Du rêve du treillis militaire à la confection des meubles : Le parcours de combattant de Jacques Sawadogo après la perte de sa vue
mardi 7 avril 2026.
Il était loin de s’imaginer que sa vie pouvait basculer ainsi. En effet, après avoir échoué au Brevet d’études du premier cycle (BEPC) en 2018, Jacques Sawadogo quitte les bancs. Les sites miniers deviennent sa nouvelle destination. Lieu où beaucoup de jeunes tentent une chance de réussite. Mais pour le cas de Jacques, cette nouvelle voie qu’il a empruntée deviendra son pire cauchemar car sa vue sera atteinte à jamais. Malgré ce handicap, il n’abandonnera pas et se spécialisera plus tard dans la fabrication de meubles, une activité qui lui permet de gagner son pain quotidien.
Originaire de Kaya, Jacques Sawadogo est un jeune homme de 26 ans qui avait d’énormes ambitions. Malheureusement, la vie en a décidé autrement. Mais, il s’adaptera et refusera d’abandonner. Depuis son enfance, il ne rêvait que du treillis militaire. Porter l’uniforme pour servir son pays était son rêve le plus cher. Face à cette passion, l’école était devenue un passage obligé car son cœur était ailleurs. Il était tourné vers l’honneur et le courage. Mais, sa mère, inquiète pour l’avenir de son fils et attachée à un autre chemin pour lui, s’est fermement opposée à ce rêve. Jacques a donc continué les cours sans conviction, juste pour faire plaisir à sa mère, et cela jusqu’en 2018, où il a échoué au BEPC.
« Je voulais sincèrement être militaire. Lorsque j’étais en 3ᵉ, j’ai même tenté de déposer mes dossiers lors des recrutements car je ne voulais pas exercer un autre métier. Mais ma maman n’a pas accepté. Face à son refus, j’ai décidé d’abandonner l’école. J’étais intelligent mais je ne bossais plus, c’est la raison pour laquelle j’ai échoué au BEPC », a-t-il fait savoir.
Désorienté mais animé par le désir du gain d’argent, il décide de tracer sa propre voie mais cette fois-ci loin des salles de classe et même loin de son rêve d’enfance. C’est ainsi qu’il tourne son regard vers les sites miniers, ces endroits rudes, là où la terre promet autant qu’elle détruit. Là aussi, son choix n’était pas très apprécié par sa famille.
Il confie avoir d’abord déposé ses valises dans un site minier en Côte d’Ivoire. Il y travaille pendant quelque temps avant de revenir au Burkina Faso, dans un site situé à Zorgho en juin 2023. Dans les mines, Jacques Sawadogo découvre les difficultés du métier, la fatigue, mais aussi l’espoir de gagner rapidement sa vie. Il s’accroche et demeure déterminé à prouver qu’il peut s’en sortir autrement.
« D’un côté je remercie Dieu car je ne suis pas mort et en plus, aujourd’hui, j’arrive à manipuler mon téléphone comme je veux et je ne manque pas de quoi me nourrir aussi. C’est une fierté pour moi », souligne Jacques Sawadogo.
Jacques perd la vue suite à une explosion sur un site d’orpaillage
Mais, comme le dit un dicton, « le destin frappe parfois sans prévenir ». En 2023, un terrible accident survient sur le site. Lui, occupant le poste de « tamper », il était chargé de manier et de placer les explosifs sur les sites.
Le 24 juillet 2023, alors qu’il venait à peine de terminer le bourrage des explosifs dans un trou, une masse rocheuse déclenche une explosion de manière prématurée. En l’espace de quelques minutes, le monde de l’aventurier s’écroule et tout bascule à nouveau car il va perdre la vue. Et pas que cela. Il va aussi perdre l’auriculaire et les matrices unguéales de la main gauche.
« Après l’explosion, tout est devenu noir dans la mine. J’ai essayé de saisir la corde avec laquelle je suis entré dans le trou avec ma main gauche, ce qui était impossible. Pendant ce temps, ceux qui attendaient dehors croyaient que j’étais mort dans l’explosion. J’ai donc saisi la corde avec la main droite, puis je suis sorti. C’est une fois hors du trou que je me suis rendu compte que je ne voyais plus », a-t-il expliqué.
