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Daouda Azoupiou, ex-ministre des Sports : « J’ai été touché dans mon amour propre par la décoiffe du stade de Tenkodogo qui était en construction »

Accueil > Actualités > Sport • LEFASO.NET • jeudi 18 février 2021 à 23h45min
Daouda Azoupiou, ex-ministre des Sports : « J’ai été touché dans mon amour propre par la décoiffe du stade de Tenkodogo qui était en construction »

Alors qu’il siège comme vice-président de la Commission de la jeunesse, de l’éducation, de l’emploi et de la culture (CJEEC) de la 8e législature, l’ex-ministre des Sports et de Loisirs, Daouda Azoupiou, a accordé une interview exclusive à Lefaso.net, le 14 février 2021. Une première, plusieurs mois après la formation du gouvernement dont il fait partie des ministres sortants, le 10 janvier 2021. Celui qui croit dur que « la diplomatie du sport doit inscrire le Burkina Fas dans le concert des nations », veut apporter le soutien nécessaire à son successeur à la tête du département des Sports, mais aussi contribuer au rayonnement du parlement burkinabè.

Lefaso.net : Comment passez-vous votre temps de repos, après le gouvernement ?

Daouda Azoupiou : A vrai dire, il n’y a pratiquement pas eu de temps de repos, car nous sommes rentrés immédiatement dans la phase des élections couplées de 2020. Après cela, il y avait des activités au niveau gouvernemental en fin d’année 2020. Enfin, avec la réélection du président du Faso par le peuple burkinabè, il fallait donc organiser son investiture.

Aussi, nous qui avons eu la chance d’être élus comme représentants du peuple à l’Assemblée nationale, il fallait que nous partions valider nos mandats à l’Assemblée nationale. De ce fait, cette validation a eu lieu le même jour que l’investiture du président du Faso, le 28 novembre 2020. Ayant été élu représentant du peuple à l’Assemblée nationale, il fallait s’y préparer en s’imprégnant des documents sur la constitution des lois et organiser les passations de charges au niveau du gouvernement, étant donné que le gouvernement a été renouvelé et nous avons été remplacé.

Autant d’activités auxquelles nous avons été sollicité. Nous nous sommes donné afin que cela se passe bien. Les différentes sessions au niveau de l’Assemblée nationale nous ont occupé également. De plus, il fallait se préparer pour le discours de politique générale de son excellence Monsieur le Premier ministre. En somme, il n’y a pas eu de temps de repos pour nous, au regard des différentes activités menées.

Quel regard portez-vous sur votre passage au gouvernement ?

J’ai vécu depuis trois années avec l’ensemble des collaborateurs et partenaires dans ce ministère. Autrefois, on avait un regard sur le ministère des Sports et des Loisirs comme le ministère du football ou des Etalons ; où lorsqu’on gagne, c’est tout le monde. Et lorsqu’on perd, on remet la faute sur l’un ou l’autre. Aujourd’hui, on se rend compte que c’est un ministère transversal qui, à la fois, intègre d’autres facteurs tels que la santé, la cohésion sociale, le développement économique, la participation à la croissance économique de notre pays, la diplomatie car le rayonnement d’un pays part de ses talents qui sont portés par le drapeau et lorsque l’on gagne des victoires, c’est le pays qui gagne.

J’ai vécu des moments très forts dans ce ministère au moment où j’ai compris qu’il fallait connaître les missions qui nous sont assignées, connaître les collaborateurs, découvrir tous les partenaires tels que ceux du mouvement sportif. Cela s’est soldé par des engagements très forts en relation avec les référentiels de l’époque que sont le Plan national de développement économique et social (PNDS), le programme présidentiel, la politique nationale des sports et des loisirs.

