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Université Joseph KI-ZERBO : Soutenance de trois thèses de doctorat unique en Biologie Moléculaire et en Génétique Moléculaire à LABIOGENE

Accueil > Actualités > DOSSIERS > Recherches et innovations • • vendredi 26 février 2021 à 08h00min
Université Joseph KI-ZERBO : Soutenance de trois thèses de doctorat unique en Biologie Moléculaire et en Génétique Moléculaire à LABIOGENE

Le 21 Décembre 2020 et le 27 Janvier 2021, se sont tenues des soutenances de trois thèses de doctorat unique en Biologie Moléculaire et en Génétique Moléculaire à LABIOGENE, Centre d’excellence UEMOA et Laboratoire National de Référence pour les HPV (LNR-HPV). De ces trois (03) thèses sont issues neuf (09) articles scientifiques publiés dans des revues internationales indexées.

Ces recherches doctorales effectuées se rapportent aux résistances génétiques bactériennes, à la caractérisation moléculaire des souches HPV à haut risque oncogène circulant dans la sous-région et aux gènes humains qui régulent leur infectiosité.

Les virus oncogènes tels que les virus des hépatites B et C ainsi que les papillomavirus humains et les herpes virus constituent un problème majeur de santé publique en Afrique subsaharienne avec des milliers de décès par an. Certaines de ces infections peuvent évoluer vers le carcinome hépatocellulaire (CHC), le cancer de foie, le cancer du col de l’utérus,… surtout chez les personnes immuno-déficientes suite à une infection par le VIH. Aussi, la résistance bactérienne aux antibiotiques demeure un problème majeur de santé particulièrement la résistance par production de bêta-lactamase de type Bêta-Lactamase à Spectre Elargi (BLSE) souvent associée à une résistance aux quinolones.

Certains facteurs humains peuvent contribuer à cette évolution vers le cancer. Les échantillons de ces travaux proviennent des populations de six (06) pays : le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, le Mali, le Niger et le Togo.

Lorsqu’un virus, une bactérie ou un parasite pathogènes infecte un sujet humain, il y a immédiatement un dialogue puis un affrontement acharné entre les protéines produites par les gènes du pathogène et celles élaborées par les gènes humains. De ce combat, parfois la balance de la victoire se penche vers l’agent pathogène et de temps à autre vers l’hôte : c’est alors la clairance et la guérison.

Les objectifs de ces trois thèses étaient de mieux comprendre non seulement les facteurs génétiques de l’homme qui influenceraient la progression de ces infections virales vers l’oncogenèse ou vers la clairance virale mais aussi de déterminer les gènes de résistance des entérobactéries aux antibiotiques.

D’excellents résultats scientifiques ont été obtenus grâce à l’appui de certains partenaires de LABIOGENE que sont : l’Union Economique et Monétaire Ouest Africaine (UEMOA), l’Agence Universitaire de la Francophonie (AUF), l’Ambassade des Etats-Unis à travers le Fulbright, le Centre de Recherche Biomoléculaire Pietro Annigoni (CERBA), l’International Centre for Genetic Engineering and Biotechnology (ICGEB), le Centre Nationale de Transfusion Sanguine (CNTS), l’Institut National d’Hygiène (INH) de Lomé, Togo...

La première thèse

La première thèse soutenue par Teega-Wendé Clarisse OUEDRAOGO a porté sur « Implication des facteurs génétiques Glutathion S-Transférase M1 et T1 de l’hôte dans l’infection aux papillomavirus humains et dans l’acquisition des lésions précancéreuses et cancéreuses du col de l’utérus chez les femmes en Afrique de l’Ouest ».

Le jury a été présidé par Pr Blami DAO, Professeur Titulaire de Gynécologie-Obstétrique, (Université Nazi Boni, Burkina Faso). Les membres du jury étaient : Pr Jacques SIMPORE, Professeur Titulaire en Biologie Moléculaire et en Génétique Moléculaire à l’Université Joseph KI-ZERBO (Directeur de thèse), Pr Damintoti Simplice KAROU, Professeur Titulaire en Biochimie-Microbiologie (Université de Lomé au Togo) ; Pr Abdoul-Salam OUEDRAOGO, Professeur Titulaire de Bactériologie-Virologie, (Université Nazi Boni, Burkina Faso), Dr Djènèba OUERMI, Maître de conférences en Biologie Moléculaire, (Université Joseph KI-ZERBO, Burkina Faso) et Dr Florencia Wendkuuni DJIGMA, Maître de conférences en Biochimie-Biologie Moléculaire (Université Joseph KI-ZERBO, Burkina Faso).

