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Entreprenariat agricole : Portrait de trois jeunes qui ont cru en la terre

Accueil > Actualités > Portraits • LEFASO.NET • jeudi 8 avril 2021 à 23h20min
Entreprenariat agricole : Portrait de trois jeunes qui ont cru en la terre

A Bagré, le travail de la terre nourrit son homme. Et si vous doutez, faites un tour dans les champs de Sawadogo Pegdwindé Romaric, de Guébré Abdou et dans la ferme avicole de Dédoui Kirakouri. Avec de modestes moyens, ils ont su, chacun à son niveau, tirer leur épingle du jeu dans une localité où partir à l’aventure est la règle et rester est l’exception. Portrait.

A 26 ans, Sawadogo Pegdwendé Romaric peut bien rendre grâce à Dieu. A écouter son parcours, il n’a rien à envier à un salarié. Après avoir décroché de l’école, il fait son entrée en 2015 à l’Institut de Formation en Développement rural (IFODER) où après deux années de formation, il sort avec de solides connaissances en agriculture et en élevage. Mais comme tout novice, il faudra plus que de la volonté pour voler de ses propres ailes. Avec 25 000 F CFA en poche – les économies de son stage d’études – il commence à exploiter un terrain reçu de Bagrepôle. Il y produira cinq tonnes de maïs à l’hectare. Grâce au bénéfice obtenu, il s’achète une nouvelle moto.

Sawadogo Romaric, producteur de riz, d’oignons, de maïs et éleveur

« Il n’y a rien de plus rentable que l’agriculture »

Outre le maïs, le jeune Romaric fait de l’embouche bovine avec un cheptel de sept bœufs, produit de l’oignon sur un demi-hectare et du riz sur deux hectares. La production de riz lui permet de gagner au moins 1 500 000 F CFA par campagne soit 3 millions de francs CFA par an. Sa production est appréciée de l’IFODER qui n’hésite pas à s’approvisionner chez lui pour sa cantine. Pour l’accompagner dans ses activités, la Maison de l’entreprise lui a remis 1 520 000 F CFA. Cette somme a servi à l’achat de matériel agricole et d’un tricycle.

« Si c’était à refaire, je n’irai pas à l’école. Je préfèrerais faire des formations de courte durée pour me perfectionner en agriculture et en élevage […] Aujourd’hui, mes anciens camarades d’école me considèrent comme un grand (Rires !!!). Pourtant, je ne suis qu’à mes débuts », explique le jeune entrepreneur qui ne manque de dire à qui veut l’entendre : « Il ne faut pas avoir peur de l’agriculture. Il n’y a rien de plus rentable que l’agriculture ».

Dédoui Kirakouri, aviculteur

Se former avant tout

Dédoui Kirakouri, lui, est l’ainé de Romaric, car il fait partie de la toute première promotion 2013-2015 de l’IFODER. En 2019, il ouvre une ferme avicole, grâce au soutien de son frère ainé. Avec seize têtes de poules locales au départ, il commande au bout de quelques semaines 100 poussins de race améliorée « Poulet du Faso ». Lors de notre passage à Bagré, le 11 mars 2021, sa ferme comptait plus de 500 poulets.

« L’activité marche et il n’y a aucun problème », rassure Dédoui Kirakouri. Même s’il n’est qu’à ses premiers pas, le jeune aviculteur reçoit par moments la visite de jeunes éleveurs qui veulent emboiter ses pas. « Ils viennent prendre des conseils avec moi. Mais je leur recommande toujours d’aller se faire former », précise-t-il.
Les poulets, Dédoui Kirakouri les vend à un prix négociable de 3 000 F CFA l’unité. A Bagré, le Centre écotouristique demeure son plus gros client avec des commandes avoisinant parfois la centaine de poulets.

La ferme compte plus de 500 poulets

L’alimentation, principale difficulté

L’arbre ne doit cependant pas cacher la forêt. Le jeune aviculteur rencontre des difficultés liées principalement au coût élevé de l’alimentation de la volaille. A l’en croire, le sac de 50 kg coûte 12 500 F CFA. A cela s’ajoute les frais de transport depuis Ouagadougou. Pour pallier ce problème, il a décidé de produire lui-même les aliments à base de soja, de maïs, du son de riz et d’arêtes de poissons.

« L’homme doit manger à la sueur de son front »

Aujourd’hui en location, le fermier n’a qu’une doléance. Avoir un terrain ne serait-ce qu’un demi hectare, pour mieux développer son élevage. « Ici au Burkina, la terre ne ment pas. La Bible dit que l’homme doit manger à la sueur de son front. Grâce à cette activité, j’arrive à subvenir à mes besoins. Je ne demande plus les billets de 1000 FCFA à mon frère pour mes besoins. Si vous voulez vous lancer dans cette activité, n’hésitez pas. Formez-vous d’abord », conseille Dédoui Kirakouri.