Nous avons pu ensemble dégager des pistes au cours d’un grand séminaire et nous avons compris qu’il fallait aller dans le sens de la professionnalisation de la gestion du sport et l’économie du sport car il faut participer à la croissance de notre économie, et vu que le sport crée des emplois. Mais avant tout, il fallait développer la médecine du sport, car elle intervient dans plusieurs facteurs. Ce sont la professionnalisation de notre sport, car si l’on veut des athlètes, il faut se rassurer de leur santé et aussi leur apporter des soins nécessaires en cas de blessure. Il y a aussi des questions de diététique, de suivi psychologique. Cela a été un axe important qui nous a conduit à la mise en place d’un centre national sportif. C’est un joyau pour le Burkina Faso.

L’aspect sport-santé consiste à donner de la santé aux travailleurs, car sur cinq jours de travail dans la semaine, si l’on doit parcourir les cliniques pour se soigner, cela diminuera considérablement le rendement. Alors qu’en pratiquant le sport, on remplit les conditions optimales de santé, car on diminue la graisse qui bouche nos artères et on se sent en forme. De ce fait, il faut que le sport soit un facteur de prévention de la maladie. Aussi, il faut que dans nos structures sanitaires, nous puissions avoir des infrastructures pour prendre en charge les malades et leur rééducation. La diplomatie du sport, la formation dans le sport qui a consisté en la mise en place de la relève sportive a été l’un des projets mis en place et qui constitue aujourd’hui l’ossature de la vision en matière de développement de notre sport.

Comment voyez-vous la percée de Hugues Fabrice Zango ?

A notre arrivée, pour les compatriotes de la trempe de Hugues Fabrice Zango pouvant avoir des appuis pour aller aux Jeux olympiques, nous les avions identifiés comme étant des sportifs de haut niveau, puis nous nous sommes battus pour les placer dans des centres importants où ils devraient recevoir des formations d’appui avec des entraîneurs de haut niveau. Aussi, nous leur avons octroyé des bourses mensuelles. Ils sont au nombre de cinq qui en bénéficient. Cela leur a permis de se mettre à l’abri des petits besoins puis de continuer leurs études universitaires.

Hugues Fabrice Zango est un doctorant et nous avons l’œil sur lui, car après avoir battu les différents records africains, il a battu son propre record et il a battu le record mondial. Aujourd’hui, c’est véritablement une médaille olympique que nous attendons de lui aux prochains Jeux olympiques. Cette vision permet à notre pays de mériter sa place dans le concert des grandes nations, car à tout moment, c’est le Ditanyè qui est retenti, les couleurs nationales qui flottent et on parle en bien du Burkina Faso.

Ça nous rappelle encore à tout moment où les autres nous posaient la question à savoir comment nous faisons, que le Burkina Faso est un pays dont les ressources étant limitées où tout est prioritaire, mais parvient dans le domaine du sport à battre des records, malgré l’insuffisance des infrastructures.

Pourtant, le sport féminin traine au Burkina Faso…

Le sport féminin prend de l’ampleur au niveau mondial et c’est une tendance qui se traduit par de grands clubs, de grandes écoles, de grandes compétitions organisées pour développer le sport féminin. C’est dans ce sens qu’au Burkina Faso, nous sommes engagés à prendre en compte la gouvernance du sport féminin, l’implication des femmes au niveau des structures dirigeantes et soutenir les clubs féminins dans n’importe quelle discipline. C’est ainsi que l’on constate de nos jours l’existence de nombreux clubs, et des compétitions au niveau national sont organisées.

Nous disposons donc d’équipes féminines nationales appelées Etalons football, en basket-ball ou en volley-ball. Nous avons pris conscience que c’est une tendance qui va prendre de l’ampleur et que nous devons forcément y mettre les moyens. Cependant, les moyens faisant défaut, nous sommes repartis à la relève sportive pour prendre en compte le sport féminin en recrutant non seulement des jeunes filles de neuf à dix ans, mais aussi des garçons pour les intégrer dans des centres de formation afin qu’ils bénéficient d’une formation pertinente et continuent jusqu’à ce qu’ils deviennent de grands sportifs capables de défendre le pays.

Comment appréciez-vous les performances des Etalons ?

