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Lancina Ki, DG de la Maison de l’entreprise : « Pour moi, avoir été utile à un moment donné à son pays est plus important que l’argent »

Accueil > Actualités > Portraits • LEFASO.NET • lundi 31 mai 2021 à 23h30min
Lancina Ki, DG de la Maison de l’entreprise : « Pour moi, avoir été utile à un moment donné à son pays est plus important que l’argent »

Côté cour, Lancina Ki est un économiste expérimenté, qui dirige depuis 2018 la Maison de l’entreprise du Burkina Faso (MEBF), organisme créé en septembre 2002 avec pour mission principale de rénover et de moderniser le dispositif d’appui au secteur privé. Côté jardin, M. Ki est un époux et père de famille comblé, passionné par le football. Dans cette "interview-portrait", il ouvre des pans de sa vie professionnelle et privée aux lecteurs de Lefaso.net.

Lefaso.net : Retracez-nous votre parcours universitaire et professionnel…

Lancina Ki : Je suis arrivé en 1981 à l’Université de Ouagadougou en sciences économiques après un BAC B obtenu avec la mention "Assez bien" au Lycée Ouezzin Coulibaly de Bobo-Dioulasso. J’ai obtenu la maîtrise en sciences économiques en 1985 avec la mention Assez bien et a été admis à l’Ecole nationale d’administration et de magistrature (ENAM) cycle A. En 1987, je suis sorti de l’ENAM, avec le diplôme de conseiller des affaires économiques avec la mention Bien. J’ai eu le privilège de faire une spécialisation en commerce multilatéral et en propriété intellectuelle en 1995, en Suisse.

Sur le plan professionnel, j’ai été affecté au ministère du Commerce et y ai pris service, le 1er avril 1987. Par la grâce de Dieu, j’y ai gravi les échelons en occupant des responsabilités de chef de service de la règlementation du commerce extérieur (1990-1992), chef du guichet unique des formalités non douanières du commerce extérieur (1992-1994), directeur du Centre des guichets uniques du commerce (1994-1996), directeur du Centre de promotion des entreprises (1996-2001), puis directeur général de la Promotion du secteur privé (2001-2009). En mai 2009, je suis admis à un test de recrutement à la Commission de l’UEMOA comme expert chargé du secteur privé, puis directeur de l’industrie et de la promotion du secteur privé (2015-2018). De là, je suis arrivé à la Maison de l’entreprise du Burkina Faso comme directeur général, le 1er mars 2018.

Dans quelles circonstances avez-vous intégré la Maison de l’entreprise du Burkina Faso ?

La Maison de l’entreprise du Burkina Faso est une institution pour laquelle je me suis consacré quand j’étais directeur général de la promotion du secteur privé. Pour le compte du ministère chargé du Commerce, j’ai participé à toutes les démarches pour sa conceptualisation et les négociations du financement de sa mise en place. C’est une institution en laquelle j’ai personnellement cru depuis le départ, au regard du rôle important qu’elle devait jouer et pour faciliter ma mission en tant que directeur général de la promotion du secteur privé. Mon grand partenaire, qui avait la même vision que moi, est monsieur Issaka Kargougou, le tout premier directeur général de la MEBF. La volonté politique du gouvernement affichée à la création, nous a vraiment facilité la tâche.

Avec le départ de M. Kargougou à la Chambre de commerce et d’industrie, je voyais la MEBF comme une « orpheline », tellement il a consacré une bonne partie de sa carrière professionnelle à cette structure. Je me suis dit, qu’à ce moment précis, je pouvais jouer un rôle pour accompagner le secteur privé burkinabè, dont la promotion a toujours été mon engagement, et aider les jeunes cadres qui y travaillent. Je dois avouer que beaucoup me l’ont déconseillé, car en venant à la MEBF et en quittant la Commission de l’UEMOA, je perdais beaucoup en avantages, même en position de détachement. Mais mon amour pour cette structure et le devoir du service national étaient très forts. Pour moi, avoir le sentiment d’avoir été utile à un moment donné à son pays est plus important que l’argent ! Je sais que ma nation me le reconnaîtra, tôt ou tard !

En quelques mots, comment décririez-vous votre rôle à la MEBF ?

