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Cybersécurité : Une autre bataille à remporter dans la lutte contre le terrorisme au Burkina

Accueil > Actualités > Opinions • LEFASO.NET • mercredi 30 décembre 2020 à 12h14min
Cybersécurité : Une autre bataille à remporter dans la lutte contre le terrorisme au Burkina

Le cyberespace est un environnement de conflictualité par excellence. Les réseaux terroristes l’investissent également pour recruter, perpétrer des attaques ou légitimer leurs actions. Dans un contexte national et international volatile et contraignant, la cybersécurité et la cyber-défense deviennent vitales pour les États. Le Burkina Faso dispose d’une stratégie nationale de cybersécurité (2019-2023) élaborée par l’agence nationale de sécurité des systèmes d’information (ANSSI). Il lui revient d’actionner les différents leviers pour la protection des citoyens et des intérêts vitaux du pays contre le cyberterrorisme.

Espace en pleine expansion, aussi bien sur le plan technologique que sur celui des enjeux induits, le cyberespace s’est érigé en théâtre de conflictualité à part entière et en champ d’expression des relations internationales. Le cyberespace est historiquement lié au réseau de communication américain « Arpanet » (Advanced Research Projects Agency Network), lancé par la Defense Advanced Research Projects Agency (DARPA), relevant du Département de la Défense des États-Unis, à la fin des années 1960, pour assurer la survie du système de transmission de l’armée américaine en cas d’attaque nucléaire massive soviétique. Pour un usage civil, l’Arpanet deviendra Internet avec la création des noms de domaines en 1983 et du world wide web (www.) en 1989.

Le cyberespace recouvre l’ensemble des réseaux informatiques mondiaux et tout ce qu’ils connectent et permettent de contrôler. Ce faisant, la cyber-sécurité est définie comme « l’état recherché pour un système d’information lui permettant de résister à des événements issus du cyberespace, susceptibles de compromettre la disponibilité, l’intégrité ou la confidentialité des données stockées, traitées ou transmises et des services connexes que ces systèmes offrent ou rendent accessibles.

La cyber-sécurité fait appel à des techniques de sécurité des systèmes d’information et s’appuie sur la lutte contre la cybercriminalité et sur la mise en place d’une cyber-défense. » Dans ce cadre, la cybercriminalité correspond à « l’ensemble des crimes et délits traditionnels ou nouveaux réalisés via les réseaux informatiques. » En revanche, la cyberdéfense traduit « l’ensemble des activités conduites afin d’intervenir militairement ou non dans le cyberespace pour garantir l’effectivité de l’action des forces de sécurité, la réalisation des missions confiées et le bon fonctionnement des institutions ».

Modes opératoire des terroristes dans le cyberespace

Grâce à la viralité et l’anonymat relatif que le cyberespace propose, les groupes extrémistes ont mis en place de véritables plans d’action marketing. Pour créer la préférence et fidéliser, recruter de nouveaux adhérents ou accroitre leur notoriété, ils exploitent les possibilités marketing des médias sociaux comme l’aurait fait n’importe quelle grande marque de distribution. Ces médias sociaux servent leurs intérêts à bien des égards. Le web est avant tout un support d’endoctrinement et de recrutement. Les terroristes utilisent ainsi le cyberespace pour attirer de nouveaux activistes.

Les opérations de séduction par Facebook ou Twitter sont assez simples à mettre en œuvre. D’ailleurs, les recruteurs n’ont même plus besoin d’aller chercher leurs victimes, certaines venant directement à eux !. Les groupes extrémistes recrutent de plus en plus de filles et de femmes pour servir d’esclaves sexuelles aux terroristes avant que ceux-ci ne retrouvent leurs « vierges » au ciel… Les médias sociaux représentent une nouvelle force de frappe pour les organisations terroristes.

Dans les années 1998, seuls une dizaine de sites Internet liés au terrorisme existaient dans le monde. Aujourd’hui, les mouvements terroristes possèdent des milliers de sites, de pages de réseaux sociaux. Le cyberespace permet aussi aux groupes terroristes et aux extrémistes de libérer leur communication, de véhiculer leurs revendications et de terroriser les populations sans réelle entrave. Grâce à leur simplicité et aux options partager, aimer, re-twitter, ces plateformes permettent de démultiplier à l’infini les messages à l’intention des militants et des sympathisants. Les médias sociaux offrent une visibilité inouïe sur tous les plans.

Ils sont un support de publicité et d’influence pour les extrémistes qui mettent en avant leurs activités. Ils permettent à ces groupes de dépasser les frontières nationales, amplifiant ainsi le potentiel impact d’une action. La vitrine mise à disposition par les médias sociaux est impressionnante. En un clic, les groupes extrémistes peuvent toucher 1/3 de la planète (Près de 3 milliards de personnes). Les groupes extrémistes travaillent sans relâche à se positionner dans l’esprit de leur cible comme la marque « top of mind »(leader du marché). Daesh dispose de manuel des médias sociaux pour éviter les fuites qui permettraient de géolocaliser les terroristes. La formation en ligne « by Daesh » se mène également.