Nous avons accompagné les Etalons et notre joie est que durant les dix dernières années, les Etalons ont pu occuper les meilleures places que sont la deuxième, la troisième et la quatrième place. Il ne reste plus donc qu’à occuper la première place qui est la coupe d’Afrique des nations. Le sport se pratiquant par génération, par promotion, ces Etalons qui nous ont donné ces victoires sont au soir de leur carrière. C’est ainsi que les Etalons ont été renouvelés à 75%-80% de leur effectif.

Ceux qui les ont remplacés sont des jeunes convaincants car la plupart sont d’un niveau mondial et jouent dans de grands clubs. Nous avons également un championnat qui est régulier et d’un très bon niveau. La preuve est que durant ces dernières années, nous avons des clubs qui participent régulièrement aux campagnes africaines tels que Rahimo, Salitas. En somme, nous pouvons dire que notre football a atteint un certain niveau de performance et nous devons forcément nous réjouir et continuer tout en mettant les moyens nécessaires. Les Etalons sont uniques, formidables, capables de remporter de grosses victoires. Nous sommes déjà à l’anti-champ de la CAN 2022, et un match nul nous qualifie immédiatement. Les U-20 sont qualifiés et sont déjà en Mauritanie.

Quelle est votre réaction suite à ce qui s’est passé au retour des Etalons du CHAN ?

Malheureusement, c’est ce qui s’est passé, mais les autorités compétentes ont pris les mesures nécessaires pour éviter de vivre les situations désagréables qui n’honorent pas notre pays. Cela ne s’explique pas par la pauvreté de notre pays qui leur autorise de retirer les maillots. Néanmoins, des mesures ont été prises et dorénavant, les nouveaux responsables s’adresseront aux autorités avant de prendre des décisions.

Que doit faire votre successeur en matière de sports ?

La passation de charges a eu lieu entre Dominique André Nana et moi. Je connais Dominique Nana dans le domaine du sport, car il a été un pratiquant et un dirigeant du sport. Il est aujourd’hui à un niveau de conception car ayant été à la Primature, il voyait passer tous les dossiers au ministère. Il est passionné de sport et connaît bien les domaines du sport. Il a suivi l’évolution du sport parce que le sport évolue au quotidien à travers ses règles, ses pratiques, ses lois. Il a une connaissance également des référentiels du sport. Etant doté de connaissances, je reste convaincu que le management de Dominique Nana permettra de continuer la dynamique que nous avons engagée et atteindre les résultats escomptés car dans notre viseur, il y a plusieurs objectifs attendus ; le ministre s’est fixé également des objectifs pour la CAN 2022.

Le Burkina Faso a-t-il les moyens pour organiser des compétitions telles que la CAN 2029 ?

Je ne peux pas dire que le pays a les moyens, mais le pays a des ambitions et c’est ce qui est essentiel. Nous sommes un pays dont les ressources sont limitées et lorsque nous participons à l’élaboration du budget, nous constatons que tout est prioritaire. Le stade du 4-Août et le stade Sangoulé-Lamizana sont les deux grandes infrastructures sportives qui constituent la prunelle de nos yeux au Burkina Faso. De ce fait, nous ne pouvons pas les laisser se dégrader, car nous n’avons pas mieux que ça.

Même si nous n’avons pas les moyens, nous devons faire des efforts pour les réhabiliter. C’est dans cette lancée de doter le pays d’infrastructures de qualité que le président du Faso a engagé sa campagne sur la réhabilitation du stade de 4-Août en attendant que celui de Bobo-Dioulasso puisse être à l’ordre du jour car des conditions nous sont imposées par les structures supranationales telles que la CAF et la FIFA, obligeant notre pays à se mettre aux normes en matière d’infrastructures. C’est donc une volonté politique qui est affichée et des moyens seront mis en œuvre au fur et à mesure des priorités. Il ne s’agit donc pas de réhabiliter le stade dans sa globalité en tenant compte de tout ce qui est dégradé, mais il y a des aspects qui exigent un regard pour que l’on puisse accueillir les matchs.

