas que nos enfants ne soient pas capables de soutenir le moindre effort physique.
    Les élèves se contentent d’être présents de temps en temps dans les classes, ils n’ont plus le temps de se consacrer à leurs études et beaucoup comptent sur l’heure de la négociation avec leurs enseignants pour avoir les points nécessaires pour passer en classe supérieure ou réussir un examen. A la maison, d’interminables séances pour ingurgiter du thé ou danser sans rythme à la faveur d’une lueur blafarde et complice, dans l’ambiance d’une musique qui, pour être non conformiste, multiplie les décibels ou persiste dans l’harmonie des temps. Au mur, la large photo d’une vedette au regard éthéré, en fait, un délinquant produit par le show-business du capitalisme immoral. C’est le début de l’idolâtrie.
    Par couples ou par groupes, des mineures dans les bras de non majeurs, célèbrent une messe qui n’est que la compétition à qui défiera la plus les règles de retenue morale. La société permissive prend ainsi naissance ; l’irresponsabilité de demain s’incruste chez ces jeunes esprits ; les volutes d’une plante prétendue paradisiaque font le reste. Que pourra-t-on faire alors faire plus tard pour rectifier une telle inconduite chez ces futurs hommes quand ils entreront en production ? Les avertissements, les blâmes, les suspensions, les dégagements et les licenciements n’y feront rien. Des inconscients sont nés. Au vu et au su d’enseignants lascifs et les regards démissionnaires de parents qui se vantent que leurs enfants soient aussi éveillés ! Oui, éveillés, mais éveillés à la perdition.
    Si j’ai fait le tour des différents partenaires de l’éducation, c’est pour permettre de comprendre que chacun à son niveau est également responsable de la mauvaise qualité de notre système éducatif et de notre enseignement : les parents par leur égoïsme, leur indifférence et leur insouciance, les enseignants par leur paresse et leur affairisme, les élèves par leur paresse, leur indiscipline et leur mauvaise conduite.
    Voilà décrits nos comportements inadmissibles. La qualité de notre système éducatif déterminera la valeur des hommes que nous mettrons demain au service de notre peuple. C’est pour cela qu’il est important et urgent que chacun de nous se ressaisisse.
    Que faut-il faire ?"

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  • Le 3 juin à 16:11, par attentif En réponse à : La réforme de l’éducation annoncée : Une chronique d’un échec programmé

    bonsoir Monsieur Ilboudo vous tombez très très bas en repondant
    aux internautes

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  • Le 4 juin à 10:27, par LABO LAMOU En réponse à : La réforme de l’éducation annoncée : Une chronique d’un échec programmé

    Sacré Eugène, bel article. Mais ne vous justifiez pas ce n’est vraiment pas nécessaire de réagir aux commentaires des internautes.

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