Une fois dehors, Jacques Sawadogo indique avoir été transporté de toute urgence dans un centre de santé de la place. Là, il reçoit les premiers soins. Il sera ensuite transféré à l’hôpital de Zorgho. Après plusieurs examens, Jacques est reconduit au Centre hospitalier universitaire Yalgado Ouédraogo, dans la ville de Ouagadougou, pour poursuivre les soins. Il y séjourne pendant environ deux mois.
Le jeune homme qui rêvait de défendre son pays doit désormais apprendre à vivre dans l’obscurité et faire de la canne son compagnon fidèle. À l’entendre, les premiers jours après sa sortie de l’hôpital ont été marqués par des douleurs intenses et des envies de suicide. Mais, avec le soutien indéfectible des amis et proches, il n’a pas abandonné.
« Cette épreuve a été très dure pour moi et je réfléchissais trop à la manière dont mes amis, mes proches et mes copines allaient désormais me voir, moi, un mignon garçon qui perd la vue du jour au lendemain. Je me sentais diminué et je voulais me suicider. Mais mes amis ne m’ont pas abandonné. Ils m’ont soutenu dans cette situation jusqu’au bout », se remémore-t-il.
Désormais fabricant de lits picots, son gagne-pain
Avec courage et détermination, il se relève. En effet, après le traitement, un de ses amis fait des recherches sur les réseaux sociaux et apprend l’existence d’une association en faveur des personnes malvoyantes et non voyantes. Ils mènent ensemble les procédures d’insertion. Le 22 février 2024, il intègre l’association. Il y apprend à se reconstruire et à réinventer sa vie. Là, il commence d’abord par le braille jusqu’à mai 2024, avant d’entamer une formation à partir du mois de juin de la même année.
À l’issue de cette formation qui a duré 4 mois, Jacques Sawadogo tisse désormais des lits-picots ainsi que des chaises et des tables depuis janvier 2025 au sein de l’association et cela malgré l’état de ses doigts. Ses mains, autrefois habituées à creuser la terre, tissent désormais avec précision et patience.
Quelques créations de Jacques Sawadogo
Grâce à ce métier, il ne manque pas de pain quotidien. Toutefois, il souligne quelques difficultés. « Avec ce que je propose, même si le marché n’est pas assez affluent, je ne manque pas de clients car je crée des modèles que les gens apprécient. Mais avec mon handicap visuel, c’est souvent difficile pour moi de faire les courses pour acheter le nécessaire à la confection. Il faut que je me fasse conduire par des amis ou me fasse livrer le matériel et ce n’est pas simple. Mais je garde la ferme conviction que tout ira bien », a-t-il dit.
Du haut de ses 26 ans, il souligne que ce nouveau métier intervient pour lui comme une preuve de sa résilience et un fort témoignage de sa force intérieure. À l’entendre, même si la vie a parfois été dure avec lui, abandonner ne fait pas non plus partie de son vocabulaire. Ce qui fait d’ailleurs sa fierté aujourd’hui.
Benjamin de sa famille, il reconnaît avoir fait des mauvais choix de vie. Ce faisant, il invite les jeunes à ne jamais abandonner l’école, encore moins à s’adonner à l’orpaillage.
« Actuellement, si je pouvais revenir en arrière, cela allait me plaire car je n’allais même pas oser abandonner l’école, n’en parlons pas d’aller dans les mines, d’autant plus que j’étais quand même intelligent. J’encourage les jeunes à ne pas pratiquer l’orpaillage. Et même s’ils devaient le faire, qu’ils fassent très attention car c’est dangereux », conseille-t-il.
Même si Jacques Sawadogo ne porte pas l’uniforme militaire, il mène désormais un combat aussi difficile qui lui donne peut-être la carapace d’un véritable guerrier.
Muriel Dominique Ouédraogo
Lefaso.net
Vos réactions (1)
par MALGOUBRI, 8 avril 08:25
Bonjour
Merci pour ce récit de cet personnage ce qui rend un chaud hommage aux handicapes et de la a la jeunesse.
Cependant pour mieux aider il serait bien de donner plus de renseignement sur le personnage (contact ou lieux précis de l’atelier) en vue de pouvoir se faire de la clientèle (mon avis).