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Littérature : Anselme Sanon et Daniel Guiré écrivent "Au nom de l’amour"

Accueil > En librairie • • dimanche 4 avril 2021 à 02h00min
Littérature : Anselme Sanon et Daniel Guiré écrivent

Chez certaines personnes, la rupture est inenvisageable. L’échec de la relation entraîne la honte, le dégoût de soi et le désespoir. C’est souvent là, le lot des enfants issus d’un environnement invalidant, insécure ; fragiles ils ont du mal à maîtriser leurs émotions, agissent sans penser ce qui est à l’origine d’une instabilité relationnelle. Dans cette Nouvelle, Anselme SANON et Daniel GUIRE viennent mettre à nu certains fonctionnements difficiles qui font souffrir les intéressés, leur entourage et mettent en péril la vie de couple voire de la famille.

Il se faisait tard. Boris rentrait après avoir promis à ses amis qu’il allait aujourd’hui se faire la fille qui était tous les soirs, assise au pas de sa porte comme si elle attendait un visiteur qui ne venait jamais. Comme à l’accoutumé, elle était assise à la même place. Elle semblait être cette nuit-là encore plus seule ! De toute évidence, elle semblait être à sa deuxième bouteille de bière.

A sa salutation elle leva sur lui un sourire plutôt triste. Elle paraissait avoir pleuré. D’un ton aussi mélodieux qu’elle le pouvait, elle l’invita à prendre un verre ! L’ambiance fut bon enfant, comme s’ils se connaissaient depuis toujours. Sa manière d’entrer en contact était spontanée, rapide. Ils se quittèrent que quelques temps après le premier champ du coq ; aucun d’eux n’avait senti le temps passé. Elle l’enserra et lui demanda de rester un tout petit peu de plus mais il déclina poliment l’invitation, en promettant de revenir le lendemain. Elle a senti que la solitude l’abîmait.

Le lendemain nuit, Fina attendit Boris le jeune au pas de la porte ! Elle portait une tenue fort bien osée ! Elle l’accueillit avec un large sourire ! Dès qu’il franchit la porte, elle se jeta dans ses bras ! Elle lui tendit après je ne sais combien de chemises, des maillots de corps et une paire de chaussures. Un mélange de surprise d’étonnement et de méfiance se lisait sur le visage de Boris. Après, ils sirotèrent ensemble un jus d’orange épaule contre épaule, le bras autour de la taille et encore. Elle s’était trop retenue avant. Elle ne faisait que survivre. Aussi, elle ne voulait plus se retenir mais se lâcher. Elle avait des fantasmes d’accouplement si violents qui anéantissaient toute résistance.

Cette nuit-là, elle s’est comportée comme une enfant déguisée en adulte sexualisée. Elle ne pouvait pas arrêter son mouvement ! Elle s’était donnée comme jamais ! A la fin, elle était terrifiée par ce qu’elle venait de faire ! Mais ce qu’elle vivait était si fort qu’elle n’arrivait pas à le penser encore moins à le partager. Mais cette rencontre faisait resurgir ses blessures et trahisons passées. Elle ne voulait pas que l’histoire se répète. Elle se blottissait contre Boris ! Celui-là était le meilleur ! L’idéal ! dit-on ! Elle ne savait pas se donner à moitié ! C’était tout elle ! Elle demanda à Boris s’il avait apprécié et ne put se retenir de parler de sa joie :
« Un homme m’a jeté ! J’ai lutté pour le garder ! Comme je l’avais perdu et il ne connaissait pas ma valeur je ne pouvais plus vivre ! J’ai tenté d’abréger ma vie ! Je me suis infligée une telle violence ! J’ai tout cassé autour de moi Je ne pouvais plus penser ! J’ai peur. Toi tu ne vas pas m’abandonner. Promets-le -moi » !
Boris eut peur ! Pour toute réponse, Boris la serra davantage !

Le lendemain Boris retrouva ses amis. Il leur confia que la fille mystérieuse était une fille extraordinaire qui souffrait du fait de l’amour. Depuis, ses amis ne le voyaient que rarement. Sa relation avec Fina était si intense ! Ils avaient créé un lien tellement fort qu’ils ne pouvaient plus supporter de rester un seul instant l’un sans l’autre. Boris était devenu le prolongement de Fina. Il garantissait son narcissisme.
Fina était tellement amoureuse de Boris.

