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Suicide de jeunes étudiants : Stopper la spirale infernale

Accueil > Actualités > Opinions • Par Jérémie Yisso BATIONO • lundi 22 mars 2021 à 22h50min
Suicide de jeunes étudiants : Stopper la spirale infernale

Il y a quelques semaines, des suicides d’élèves et d’étudiants des universités publiques ont défrayé la chronique au Burkina Faso. Ce phénomène dont les jeunes burkinabè entendaient parler ailleurs, notamment en Europe, est-il en train de vouloir gangrener la société burkinabè ? Comment comprendre que des jeunes puissent se laisser aller à une telle extrémité ? Quelle thérapie pour tuer le mal dans l’œuf ?

Les pays occidentaux sont en avance sur les concepts. On y parle de plus en plus d’aide au suicide ou de suicide assisté. L’aide au suicide, ou suicide assisté, désigne l’acte de fournir un environnement et des moyens nécessaires à une personne pour qu’elle se suicide. C’est la personne elle-même qui déclenche sa mort et non un tiers.

En cela, l’aide au suicide est différente de l’euthanasie. L’euthanasie est un acte qui consiste à provoquer intentionnellement la mort d’autrui pour mettre fin à ses souffrances. L’euthanasie est volontaire lorsqu’elle est pratiquée conformément aux vœux d’une personne capable ou à une directive préalable valide. L’euthanasie est non volontaire lorsqu’elle est pratiquée sans qu’on connaisse les vœux d’une personne, qu’elle soit capable ou non.

L’euthanasie involontaire, qui est assimilée au meurtre ou à l’homicide involontaire coupable, est pratiquée à l’encontre des vœux d’une personne capable ou d’une directive préalable valide. Le suicide en milieu estudiantin nous permet de lever un coin du voile sur un phénomène assez préoccupant dans la société burkinabè. Le suicide touche toutes les couches sociales et tous les âges. Mais il se manifeste de plus en plus fortement au niveau des adolescents, des adultes et des personnes qui sont en milieu de vie (autour de la quarantaine ou de la cinquantaine). A cet âge, le démon de midi frappe et le sujet se pose des questions sur son devenir.

Facteurs précipitants et facteurs de vulnérabilité

Les auteurs qui se sont intéressés à la problématique du suicide y ont associé divers facteurs. Ceux-ci se retrouvent généralement sous deux rubriques : les facteurs précipitants et les facteurs de vulnérabilité. Ces derniers se rattachent soit au milieu, soit à̀ l’environnement immédiat, soit au jeune. L’anonymat, l’isolement, l’éclatement des valeurs, l’individualisme, l’accessibilité des moyens létaux, la couverture médiatique des suicides commis par des gens connus, la situation de l’emploi et des conditions financières font partie des éléments reliés au milieu.

Le décès d’un proche, des placements répétitifs en famille d’accueil, la violence physique, l’alcoolisme ou la toxicomanie d’un ou des parents figurent parmi les facteurs appartenant à̀ l’environnement immédiat. Des difficultés de socialisation, des aspects physiologiques, une faible estime de soi, du désespoir, de la violence, de la dépression, etc., font partie des déterminants reliés au jeune lui-même (prédispositions individuelles). En ce qui a trait aux facteurs précipitants, le viol, l’avortement, la perte d’emploi, l’échec scolaire, un problème avec la justice, une rupture amoureuse, peuvent être signalés.

Au Burkina Faso, les causes du suicide sont multiples et multiformes. Il en va ainsi des troubles psychologiques, de la honte, du déshonneur, de la misère ou de l’échec, des mariages forcés, des problèmes familiaux, de la maladie, … Certains en viennent à se convaincre que leur vie n’a plus de sens. Les étudiants burkinabè qui ont opté pour le suicide l’ont-ils fait en raison des dures conditions de vie et d’étude dans les universités ? Se sont-ils suicidés par désespoir quant à leur avenir ? Il ne faudrait pas passer ces morts violentes par pertes et profits. Il urge que des investigations approfondies soient diligentées pour identifier les causes de ces suicides en cascade et trouver des solutions idoines pour y remédier. L’action est d’autant plus urgente que les jeunes peuvent constituer des proies faciles dans ce contexte d’insécurité.

Transformer la société en profondeur

En matière d’intervention, trois niveaux peuvent être envisagés. La prévention primaire, la prévention secondaire et la prévention tertiaire. La prévention primaire vise à faire en sorte que la crise n’apparaisse pas. Elle renvoie à la réduction des facteurs qui déclenchent les problèmes et à l’amélioration des conditions qui favorisent la santé. La prévention primaire se produit donc avant la crise.

On cherche alors à empêcher l’apparition du suicide ou encore à̀ identifier les facteurs susceptibles de provoquer la crise suicidaire. La prévention secondaire, quant à elle, comprend les interventions qui sont faites au moment de la crise. Nommée aussi « intervention », elle arrive pendant la phase suicidaire qu’elle cherche à apaiser. La prévention tertiaire concerne les mesures qui visent à empêcher la répétition de la crise et à réduire le taux des effets résiduels. Ce type de prévention désignée également sous le terme « postvention » survient après la crise.

