Les règles préalables en matière de bonne conduite relative à la zakatRésumé Il s’agit de « l’aspect spirituel, l’aspect éthique et l’aspect finalité » (Brahami, 2019, p. 5). Les principes de spiritualité, d’éthique, de finalité sont aussi évoqués par de nombreux auteurs qui affirment que « quand la foi remplit le cœur, elle descend dans la poche ». Cependant, pour atteindre ces dimensions, il existe des conditions. En effet, outre le fait de s’acquitter discrètement (sourate 2 ; verset 274) de la zakat afin d’éviter la duplicité et la recherche de la réputation, l’adepte de l’islam est tenu aussi au respect d’un certain nombre de conditions. Quelles sont ces conditions ? Mots clés : Zakat, islam, règles préalables de bonne conduite Introduction Nous rappelons que la pratique de la zakat repose sur « l’aspect spirituel, l’aspect éthique et l’aspect finalité » comme l’a si bien souligné M. Brahami (Brahami, 2019, p. 5). I- Les principes généraux de la zakat suivant « l’aspect spirituel, l’aspect éthique et l’aspect finalité » M. Mauss a abordé la logique de la spiritualité dans l’Essai sur le don (1999) en disant que « les échanges de cadeaux entre les hommes, « name-sakes », homonymes des esprits, incitent les esprits des morts, les dieux, les choses, les animaux, la nature, à être « généreux envers eux ». L’échange de cadeau produit l’abondance de richesses » (Mauss, 1999, p. 165). Allant plus loin, M. Mauss faisait comprendre que L’un des premiers groupes d’êtres avec lesquels les hommes ont dû contracter et qui par définition étaient là pour contracter avec eux, « étaient avant tout les esprits des morts et des dieux ». En effet, ce sont eux qui sont les véritables propriétaires des choses et des biens du monde. C’est avec eux qu’il était le plus nécessaire d’échanger et le plus dangereux de ne pas échanger (Mauss, 1999, p. 167). Dans une note de référence à la même page, il est expressément rappelé que « vous nous envoyez tout de l’autre monde, esprit ! qui enlevez leurs sens aux hommes. Vous avez entendu que nous avons faim, esprit !... (Mauss, 1999, p. 167). Toujours dans le domaine de spiritualité, Mauss fait aussi recours à Van Ossenburggen pour dire que Ce qui expliquerait que chez les « Haoussa du Soudan on fait don de blé aux pauvres pour chasser la fièvre » [et] chez les « Haoussa de Tripoli [on fait] don aux enfants pour recevoir des services » (Mauss, 1999, p. 168). La mise en lumière de ces écrits est justifiée par le fait que « Les dons aux enfants et aux pauvres plaisent aux morts » (Mauss, 1999, p. 169). Encore dans le domaine de la spiritualité autour du don, il faut revenir à M. Brahami pour reconnaître qu’elle s’articule autour de « la purification des biens du croyant, dans la purification de l’individu dans sa profondeur et à une grande sensibilité du cœur, condition sine qua non pour toute proximité avec Dieu le Miséricordieux » (Brahami, 2019, p. 18). 1.2- Les principes généraux de la zakat suivant la logique de l’éthique En ce qui concerne la logique de l’éthique qui accompagne le don, Brahami cite le Coran 2 verset 271, « Si vous donnez ouvertement vos aumônes, c’est bien ; c’est mieux encore, pour vous, si vous le donniez discrètement aux indigents. Dieu effacera de vos péchés. Dieu est parfaitement Connaisseur de ce que vous faites ». Et dans le coran 2 verset 274, il rappelle que « Ceux qui donnent de leurs biens le jour, la nuit, discrètement ou publiquement, ceux-là, auront leur mérite auprès de Dieu, et n’auront ni peur ni tristesse [le Jour dernier] » (Brahami, 2019, p. 21). Pour cet auteur, Aussi, dira-t-il, « concernant l’aumône obligatoire (zakât), il n’y a aucune divergence sur le fait que l’accomplir publiquement est préférable. Tout comme la prière obligatoire et l’ensemble des obligations cultuelles. Car ce faisant, la personne préserve son appartenance à l’islam » (Brahami, 2019, p. 21). Par contre il poursuit en affirmant que pour « l’aumône recommandée (sadaqa), la donner publiquement ou discrètement dépend de plusieurs facteurs notamment du donateur, du bénéficiaire et des gens témoins tout autour. Mais globalement, il est préférable de donner secrètement » (Brahami, 2019, p. 21). M. Brahami dresse aussi les qualificatifs du donateur : 1.3- Les principes généraux de la zakat suivant la logique de la finalité Sur la base de ce