Cette étude a montré que la prévalence globale de l’infection au papillomavirus humain à haut risque (HR-HPV) était de 45,1% chez les femmes sexuellement actives en Afrique de l’Ouest, soit 12% au Niger, 33,6% au Bénin, 39,6% en Côte d’Ivoire, 44,8% au Togo et 52,5% au Burkina Faso. Les HR-HPV prédominants étaient le HPV66, 52, 68, 31, 56, 51 et 45. Au niveau des femmes atteintes de néoplasie intraépithéliale cervicale (CIN2 et 3) de haut grade et de cancer, la prévalence des HR-HPV était de 58% dans la population d’étude générale. Au Burkina Faso et au Mali, le génotype GSTM1-nul était fortement associé à l’acquisition des CIN2 et 3 et du cancer du col de l’utérus (CCU). Au regard de la fréquence des HR-HPV non couverts par les vaccins existants et de l’influence des cofacteurs GST (M1 ; T1), les femmes en Afrique de l’Ouest sont exposées au CCU.

La deuxième thèse

La deuxième thèse a été soutenue par Prosper BADO sur le thème : « Etude des facteurs génétiques induisant le cancer du col de l’utérus en Afrique de l’Ouest : génotype HR-HPV, implication des gènes E6/E7, MMP1 et MMP3 dans la survenue de l’oncogenèse » devant le jury composé de : Pr Nicolas BARRO, Professeur Titulaire en virologie, Université Joseph KI-Zerbo (Rapporteur) qui a présidé le jury et autres membres que sont : Pr Adrien M. Gaston BELEM, Professeur Titulaire en parasitologie animale, Université Nazi Boni (Rapporteur) ; Pr Souleymane OUATTARA, Professeur Titulaire de Gynécologie-Obstétrique, Université Nazi Boni (Rapporteur) ; Pr Jacques SIMPORE, Professeur titulaire en Biologie Moléculaire et Génétique Moléculaire, Université Joseph KI-ZERBO (Directeur de thèse) ; Dr Florencia W. DJIGMA, Maitre de Conférences en Biochimie-biologie moléculaire, Université Joseph KI-Zerbo ; Dr Théodora M. ZOHONCON, Maitre de Conférences Agrégée en Biologie Moléculaire et Génétique moléculaire, Université Saint Thomas d’Aquin.

L’étude a impliqué 2133 écouvillons cervicaux de femmes venant du Bénin, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Niger et Togo et 461 biopsies cancéreuses du col de l’utérus paraffinées venant du Mali et du Burkina Faso. La fréquence des HR-HPV et des dysplasies, dans toute la population générale était respectivement de 33,61% et 8,81%. Les génotypes MMPs trouvés étaient 1G1G, 1G2G et 2G2G (MMP1) et 5A5A, 5A6A, 6A6A (MMP3). Les allèles 2G étaient plus fréquents chez les femmes infectées. Les allèles 2G et 5A étaient plus fréquent chez les patientes présentant le CCU. Les allèles 2G et 5A ont été associés à une transcription élevée de MMP1 et MMP3 dans le CCU. Une synergie d’action entre ces deux gènes a été notée à travers l’analyse des haplotypes.

Un diagnostic précoce de ces polymorphismes géniques, avant que le CCU ne se déclenche, serait d’un grand atout dans la prise en charge thérapeutique des personnes infectées par les HPV.

La troisième thèse

La troisième thèse soutenue par Fortune D. SALAH a porté sur « La caractérisation des gènes de résistance aux Bêtalactamines et aux Quinolones des souches de Escherichia coli et Klebsiella spp à Lomé, Togo » devant le jury composé de :

Le Pr Rasmata OUEDRAOGO-TRAORE, Professeur Titulaire de Bactériologie/Virologie à l’Université Joseph Ki-Zerbo, présidente du jury.