Elle était sensible au timbre de sa voix ; ils partageaient les mêmes émotions, les mêmes sentiments ; elle avait le sentiment de se perdre en Boris. Elle disait que leur amour était parfait. Elle avait tellement peur de le perdre qu’elle l’appelait et lui envoyait des messages tout le temps ; elle allait le chercher partout où il pouvait être quand il ne décrochait pas. Elle pensait qu’ils partageaient beaucoup d’amour un peu trop aux yeux des autres.

Boris de son côté se rendait compte que Fina n’était pas Madame tout le monde. Elle avait besoin de trop d’amour. Il se sentait pris dans des liens possessifs, tyranniques. Sa présence semblait être recherchée, son absence faisait souffrir mais sa présence qui était recherchée faisait autant souffrir que son absence. Sa présence rappelait le manque ; au lieu de profiter de sa présence, c’est l’hostilité qui est liée à son absence qui revenait. Elle était à la fois très amoureuse et très hostile. Boris, du coup ne savait pas du tout comment l’aider. Dès lors Fina était devenue son travail, sa vie mais aussi son problème. Il commençait à se sentir envahi, étouffé ! Il se cachait parfois dès qu’il apercevait la voiture de Fina.

Elle savait que son attitude pot de colle finirait par lasser Boris. Elle avait fini par se demander pourquoi elle agissait ainsi ! Bien qu’elle sache qu’elle avait perdu le contrôle de la situation elle ne pouvait cependant rien n’y faire. Pourtant le lendemain elle allait harceler encore Boris par ses appels ses messages et ses visites ; s’il ne répond pas elle va aller le chercher parfois il était obligé de quitter le quartier pour avoir un bol d’air.

Un jour Fina lui demanda le mariage. Boris lui répondit qu’il n’était pas prêt. Elle entra dans une crise de colère et de pleurs terrifiante. Elle lui demanda de ne pas aimer lui dire de telles vérités de peur que sa tension ne monte ! Qu’il fallait qu’il la flatte un peu et que cela relevait de la nature féminine et traduisait la galanterie fort chère à la femme. Et elle ajoutait que tout ce qu’elle lui demandait c’était de rester avec elle, au nom de leur amour. En même temps, elle se sentait mal et c’est Boris qui lui faisait mal. Pourtant pour elle, Boris était cet ange que le ciel avait mis sur son chemin pour la rendre heureuse.

Ce jour-là, encore Fina a appelé Boris qui n’a pas répondu. Elle l‘a encore appelé. Alors qu’elle ne supporte pas qu’on ne décrochât pas son appel, qu’on éteignît le téléphone. Que lui était-il arrivé ? Elle avait peur pour lui ! Elle envoya à Boris frénétiquement des messages d’amour, des menaces, des messages de haine, mais elle ne reçut aucune réponse. Quand elle l’a finalement eu au téléphone elle l’a insulté avec rage et a fermé son téléphone à son tour. Il savait qu’elle était impulsive ! Elle était incapable de se contenir. Elle s’imaginait tout ! Boris la trompant avec une autre.

Boris n’était plus là pour elle ! Tout comme dans son enfance, où ses émotions n’étaient pas reçues. En effet à son enfance, il lui était interdit d’exprimer ses émotions sauf quand elle avait mal au ventre. Elle se sentait si malheureuse. Sa mère menaçait toujours de quitter leur incapable de père qu’était son mari. Un jour ayant pleuré parce qu’elle avait faim, sa mère entra dans une grosse colère ! Elle la frappa avec une violence d’une rare intensité car pour elle, elle faisait des caprices au point où elle s’en souvienne encore.

Un autre, jour sa mère voyagea. Fina et ses frères redoutaient le pire. Quelques jours après ils reçurent une lettre de celle-ci qui disait qu’elle n’allait plus revenir. Toute la famille a pleuré ! son père n’a pas survécu ! Son frère tomba dans. Après l’échec de son mariage sa mère était revenue. Elle avait avec elle des relations très ambivalentes, faite d’amour et d’hostilité.