Ma mission est de veiller à la bonne marche de la Maison et de la placer comme une structure incontournable en matière d’appui au secteur privé. Dans cette perspective, mon rôle est de coordonner les activités stratégiques et d’assurer une synergie fructueuse avec les administrations partenaires. Pour y parvenir, mon management est de cultiver un esprit d’équipe chez tous mes collaborateurs, en vue de réussir ma mission dont l’objectif est d’offrir un service de qualité aux usagers et de renforcer la crédibilité de la Maison de l’entreprise du Burkina Faso. Pour ce faire, je dois être à l’écoute des usagers et tracer la voie à mes collaborateurs pour qu’ensemble, nous puissions répondre aux attentes du secteur privé, du gouvernement et des partenaires techniques et financiers.

Quels ont été vos principaux défis professionnels quand vous avez été porté à la tête de cette structure en 2018 ?

Je dois vous dire que je suis arrivé à la MEBF à un moment critique de son histoire : les grands projets étaient à leur terme, la volonté politique n’était plus au niveau de celle qu’elle était au départ, la crise mondiale a fait que les ressources des partenaires techniques et financiers s’amenuisaient. Dans un tel contexte, le défi majeur était de pérenniser les acquis et de développer de nouvelles initiatives pour générer des ressources qui permettront à la structure d’accomplir convenablement sa mission. Ces initiatives demandent également la volonté politique dont nous avons besoin pour les réussir.

Nous devons également relever le défi de la digitalisation de l’ensemble de nos prestations de services, un axe fort de notre nouveau plan stratégique de développement. Nous nous sommes mis à la tâche et aujourd’hui, pour ma part, je peux dire que la mission est en bonne voie et que les résultats sont appréciables.

A quoi ressemble une journée de travail type et quels sont les projets sur lesquels vous travaillez actuellement ?

Pour ceux qui me connaissent, je suis ponctuel au service et je me consacre exclusivement à mon travail. Un parapheur ne fait pas plus d’une journée sur ma table. Un parapheur introduit sort presque automatiquement, lorsque je ne suis pas en réunion. Avant de quitter le bureau le soir, j’arrête la liste des dossiers que je dois traiter le lendemain. A la fin de chaque journée, je me demande toujours si mes objectifs du jour sont atteints ou pas.

Par rapport aux projets sur lesquels nous sommes, je dirai qu’actuellement, la Coopération belge (Enabel), la Coopération allemande (GIZ), le Groupe de la Banque islamique de développement nous ont fait confiance et nous ont confié la gestion de projets dédiés au secteur privé, notamment les PME/PMI. Par ailleurs, en partenariat avec le ministère de l’Industrie, du Commerce et de l’Artisanat, nous sommes sur la sécurisation du Faso Dan Fani, du label Made in Burkina ; projet qui est d’une grande importance pour nous, au regard des attentes du gouvernement.
Comme dispositifs de promotion de l’entrepreneuriat, nous avons des initiatives de facilitation d’accès au financement, au crédit, de renforcement des capacités à travers la formation certifiante (C’MEBF), le pantouflage pour l’accompagnement des personnes proches de la retraite ou à la retraite dans leur projet d’entrepreneuriat.

Pour finir, je dirai que nous sommes sur d’autres projets dont nous en parlerons quand ils seront à maturité.

Que préférez-vous dans votre travail ?

Orienter, contrôler et assister pour une prestation de qualité sont des aspects que j’aime dans mon travail. Travailler, c’est servir ! C’est se réaliser ! Je tire une pleine satisfaction dans l’offre d’un service de qualité aux usagers et dans la contribution à l’amélioration du niveau de performance de mes collaborateurs.

Certains de vos étudiants vous décrivent comme un des meilleurs économistes au Burkina Faso. Comment réagissez-vous à ce compliment ?

Je leur dis merci ! Mais, sincèrement, c’est trop dire, car il y a de très grands économistes dans ce pays. Beaucoup de ceux qui m’ont formé à l’Université de Ouagadougou sont toujours là et je leur suis très reconnaissant. J’ai peut-être un don de transmettre facilement le savoir. C’est ça qui marque certainement les étudiants !

Comment arriviez-vous à concilier carrière et vie familiale ?

