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Chronique de la métamorphose du Burkina Faso de Blaise Compaoré (17)

Accueil > Actualités > DOSSIERS > Burkina Faso : Chronique des années Compaoré • • lundi 10 octobre 2005 à 09h06min

Nommé ministre des Relations extérieures en mars 1994, Ablassé Ouédraogo met en oeuvre la "diplomatie du développement"

Le président Blaise Compaoré, après de longues années consacrées à la démocratisation de la vie politique burkinabè, s’est imposé au plan africain et international comme une référence. A la fin de l’année 1996, il a recueilli les fruits de son action politique et diplomatique ; c’est à Ouagadougou que s’est tenu le XIXème Sommet France-Afrique.

Le bilan économique est tout aussi satisfaisant. Certes, le Burkina Faso reste un pays pauvre ; mais c’est un pays pauvre en bonne santé. Le bilan d’exécution du Pas est "jugé satisfaisant" ; le dialogue avec le FMI et la Banque mondiale est correct ; le choc de la dévaluation du franc CF A semble d’ores et déjà absorbé, l’inflation ayant été contenue en deçà du plafond fixé.

J’ai passé l’année 1996 loin du Burkina Faso. L’Angola occupe tout mon temps ; je séjourne à Baïlundo, fief de Jonas Savimbi, et j’assiste aux rencontres pour trouver le chemin de la paix ; il passe par Libreville, Franceville, etc. Je fais quelques incursions en Mauritanie et au Maroc ; de longs séjours au Cameroun.

Je garde le contact avec l’actualité burkinabè via mon ami Pascal Zagré. Ancien ministre du Plan et de la Coopération économique à la fin des années 1980, ayant présidé la mission ministérielle chargée de négocier le premier Pas, Pascal avait été un des meilleurs analystes des risques liés à la dévaluation du franc CFA. De cette expérience, ce travailleur infatigable avait tiré un livre : Les Politiques économiques du Burkina Faso. Une tradition d’ajustement structurel publié par Karthala en 1994.

L’évolution de son pays lui posait problème. Il y écrivait : "On constate dans ce pays, depuis un certain temps, un laisser-aller, sinon l’abandon pur et simple de l’observance de certains principes chers à cette partie d’Afrique et qui fait encore la fierté des Burkinabè dignes de ce nom, à savoir la sobriété et la modestie. L’homme intègre succombera-t-il à la tentation de la corruption, au comportement ostentatoire ?".

En août 1994, il avait été invité à l’université de Boston. Il était parti avec une cantine bourrée de projets. Nous nous téléphonions régulièrement ; il avait été nommé coordonnateur de la préparation des travaux du Sommet France-Afrique. Début septembre 1996, il était, me disait-il, "mal foutu ". Il est mort peu de temps après ; il avait 45 ans. Ses projets sont restés dans sa cantine ; ses craintes quant aux dérives de la société burkinabè demeurent.

L’année 1997, au Burkina Faso, démarre sous le signe du "politique". Des années de "révolution", "rectification", "démocratisation", etc. ont favorisé l’émergence d’une classe politique dense et diversifiée. Par le passé, on faisait de la politique en plus du reste ; désormais, c’est un job à temps complet. Démocratie oblige, le pouvoir passe par les urnes. Et les prétendants ne manquent pas. 45 provinces et un siège pour 90.000 habitants, cela donne 111 députés à l’Assemblée nationale. La profusion de candidatures va obliger d’ailleurs à
l’organisation de "primaires" (90 candidats du CDP pour les 11 postes de députés de la province du Kadiogo dont le chef-lieu est Ouagadougou) dans la perspective des législatives du Il mai 1997.

Compaoré peut bien penser que la priorité est désormais économique, beaucoup pensent au Burkina Faso que, pour eux, "l’économique" passe nécessairement par le politique ! Même Kadré Désiré Ouédraogo, le Premier ministre, ex-banquier central n’ayant jamais appartenu à un parti politique, se lancera dans la campagne en étant candidat dans la province du Sanmatenga.

Le Premier ministre sera, bien sûr, élu député. "Kadré" est un mystère. Plus encore pour moi puisque nous ne nous sommes jamais rencontrés ; ce qui n’a pas été le cas avec ses prédécesseurs. Son premier gouvernement avait été, à trois exceptions près, la reconduction du cabinet déjà en place.