Les intervenants sociaux ou les professionnels de la santé déploient des efforts pour venir en aide aux personnes qui ont des idéations suicidaires ou encore qui ont fait une ou plusieurs tentatives de suicide. Lorsqu’ils interviennent, ils s’enquièrent de l’état de la personne, de ce qu’elle pense, de ce qu’elle ressent, de ce qu’elle fait de son temps, etc. Ils cherchent à connaitre l’évènement ou les évènements déclencheurs de la crise, les besoins, les ressources disponibles, les actions posées et leurs résultats... Ils répondent aux questions.

Après avoir pris connaissance des besoins de la personne suicidaire, ils lui enseignent ce qui pourra lui être profitable : la légitimation et la régulation des émotions, la gestion de la colère, la tolérance à l’attente, la revalorisation de la vie, la négociation des manques ou des abus, l’expression du vécu, le sens de la discipline, l’apprentissage du droit inconditionnel d’exister, l’acquisition de l’estime de soi, la brisure de l’isolement, la protection, etc.

L’un des rôles des programmes de prévention du suicide est de confronter les perceptions du jeune suicidaire à une réalité́ plus large. Les perceptions du jeune peuvent d’abord être de cet ordre : Comment un jeune étudiant pourrait-il avoir envie de vivre lorsque ses émotions sont presque toujours désagréables et envahissantes, voire intolérables ? Comment pourrait-il aimer vivre lorsqu’il se réveille déçu, triste et en colère, que ces émotions lui « collent à la peau » toute la journée et qu’il s’endort le soir encore déçu, triste et en colère ? qu’il a toujours aussi peur et mal et qu’il n’a que le morceau de carton qui lui sert de sac de couchage pour verser ses larmes et confier ses blessures ? Comment pourrait- il avoir le goût de vivre lorsqu’il sait qu’il n’a pas su se faire aimer ou se rendre utile, ou que peu importe ce qu’il dira ou fera, il ne sera qu’un « moins que rien » et qu’il se fera critiquer, juger, rejeter ? Comment pourrait-il désirer vivre lorsque la vie lui semble n’être qu’un « sac à problèmes » et qu’elle ne lui laisse aucun répit ?

Il importe d’aider les jeunes à réellement se connaitre et à découvrir les ressources de leur entourage, puis de les soutenir pour qu’ils y trouvent leur place. C’est un vaste programme qui nécessite une transformation en profondeur de la société et des relations interpersonnelles. Les signaux ont été donnés par les étudiants qui se sont suicidés. Il ne faut pas fermer les yeux sur cette réalité fort peu reluisante.

Jérémie Yisso BATIONO
Enseignant chercheur
Ouagadougou

Vos commentaires

  • Le 22 mars à 16:45, par Beogo En réponse à : Suicide de jeunes étudiants : Stopper la spirale infernale

    Pour pouvoir caractériser un phénomène, il me faut le quantifier.
    Combien d’étudiants au Burkina Faso se sont suicidés en 2019 et en 2020 ?
    Merci

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  • Le 22 mars à 17:09, par Sacksida En réponse à : Suicide de jeunes étudiants : Stopper la spirale infernale

    A vrai dire, il est evident que notre societe est malade dans tous ces compartiments et c’est pourquoi dans son 1er mandat, j’avais suggere la convocation d’une conference nationale sur l’etat de la nation afin de faire un diagnostique sans complaisance de l’etat de la nation. Quand dans le meme pays, certains vivent dans le paradis et que d’autres laisses pour compte sont dans l’enfer, de telles situations sont tout a fait malencontreuses et n’augure pas des lendemains qui chantent. Trop de disparites, d’inegalites, d’injustices et les uns mangent et puis les autres regardent ains naissent les "Revolutions" ou les "insurrections. Cela est la consequences de l’organisation injuste de la societes et avec son corteges de maux et de miseres comme dans une jungle ou les grands devorent les petits. Bado Laurent disait : Si l’on ne prend garde la crise sociale risque de s’emplifier car les bases d’une societe vivable sont : La Solidarite, la Justice Sociale et la Repartition equitable des richesses nationales, qui sont les conditions incontournables pour que la societe ne s’ecroulent. Prenons en conscience et rejetons les explications simplistes et erronees. Salut.