J’ai eu la chance d’avoir une épouse extraordinaire qui me comprend et qui m’encourage, bien que je n’ai pas beaucoup de temps à lui accorder. J’ai eu la grâce aussi d’avoir des enfants sages, tous brillants à l’école ! J’ai toujours dit, et je le répète souvent à mes collaborateurs, « le travail est sacré ». Il doit, par conséquent, être fait avec la plus grande rigueur et avec la diligence nécessaire. A force de vouloir bien faire ce que je fais, je prive souvent ma famille de ma présence. J’ai trouvé la solution dans l’organisation. J’organise mon agenda pour faire le maximum au service et avoir un temps pour la famille. Quand je quitte le service, je ne fais un détour nulle part ! Prendre un pot avec des amis, je ne connais pas. Après le service, la maison !

Si vous aviez une baguette magique, qu’auriez-vous changé à la Maison de l’entreprise du Burkina Faso ?

Le temps de réaction aux sollicitations des usagers du service ! Je ne supporte pas qu’un usager attende longtemps une réponse à un courrier ! La réponse rapide lui permet de savoir à quoi s’en tenir et de passer à autre chose, le cas échéant ! Pour moi, l’efficacité d’un service se mesure par sa réactivité et sa rigueur dans la gestion des dossiers.

Quels sont vos buts personnels, professionnels et altruistes ?

Etre utile à son prochain, marquer son passage professionnel par des actes remarquables qui ont permis aux autres de grandir et d’être forts !

Qu’est-ce qui vous fait vous lever chaque matin ?

Le travail ! Le sens d’un devoir accompli au bon moment, de la bonne manière et au bon endroit !

Quel est votre plus bel accomplissement personnel et professionnel ?

Au lycée, j’étais très bien en mathématiques et mes professeurs m’ont dit d’aller en série C. Après un conseil des professeurs, le professeur principal qui était un français, est venu me dire que le conseil pense que je dois aller en C. J’ai refusé et je lui ai dit que je rêve d’être fonctionnaire international. Pour moi, l’économie était la meilleure voie. Dieu merci, dans ma vie, j’ai eu le privilège de terminer ma carrière comme fonctionnaire à l’Union économique et monétaire ouest africaine. J’y ai appris beaucoup de choses, j’y ai beaucoup donné et j’y ai eu beaucoup d’amis. Je rends sincèrement grâce à Dieu qui m’a permis d’assouvir ce rêve !

Si vous pouviez changer de métier le temps d’une journée, quel serait ce métier ?

Le médecin ! De par son action, il soulage les patients !

Si vous deviez choisir un mentor, qui serait cette personne ?

Au plan familial, c’est mon père ! Visionnaire, il nous a appris la rigueur et qu’il ne faut jamais penser que notre réussite viendra de quelqu’un. Au plan professionnel, j’ai deux Premiers ministres dont la rigueur au travail et l’humilité me marquent : Tertius Zongo et Christophe Dabiré. Sur le plan professionnel, j’ai eu le privilège de travailler avec chacun d’eux, sur des dossiers importants. Ils ont toujours su m’encourager et me donner des conseils dans ma carrière professionnelle.

Quand avez-vous eu un fou rire la dernière fois ?

Dans le « Parlement du Rire », Gohou traduisant une dame du dioula au français. Il « traduisait » même les pleurs de la vielle dame !

Quelle est votre citation préférée ?

Un proverbe japonais : « La vision sans la mise en œuvre est un rêve et la mise en œuvre sans la vision un cauchemar ». Dans toute ma vie, je suis attaché à l’action en mettant toutes les chances de mon côté et de manière loyale et légitime, pour traduire en réalité mes ambitions !

Quels sont vos loisirs et vos passions ?

Le football particulièrement ! Je peux regarder des matches de football toute une journée à la télévision. C’est le meilleur moment pour moi de déstresser !

Quel est votre péché mignon, si vous en avez ?

Je n’en vois pas !

Que contient la liste de vos souhaits pour les cinq prochaines années ?

La paix pour mon pays ; la bonne gouvernance de la part des dirigeants africains ; de grands hôpitaux bien équipés au Burkina Faso ; la prise de conscience collective en matière de déchets dans nos villes et campagnes.

Désiré T. Sawadogo

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