Tout son corps était « mélangé ». Elle ne voulait parler à personne. Elle était préoccupée. Elle allait se retrouver seule encore. Quelle honte ! Elle qui avait dit à tout le monde qu’elle avait trouvé l’âme sœur ! Dans une ultime tentative de se contenir, elle avait préparé beaucoup de mets, s’était remplie pour se remplir pour ensuite se bourrer d’alcool. Puis, affalée sur son divan, elle repensa à sa vie sexuelle qui a été si mouvementée, chaotique, vagabonde, instable. Les fantasmes sexuels étaient moins refoulés, plus conscients. On me disait que chez moi le refoulement était en faillite. Elle agissait comme si elle ne pouvait pas penser, comme si elle était quelqu’un d’autre.

Ce jour-là, elle s’est énervée au point où sa tension était montée. Elle fut admise en clinique pour quelques heures. Boris n’était pas là. Le lendemain, elle l’attendit encore en vain ! Quand deux jours après il vint, Fina n’arrivait toujours pas à contrôler sa colère. Elle ne pouvait pas les porter. Quand elle se mettait à crier c’était à 120 décibels. Il l’insulta.

-  Au début, tu m’as dit que j’étais le meilleur des hommes ! Ton sauveur !
-  Oui ! Mais je m’étais trompée sur ton compte ! Aujourd’hui tu es le pire des hommes ! Tu as détruit toute ma vie !

-  Pourquoi toute cette rage contre moi ? Que t’ai-je fait ? Je suis devenu ton persécuteur, ton objet de haine ! Je me suis toujours demandé comment m’y prendre pour te rassurer, te montrer que je t’aime !
-  Tu m’as abandonnée ! Moi qui ne demande que ton amour, pour sortir avec une de tes moins que rien qui ne m’arrive même pas à la cheville ; Dieu te voit ! Je te maudis !

-  Tu ne t’es jamais demandé comment tu te débrouilles toujours pour être abandonnée ? Qu’attendais-tu de moi au juste ? Je suis fatigué !
Elle avait tout partagé avec cet homme. Elle se sentait très dépendante de lui. Cela la mettait plus encore en colère alors qu’elle ne pouvait pas porter seule ses émotions.
-  Je vais te détruire aussi ! Tu me connais dit-elle en pleurant ! Tu sais très bien que j’en suis capable !

Puis soudain, elle s’engouffra dans la voiture de Boris qui n’avait pas enlevé les clefs, conduisit à toute vitesse vers la sortie de la ville ! Arrivée dans un espace vide, elle freina brutalement, descendit, brisa les vitres avec une grosse pierre. Elle n’arrivait plus à penser ! Tel un cours circuit, sa colère montait de plus en plus ! Elle vit du feu à côté ; elle alla chercher un buché et le jeta dans la voiture. Elle s’embrasa rapidement ! Quand Boris arriva c’était les pneus qui explosaient l’un après l’autre. Il était choqué ! Il balbutiât :

-  Bon Dieu ! Tu as brûlé ma voiture ! Tu as brûlé ma voiture.
Il se sentait subitement faible. Il s’assit à terre. Tout autour de la place des badauds s’étaient vite attroupés. Parmi les passants se trouvait un des connaissances de Boris qui s’approcha de lui, le prit par la main et s’écria : « Quel gâchis, au nom de l’amour ! »

Peu de temps après Fina qui se tenait à l’écart, commença à réaliser la gravité de son acte. Ce jour-là elle n’a pas dormi chez elle ! Elle n’a même pas trouvé le sommeil ! Elle passa la nuit chez sa mère- retournée au pays après s’être séparée avec son deuxième mari. La tête de Fina lui faisait atrocement mal ! Tout son corps était mélangé ! Doucement sa mère la massait pour qu’elle s’endorme. Fina demandait lui demanda :

-  Va-t-il jamais revenir ? Qu’ai-je donc fait encore à la vie ? J’ai perdu mon petit ami…. Puis elle recommença à sangloter.

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