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Côte d’Ivoire : L’amnistie menacée

vendredi 30 mai 2008.

 

La Côte d’Ivoire demeurera longtemps sous les feux de la rampe non pas seulement à cause de l’élection présidentielle qu’elle connaîtra en principe le 30 novembre prochain, mais parce qu’elle est dans l’oeil de la Justice internationale. Cela s’est confirmé par le dernier séjour à Abidjan, du haut-commissaire adjoint des Nations unies aux droits de l’homme, qui demande aux autorités ivoiriennes d’accepter enfin la visite de la Cour pénale internationale.

Déjà reportée à deux reprises, cette visite qui est loin d’être une rencontre d’amitié, devrait permettre aux limiers de la CPI d’approfondir les indices et bouts de preuve sérieux sur les crimes de guerre et crimes contre l’humanité commis en Côte d’Ivoire.

Certains militaires et rebelles et même des autorités actuelles pourraient être rattrapés par la justice internationale qui, tel un monstre froid, frappe sans pitié. Certes, ces personnes menacées par le couperet de la CPI sont couvertes, pour des raisons de bon déroulement du processus de paix en Côte d’Ivoire, du manteau protecteur de l’ordonnance d’amnistie prise en avril 2007 par l’Accord politique de Ouagadougou (APO). La couverture de l’APO pourra-t-elle résister encore longtemps aux coups de boutoir impitoyables du droit international et de la pratique onusienne en matière de droits de l’homme ? Rien n’est moins sûr et l’opposant congolais Jean - Pierre Bemba qui a osé s’aventurer en terrain miné, vient de faire les frais de ses actes répréhensibles commis en Centrafrique avec l’onction de Ange Félix Patassé.

S’il est vrai que des responsables de crimes aussi atroces ne doivent point se cacher derrière une quelconque amnistie pour échapper à la justice, il n’en demeure pas moins que dans le contexte de la Côte d’Ivoire où le processus de paix reste encore très fragile, cette ouverture de la chasse aux "amnistiés" pourrait se révéler suicidaire pour la sortie de crise.

Morin YAMONGBE

Le Pays