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Culture/Musique : Dabross, l’artiste qui slame en langue mooré

mardi 30 décembre 2025.

 

Figure du slam burkinabè, Dabré Harouna, alias Dabross est un artiste atypique. Il a sorti récemment « Gʋlbo », un album–recueil entièrement en langue mooré. À la croisée de l’art, de la culture et de l’engagement citoyen, cette œuvre pionnière du genre donne un nouveau visage au slam du Burkina.

Dabré Harouna a fait du verbe un outil de conscientisation et de cohésion sociale. Son parcours, construit avec constance et fidélité à ses convictions, trouve une résonance particulière avec la sortie de Gʋlbo, son nouvel album et recueil de textes de slam intégralement rédigés en mooré, une langue qu’il élève au rang de médium artistique majeur.

Aujourd’hui considéré comme la référence du slam humoristique en langue mooré, Dabross est le seul à explorer cette voie avec profondeur et cohérence. Sa parole s’abreuve de proverbes, de récits ancestraux et de situations du quotidien, tout en interrogeant les réalités sociales, politiques et morales du Burkina Faso contemporain. « Je suis un artiste au service de la communauté, une voix pour les sans-voix et je suis attentif aux préoccupations sociales et aux injustices ordinaires », fait-t-il savoir.

Dabross s’est imposé peu à peu comme un artiste influent grâce à un style reconnaissable entre tous. Un slam teinté d’humour, profondément ancré dans la culture populaire et traversé par un engagement social. Sa notoriété s’est affirmée en 2017 à travers son engagement en faveur des populations vivant dans les zones non loties. De cette immersion est né le concept « Noloti Zenné », qui donnera lieu à un album éponyme en 2019. En 2020, l’album Tēnga Yinga a poursuivi cette dynamique en abordant les thèmes de l’unité nationale, de la paix et du vivre-ensemble. En 2021, il a été sacré Meilleur slameur à la première édition des Trophées du Rap (TDR). En décembre 2024, son impact artistique et citoyen a été salué par sa décoration en tant que chevalier de l’ordre du Mérite burkinabè.

Le recueil "Gʋlbo" est disponible au prix de 3 000 FCFA

Artiste de scène aguerri, Dabross a pris part à la plupart des grands rendez-vous culturels du pays, des Nuits atypiques de Koudougou au Festival international du rire et de l’humour de Ouagadougou, en passant par le SIAO et le FESPACO. Sa présence sur scène confirme sa capacité à faire dialoguer l’humour, la poésie et la critique sociale dans une langue qui parle directement aux populations.

« Mon objectif est de laisser un héritage aux jeunes qui nous approchent avec l’envie d’apprendre. Il est également essentiel de créer du contenu littéraire dans nos langues locales », indique l’artiste. Avec Gʋlbo, qui signifie « écrire » en mooré, Dabross veut marquer. Le recueil, composé de 18 textes répartis sur 76 pages, est le premier ouvrage de slam en langue mooré publié au Burkina Faso. L’œuvre opère un passage maîtrisé de l’oralité vivante à l’écrit, sans perdre la musicalité ni la force évocatrice de la parole slamée. Elle se présente comme un voyage initiatique entre tradition et modernité, village et ville, mémoire collective et défis contemporains. En choisissant très tôt de s’exprimer en mooré, il a pris le contre-pied des normes dominantes du slam urbain, souvent porté par le français. Ce choix esthétique et politique lui a permis de toucher un public large, bien au-delà des cercles artistiques traditionnels.

Ses textes abordent des thématiques majeures telles que l’identité culturelle, la gouvernance, l’éducation, la citoyenneté et l’engagement patriotique. L’humour, omniprésent, permet de traiter des sujets sensibles avec finesse et accessibilité. Kabsgo exalte la sagesse ancestrale, Burkimba développe une vision inclusive de l’identité nationale, Naag Taaba questionne la responsabilité collective face aux dérives de la gouvernance, tandis que Ya Bãmba appelle à un patriotisme sincère et responsable. Le texte Gʋlbo, interroge le sens de la création artistique et affirme le rôle social de l’artiste.

Héritier des traditions orales africaines et des codes contemporains du slam urbain, l’artiste Dabross démontre que les langues nationales peuvent être des vecteurs puissants de création littéraire, de pensée critique et de transformation sociale. Par ailleurs, il fait un plaidoyer pour la valorisation des langues nationales dans les différents domaines de la création artistique.

Farida Thiombiano
Lefaso.net