Comment comptez-vous impacter l’Assemblée nationale ?

Pour mon expérience au niveau du gouvernement et en tant que citoyen, les rôles sont séparés, c’est-à-dire l’exécutif et le législatif. Au niveau de l’exécutif, les lois sont préparées et élaborées à ce niveau et suivent une certaine trajectoire jusqu’au Conseil des ministres pour aller à l’Assemblée nationale. Nous avons eu l’occasion d’élaborer la loi 050 appelée loi d’orientation des sports et des loisirs au Burkina Faso et adoptée en 2019. C’est ce travail qui est fait au niveau des ministères.

On élabore des lois, on envoie et les différents ministères vont au niveau de l’Assemblée nationale pour défendre leur projet. Par exemple, quand les députés veulent mieux comprendre la gestion des projets, on convoque le ministre et il y va pour défendre. C’est un travail qui est donc fait au niveau du gouvernement et qui aboutit au niveau de l’Assemblée nationale. Maintenant que nous sommes au niveau de l’Assemblée nationale, le rôle du député est de voter les lois qui viendront du gouvernement, les examiner, puis de donner une suite ; de consentir l’impôt, de contrôler l’action du gouvernement en s’assurant que les lois votées sont en harmonie avec celles mises en œuvre par l’exécutif.

En somme, il s’agit de voir si tout est dans les règles de l’art. Il y a également les travaux en commission que nous aurons et au cours duquel nous rencontrerons les sectoriels. Relevant donc de mon domaine et me retrouvant à cet effet vice-président de la commission c’est-à-dire de la jeunesse, l’emploi, la culture, je connais déjà les préoccupations et j’ai une vue plus large de la mission. Cela donne une avance par rapport à la compréhension et au soutien des ministres dans leur projet afin que cela se passe plus vite. Nous mettrons nos énergies en œuvre pour soutenir les projets des ministres qui nécessitent notre accompagnement.

Le gouvernement est une équipe qui travaille. On y distingue la solidarité gouvernementale qui est chapotée par le Premier ministre qui est le chef du gouvernement et donne les orientations. Mais il faut noter que nous travaillons sous la coupe du président du Faso qui fait un pacte avec le peuple et qui se traduit par des référentiels. C’est le travail et la solidarité des uns et des autres qui nous permettront d’avancer. C’est aussi une famille, et pendant les trois années, la famille a fonctionné normalement. Il arrive souvent qu’on ait l’ambition d’aller un peu plus vite dans les projets, mais les moyens font défaut. C’est vrai que c’est décevant mais cela s’explique par le fait que nous sommes dans un pays où les ressources sont limitées. De ce fait, il faut toujours faire preuve de compréhension.

Quelle est votre déception lors de votre passage au gouvernement ?

Comme déception, je peux dire que j’ai été touché dans mon amour propre par la décoiffe du stade de Tenkodogo qui était en construction. A l’époque, je me vantais, car j’avais trouvé les hommes et les soutiens nécessaires pour faire de cette infrastructure une infrastructure modèle. Le technicien est un compatriote résidant en Belgique et qui avait les connaissances nécessaires pour réaliser l’infrastructure. L’entreprise chargée de la construction avait non seulement l’expérience mais aussi le matériel nécessaire pour la réalisation du stade. Malheureusement, au moment où l’on s’attendait à recevoir des applaudissements, les intempéries sont venues remettre en cause nos efforts.

Votre dernier mot.

Je suis parti de ce gouvernement en étant très content et je ne cesse de remercier son excellence Roch Marc Christian Kaboré qui a placé son choix sur moi afin de gouverner ce secteur. Je remercie également les deux excellences Paul Kaba Thiéba et Joseph Marie Dabiré qui m’ont gardé durant ces trois années dans leur gouvernement, et avec qui nous avons travaillé. Je reste convaincu qu’ils ont apprécié mon engagement, mon dévouement et ma disponibilité au travail.

Interview réalisée par Edouard Samboé
et Augustin Khan
Lefaso.net

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