Le mardi 3 septembre 1996, à l’occasion de son premier remaniement ministériel, il avait pris en charge, en plus de la Primature, l’Economie et les Finances juqu’alors entre les mains de Zéphirin Diabré (il est nommé à la présidence du Conseil économique et social, où il ne restera que quelques mois préférant rejoindre l’université Harvard pour y travailler avec Jeffrey Sachs sur le devenir des économies africaines).

Il avait auprès de lui deux
ministres délégués, pour les Finances et le Développement économique d’une part, pour le budget d’autre part. Hormis cela, il n’y avait pas eu de bouleversements majeurs de la formation gouvernementale. Ceux-ci interviendront au lendemain des législatives. Le CDP a remporté 101
des 111 sièges. C’est dire que l’opposition parlementaire est laminée.

Dans le gouvernement formé le la juin 1997, on note tout d’abord la disparition de Hermann Yaméogo, leader de l’ ADF (qui n’a obtenu que deux sièges à l’Assemblée) et qui était membre du gouvernement depuis 1991 (et ministre d’Etat depuis 1992). Yaméogo partait et Bongnessan Arsène Yé arrivait : il avait été, depuis le retour à la démocratie, le président de l’Assemblée des députés du peuple. En 1997, il laissait le "perchoir" à Mélégué Maurice Traoré. "Kadré", quant à lui, abandonnait l’Economie et les Finances qu’il confiait à Tertius Zongo (qui était jusqu’alors ministre délégué pour les Finances et le Développement économique).

Effacé et discret (" Vous pensez que la discrétion est l’ennemi du succès en politique ? ", rétorquera-t-il à un journaliste de Jeune Afrique qui lui en faisait le reproche), "Kadré" va s’atteler à mettre en place une croissance durable qui "profite à tous". Tâche difficile.

Le Burkina Faso manque de ressources, subit le poids de son endettement, souffre toujours d’un taux de scolarisation trop faible et d’une couverture sanitaire insuffisante. Les étudiants sont à l’étroit dans les universités (en grève en 1996-1997). Les travailleurs ne ressentent pas les bienfaits de l’amélioration de la conjoncture soulignée par la Banque mondiale et le FMI.

Les tensions apparaissent d’autant plus fortes que, dans le cadre de l’ Uemoa (créée le 10 janvier 1994 à Dakar, sa première conférence des chefs d’Etat et de gouvernement s’est tenue à Ouaga, Où est implanté son siège, le 10 mai 1996), l’union douanière et l’harmonisation des politiques commerciales doivent entrer en vigueur au plus tard le 1er janvier 1998 et que les bénéfices que le Burkina Faso, pays enclavé, retirera de cette union sont "réels sur certains points" mais "méritent d’être nuancés" (Marchés Tropicaux du 25 avril 1997).

Expression de cette priorité économique, la "diplomatie de développement" que prône Ablassé Ouédraogo, ministre des Affaires étrangères. En janvier 1994, Ouaga a renoué des relations diplomatiques avec Taïwan (elles avaient cessé en 1973) ; Pékin s’en va. Le 22 mars 1994, Ouédraogo est nommé à la tête du ministère des Relations extérieures (qui redeviendra ministère des Affaires étrangères lors du conseil des ministres du mercredi 30 novembre 1994).

Partant du constat que le Burkina Faso recherche "des pays qui sont en mesure de nous aider ", il va conceptualiser la "diplomatie de développement" : "le temps des idéologies étant révolu", la "priorité étant le développement ", la diplomatie "doit donc être repensée et réorientée vers la réalisation du bien-être des populations ". L’Asie est un partenaire recherché ; même si, dans le même temps, Compaoré rend hommage dans nos provinces à la coopération décentralisée.

Tous ces changements s’expriment dans la devise et les armes du pays. On tire un trait sur le tonitruant "La patrie ou la mort, nous vaincrons !" de la Révolution pour une tryptique républicain : Unité-Progrès-Justice. On en termine avec l’union de l’ouvrier (roue dentée), du paysan (daba) et du soldat (fusil) pour adopter des armoiries illustrées par un écu aux couleurs nationales ("talisman contre les mauvais sorts"), deux lances pointues (vigilance, courage, bravoure), deux étalons blancs (grandeur et noblesse), un livre ouvert (éducation) et deux épis de mil (autosuffisance alimentaire) ; le tout en une parfaite symétrie (équilibre et stabilité).

A suivre

Jean-Pierre Béjot
La Dépêche Diplomatique

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