La rentrée du Burkina Faso dans l’ère numérique est une réalité incontestable. Ainsi, en à peine quelques années, le taux d’accès de la population à Internet a enregistré une avancée exponentielle. Si le pays ne comptait que 150 000 utilisateurs de Facebook en 2011, ils sont plus de 2,5 millions de nos jours du fait du développement de la 3G/4G.

En termes d’avancées, il y a lieu de souligner aussi le développement d’une économie numérique, notamment dans les secteurs bancaires, les services en ligne, les télécommunications, les médias, les assurances mais aussi dans les secteurs de l’éducation et de la culture ou encore de la santé. Par ailleurs, le pays entame une évolution appréciable dans des secteurs très pointus comme celui de la Block-Chain. Aujourd’hui, de nombreuses structures burkinabè offrent des formations sur les crypto-monnaies et la technologie de Blockchain.

Comment le Burkina Faso peut renforcer sa cybersécurité ?

En dépit de ces avancées, le Burkina Faso est vulnérable aux cybernuisances. Ces nuisances sont induites par l’accessibilité d’internet, le développement de la 3G/4G, l’anonymat sur le web, le manque de sécurisation de certaines infrastructures critiques et sensibles ainsi que par le manque de sensibilisation des acteurs évoluant dans les entreprises et des populations à la cyber-sécurité.

Le panorama des nuisances inclut le piratage des serveurs téléphoniques, communément appelé « phreaking », le piratage des systèmes d’informatiques avec demande de rançon « ransomware », la manipulation du trafic d’un site internet avec le but de dérober des informations confidentielles, le « pahrming » ainsi que la cyber escroquerie dans ses différentes formes, allant de l’arnaque aux sentiments au chantage à la vidéo, en passant par les faux visas ainsi que les fausses offres d’emploi et de bourses d’études. La cybercriminalité ciblant les entreprises englobe les atteintes aux systèmes de traitement automatisé de données, les violations de données personnelles, les atteintes à l’e-réputation, ainsi que la contrefaçon de marques et de logiciels.

Le pays est aussi considérablement confronté au développement des pratiques de manipulation des informations (Fake news), induit par la facilité d’accès à Internet et aux Smartphones ainsi qu’au faible niveau de sensibilisation des populations. Pendant les situations de crise ou de troubles certains webactivistes trouvent un malin plaisir à diffuser de fosses informations ( avec des images tirées d’autres contextes ou d’autres pays) pour semer la confusion dans l’opinion. La récente campagne électorale n’y a pas échappé. La situation est telle que les « fake news » sont considérées comme une menace à la paix sociale dans le pays. Tous ces phénomènes sont aujourd’hui amplifiés par le cyberterrorisme.

Pour consolider sa digitalisation, le Burkina Faso doit alors relever trois défis : la connectivité, la résolution des problèmes d’approvisionnement et de délestage électrique, la réalisation d’équipements adéquats. En termes de cyber-menaces, la lutte contre le cyberterrorisme et la cybercriminalité doit être placée en première priorité, en axant l’effort sur la formation et la sensibilisation à la sécurité de l’ensemble des acteurs.

Sur le plan de la cyber-défense, l’action doit privilégier l’amélioration de la protection des réseaux de communication existants, le développement d’une filière industrielle axée sur le domaine cybernétique, de manière à diminuer la dépendance vis-à-vis des produits physiques, logiciels et cognitifs développés par des forces étrangères, la mise sur pied d’une plateforme de formation, d’éducation et d’exercices de cyber-défense, dont le budget de fonctionnement, de recherche et d’investissement doit être exclusivement burkinabè, l’intensification du développement des infrastructures d’interconnexion et d’hébergement de données sur le territoire national.

Dans ce cadre, il est primordial de favoriser la mise en place des serveurs et des Data-Center au Burkina Faso , au moins pour les données sensibles des gouvernements, des entreprises et des particuliers. Le contrôle des données est en effet devenu un problème de sécurité pour les États (données stratégiques) comme pour les populations (données personnelles).

Dans ce cadre, les questions des Big-data et de l’intelligence artificielle ne relèvent pas uniquement de solutions techniques mais s’inscrivent dans des logiques sécuritaires. Au Burkina Faso, les efforts doivent être poursuivis et intensifiés en impliquant activement l’Agence Nationale de Renseignement (ANR) pour ne laisser aucun espace aux terroristes et autres radicaux.

Jérémie Yisso BATIONO
Enseignant chercheur
Ouagadougou

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