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    • Le 23 mars à 09:08, par kap En réponse à : Suicide de jeunes étudiants : Stopper la spirale infernale

      Nous les parents en grandes partie coupables . Nous n’avons plus le temps pour éduquer , donner un temps soit peu de l’affection , écouter nos enfants . Nous les avons laissé à la merci des feuilletons , les réseaux sociaux et aux personnes extérieures opportunistes de mauvaises moralités qui les entrainent dans des vicieux dont les nous sommes mis devant les faits irréparables accomplis . Un parent qui après le boulots reste dans les débits de boissons pour rentrer tout saoulé n’a ni le temps et la sagesse d’écouter et de résoudre les problèmes de ses enfants . Le to avec une sauce très pauvre sans un seul morceau de poisson séchés , du bèenga et du riz sec sont servis aux enfants à la maison pendant que dehors nous nous empiffrons de poulets flambés , porc au four et poissons braisés tout cela arrosés de beauforts ou d’autres

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  • Le 23 mars à 06:14, par HUG En réponse à : Suicide de jeunes étudiants : Stopper la spirale infernale

    Même si. C’est un seul étudiant qui s est succidé. Il faut prendre au sérieux le problème. L université de nos jours rime avec tous les maux : misère_ chevauchement des années, notes souvent fantaisistes. On a beau eu le soutien des chefs religieux, coutumiers, fonctionnaire en quête de nomination,Osc on doit néanmoins se pencher sérieusement sur ce problème. Aux étudiants ne perdez jamais espoir, n augmenter pas la peine de vos parents. Soyez fort ça ira

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  • Le 23 mars à 07:56, par levieux sage En réponse à : Suicide de jeunes étudiants : Stopper la spirale infernale

    Facteurs précipitants et facteurs de vulnérabilité

    Les auteurs qui se sont intéressés à la problématique du suicide y ont associé divers facteurs. Ceux-ci se retrouvent généralement sous deux rubriques : les facteurs précipitants et les facteurs de vulnérabilité. Ces derniers se rattachent soit au milieu, soit à̀ l’environnement immédiat, soit au jeune. L’anonymat, l’isolement, l’éclatement des valeurs, l’individualisme, l’accessibilité des moyens létaux, la couverture médiatique des suicides commis par des gens connus, la situation de l’emploi et des conditions financières font partie des éléments reliés au milieu.

    Le décès d’un proche, des placements répétitifs en famille d’accueil, la violence physique, l’alcoolisme ou la toxicomanie d’un ou des parents figurent parmi les facteurs appartenant à̀ l’environnement immédiat.
    La solution au probleme du suicide qui frappe toutes les couches sociales est d’apporter des solutions a la problematique posée.

    Répondre à ce message

  • Le 23 mars à 08:00, par Le Pacifiste En réponse à : Suicide de jeunes étudiants : Stopper la spirale infernale

    Bien dit. Mais quand j’ai lu le titre du doucement, je m’attendais à autre chose dans le corps mais ce sont des explications de l’euthanasie ,de suicide assisté qui nous rappellent nos cours de philo et autres,etc qui nous ont été servies. Un rappel des cas de suicide d’élèves et d’étudiants n’aurait pas été inutile dans le document

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  • Le 23 mars à 09:51, par Jean En réponse à : Suicide de jeunes étudiants : Stopper la spirale infernale

    Quand il y a des étudiantes, par faute de moyens, qui décident d’être des bonnes (femmes domestiques), c est que le mal est vraiment profond…

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  • Le 23 mars à 15:10, par Ivoire En réponse à : Suicide de jeunes étudiants : Stopper la spirale infernale

    La Cote d’
    ivoire est le premier pays en matiere de suicide des jeunes. La cause en est l’usage des drogues dures. et le phenomene gagne les pays limitrophe peu a peu.

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  • Le 24 mars à 16:34, par Sidpawalemde Sebgo En réponse à : Suicide de jeunes étudiants : Stopper la spirale infernale

    Si j’étais le prof de Français ou de Philosophie, le commentaire et la note seraient : "Hors sujet, 04/20". Et si c’est nécessaire, vérifier s’il n’y a pas "d’emprunts".

    Si trois paragraphes détaillent les définitions des différentes euthanasies et suicides assistés, le suicide lui même n’est même pas défini.
    Mais surtout, assimiler le suicide d’étudiants au Burkina avec les notions d’euthanasie et de suicide assisté généralement liés à la fin de vie de personnes âgées et de grands malades en occident est aberrant...

    Sauf bien sûr si on a tapé le mot "suicide" sur un moteur de recherche comme Google, puisque ce sont les "tendances" et "actualités" liées à ce mot en occident actuellement. La référence au "placement en famille d’accueil" vient confirmer que le contexte n’est pas le notre.

    Au final, un seul paragraphe lapidaire fait référence au Burkina, sans chiffres, sans date, sans faits. Autant dire que le "devoir" traité serait plus vraisemblablement sur "le suicide en France" de façon générale plutôt que celui de jeunes étudiants au Burkina, cible largement ratée.

    A mon humble avis, c’est un sujet trop sérieux et trop d’actualité pour être traité aussi légèrement.

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  • Le 26 mars à 00:52, par dubois henri En réponse à : Suicide de jeunes étudiants : Stopper la spirale infernale

    je partage totalement l’avis de Sidpawalemde Sebgo , cet article ne donne aucune information sérieuse sur le problème évoqué, et c’est dommage, car si le problème est avéré, il est un symptôme grave qu’il convient de bien délimiter. A REFAIRE !

    Répondre à ce message

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