Guébré Abdou travaillant dans sa rizière

Le périple angolais

Le troisième jeune qui gagne bien sa vie se nomme Guébré Abdou. Il s’agit d’un producteur de riz, ancien aventurier. « Je suis parti de Bagré en 2010 pour l’Angola et je suis rentré en 2019. Je me suis retrouvé en Angola par voie clandestine en passant par les deux Congo. J’ai marché pendant 21 jours avant d’arriver en Angola », relate l’homme.

Il passera des semaines à la frontière avant que les services de migration ne mettent le grappin sur lui et ses compagnons d’infortune. Mais en contrepartie, il fallait débourser la somme de 350 000 F CFA pour atteindre la capitale Luanda. Au total, il dépensera 1 250 000 F CFA pour atteindre « l’Eldorado ». Là, il y fera le commerce de produits. Non sans difficultés.

« On avait toujours les services de migration à nos trousses. Et c’est la peur au ventre qu’on sortait de la maison. Je n’ai jamais connu la prison ici au Burkina. Mais là-bas, j’ai été mis en prison au moins une dizaine de fois. Dans ma première prison, j’ai été torturé mais pour les prochains cas, on remettait aux gardes nos gains. Même si l’aventure n’a pas marché pour moi, je suis rentré en bonne santé pour bâtir ma terre natale. Et c’est le principal. », répond Guébré Abdou.

D’un superficie de un hectare, le champ a un rendement de trois à quatre tonnes par campagne

Le retour gagnant

Quelle était la réaction de ses proches ? A cette question, le producteur répond en émettant quelques soupirs. « Mes proches n’étaient pas contents. Ils ont dit que je n’ai rien foutu à l’aventure. Je leur ai répondu que ce n’était pas le cas et que chacun avait sa chance. Mon bonheur ne se trouvait pas à l’extérieur mais au Burkina dans la rizière. A mon retour, au bout de deux ans, j’ai gagné plus que ce que j’ai obtenu en Angola ».

De retour donc au bercail, Guébré Abdou se remet vite dans la production du riz, son ancien boulot qui lui avait permis de financer son voyage en Angola. Il produit trois à quatre tonnes de riz par an sur une superficie d’un hectare qu’il exploite. Grâce à cette production, il a réussi à construire une maison.

« Tout ce qu’on cherche à l’aventure se trouve ici au Burkina. Pour réussir ici, il suffit d’abord d’avoir la mentalité du travail et s’armer de courage. Rien ne s’acquiert facilement. Il faut travailler dur », se convainc le jeune producteur de riz.

HFB
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Vos commentaires

  • Le 9 avril à 09:18, par Boss En réponse à : Entreprenariat agricole : Portrait de trois jeunes qui ont cru en la terre

    Bravo vraiment à vous. Le Burkinabé ne demande qu’à se battre pour vivre. Que l’Etat facilite avec les conditions et autres infrastructures et le résultat sera épatant.

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  • Le 9 avril à 10:34, par Thién En réponse à : Entreprenariat agricole : Portrait de trois jeunes qui ont cru en la terre

    Etre un salarié veut dire quoi ? Si c’est le même français, le salaire est la contrepartie d’un travail et même le paysan devrait se fixer un salaire car il ne faut pas confondre le salaire que l’on doit se payer même dans le cas d’une entreprise personnelle avec les biens de cette entreprise car celui-ci devrait être fonction des résultats obtenus. A croire que tout ce que l’on produit nous revient comme salaire personnelle,amène à se retrouver sans moyen de production, car on confond la caisse et sa personne !
    Donc être mieux qu’un salarié n’a pas de sens !
    On est "son propre salarié" au lieu de prendre le mot comme un péjoratif !

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  • Le 9 avril à 12:44, par true En réponse à : Entreprenariat agricole : Portrait de trois jeunes qui ont cru en la terre

    C’est vraiment génial. Ce sont des exemples qui inspirent et qui fortifient plus. Effectivement rien ne s’acquièrent dans la facilité. Beaucoup de courage et surtout la formation est l’une des matières premières de entrepreneuriat. Le gouvernement doit accompagner ces jeunes qui se battent.

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  • Le 10 avril à 10:42, par Merxi En réponse à : Entreprenariat agricole : Portrait de trois jeunes qui ont cru en la terre

    « Tout ce qu’on cherche à l’aventure se trouve ici au Burkina. Pour réussir ici, il suffit d’abord d’avoir la mentalité du travail et s’armer de courage. Rien ne s’acquiert facilement. Il faut travailler dur », Kouma bana !

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