Les membres : Pr Jacques SIMPORE, (Directeur de thèse), Professeur titulaire en Biologie Moléculaire et Génétique Moléculaire, Pr Damintoti Simplice KAROU, Professeur Titulaire en Biochimie-Microbiologie (Université de Lomé au Togo) (Co-Directeur de thèse), Pr Patrick Aléodjrodo EDORH, Professeur Titulaire de Biochimie-Biologie Cellulaire (Université Abomey-Calavi, Bénin), Dr Mahamoudou SANOU, Maître de Conférences Agrégé en Bactériologie-Virologie (Université Joseph Ki-Zerbo), du Dr Roland N.T. MEDA, Maître de Conférences, en Biochimie des Substances Naturelles (Université Nazi Boni) et du Dr Christelle M.W. NADEMBEGA, Maître de Conférences en Microbiologie-Biologie Moléculaire (Université Joseph Ki-Zerbo).

A Lomé, au Togo, une analyse rétrospective des résultats d’antibiogramme de 5910 souches d’Entérobactéries majoritairement isolées des urines entre 2010 et 2017, a révélé une forte résistance à l’Amoxicilline. Le taux de résistance vis-à-vis des Céphalosporines de troisième générations (C3G) était de 31 %, taux qui a progressé de 18,53 % (2011) à 39 % (2017) pour la Ceftazidime et de moins de 10 % à plus de 39 % pour le Ceftriaxone.

La résistance à la Ciprofloxacine a évolué de 37,94 % à 59,85 % entre 2010 et 2017. Les gènes bêta-lactamases blaTEM, blaSHV et blaCTX-M1 étaient retrouvés chez 98,44 % (63/64) des souches de Klebsiella spp avec une prédominance de la triple association TEM/SHV/CTX-M1 estimée à 61,90 %. Chez E. coli, 100 % (91/91) des souches étaient porteuses des gènes BLSE avec une forte prévalence de CTX-M1 seul (19,78 %) ou en combinaison avec TEM (57,14 %) et/ou SHV (20,88 %). Les résultats sur le screening des gènes qnr ont révélé la présence de 74 (47,74%) qnrB, 73 (47,10%) qnrS et 4 (2,58%) qnrA. La combinaison qnrBS a été retrouvée chez 30,77 % des souches de E. coli et 18,75 % des souches de Klebsiella spp.
Au vu de ces résultats, la problématique de résistance des agents pathogènes aux antibiotiques demeure un défi majeur pour l’espace CEDEAO.

Les résistances à nos médicaments modernes que nous venons de présenter, grâce à ces études doctorales, nous font comprendre combien, en matière de lutte contre les maladies infectieuses, les victoires sont fragiles ; car nous avons affaire à un monde vivant qui s’adapte pour survivre, à notre environnement, à notre mode de vie, à nos pratiques médicales, à nos armes thérapeutiques et profite des moindres failles pour gagner du terrain.

Tant qu’une bonne politique de solidarité, d’hygiène et de « One Health » n’est pas mise en œuvre dans l’espace CEDEAO pour combattre ensemble les microorganismes pathogènes qui ne connaissent plus aucune frontière nationale, régionale ou continentale à cause de la globalisation ; tant que l’homme n’use pas avec parcimonie et sagesse les microbicides synthétisés par les industries pharmaceutiques modernes ; tant que l’Homme ne prend pas conscience que transformer la nature en la polluant par une industrialisation sauvage équivaux à exciter et à stimuler les micro-organismes pathogènes à se muter, à s’adapter à notre écosystème et à devenir encore plus virulents ; sans une prise de conscience collective et sans une hygiène de vie conséquente, nous marcherons inexorablement vers le règne prépondérant des microbes pathogènes, vers la recrudescence des maladies infectieuses, bref, vers des résistances microbiennes mondialisées.

Nous ne voulons pas être de mauvais prophètes, mais si cela advenait, nos antibiotiques et nos microbicides les plus forts, les plus puissants et les plus modernes ne deviendront que des substrats appétissants et de l’eau fraîche pour nos prédateurs devenus à jamais invincibles.

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