verset, M. Brahami conclura que « c’est la raison pour laquelle il faudrait donner régulièrement de l’aumône, afin de pérenniser cette relation avec Dieu » (Brahami, 2019, p. 23). Figure n° 1 : Spiritualité, éthique et finalité de la zakat Source : Figure selon le modèle de Brahami, 2019, p. 6 1.4- Que retenir de ces principes généraux ? Il partage le point de vue d’EL Hadj O. Moné qui a eu à décliner les « trois objectifs principaux de la zakat : Les principes de spiritualité, d’éthique, de finalité n’ont pas laissés indifférents de nombreux autres auteurs tel que M. Nombré. En effet, au cours d’un atelier organisé par la Banque Islamique de Développement (BID) sur « le rôle distributeur de la zakat » tenu en septembre 2003 à Ouagadougou, partageant la formule selon laquelle « quand la foi remplit le cœur, elle descend dans la poche », il fait ressortir que Il partage ici le point de vue de l’imam Ismaël Tiendrébéogo qui dit qu’acte prescrit, la zakat est un moyen de rapprochement à Allah. Par la sourate 9, verset 103, l’aspect spirituel est mis en exergue. La zakat est une école d’apprentissage à la générosité, une action répétitive égale à une action naturelle. La zakat est une école vers le don volontaire : l’aumône volontaire ferme la porte à 70 malheurs (Communication n° 8 donnée en 2008 et redit dans l’entretien n° 11 en 2023). II- Une piste d’orientation pour comprendre davantage les aspects spirituel, éthique et de finalité Les tributaires à l’acquittement de la zakat Pour prendre en compte les aspects spirituel, éthique et de finalité, la quasi-totalité des ouvrages sur la zakat considèrent que certaines conditions doivent être réunies. C’est dans ce sens que les points suivants sont évoqués : Etre musulman libre. La zakat n’est pas obligatoire pour le non musulman ; 2.1- Etre musulman libre. 2.2- Etre le propriétaire effectif de ces biens. « les hanafites excluent de la zakat les biens qui n’ont pas de propriétaires : les biens waqf et les chevaux sauvages. Pour les malékites, point de zakat pour tout bien légué à personne non déterminée. Mais elle est exigible sur tout bien mis en waqf si leur destinée est indéterminée, telles que les mosquées et autres. La raison est le waqf ne sort pas de la propriété du donateur (waqif). Les chafiites et hanbalites ont affirmé : si le waqf est destiné en une seule partie ou plusieurs sans destination précise telles que les pauvres, les mosquées, les écoles ou associations ; tant qu’il n’est pas à propriétaire déterminé, celui-ci n’est pas assujetti à la zakat » (Feddad, 1997, p. 22). 2.3- Le bien est soumis à la croissance réelle ou estimative A la suite d’autres auteurs, comme Kawthar ‘Abd al-Fattâh al-Abdjî , S. Abrighach met aussi en exergue que « l’autre condition de la Zakât est que le bien doit prospérer réellement ou avoir une croissance estimative » (Abrighach, 2021, p. 24). Donnant plus de précisions, elle fait noter qu’ « il en résulte que tout bien qui ne s’accroît pas, demeure non assujetti à la Zakât » (Abrighach, 2021, p. 24). L’or et l’argent ne sont pas concernés par cette condition de croissance. C’est également le point de vue des fouqahas (juristes dans l’islam). La croissance réelle est celle qui se produit par la multiplication, la reproduction, le commerce et autre. La croissance estimative réside dans la possibilité de l’augmentation du bien tant qu’il est entre les mains de son propriétaire. 2.4- La lucidité de la propriété 2.5- La zakat selon le seuil d’imposition : le nissab En rappel, Le tableau ci-dessous donne des précisions sur le nissab. Tableau n° 1 : Seuil imposable et taux de la zakat
Source : Brahami, 2019, p. 43 Autrement dit, si le contribuable atteint le nissab durant quelque mois et descend du seuil en un autre, l’opération s’annule et le compte de l’année ne recommence qu’une fois que la richesse atteint le nissab à nouveau » (Abrighach, 2021, p. 27). La position des différents écoles musulmanes est partagée à ce niveau. Si l’on suit Abrighach, nous dirons que les hanafites avancent un autre point de vue à savoir : la Zakât doit être acquittée en dépit de l’absence du nissab au cours des mois du hawl. L’essentiel est de parvenir au nissab aux deux pôles de l’année du hawl et que le bien ne disparaisse pas en totalité. Lorsque la baisse du nissab est constatée durant un intervalle léger (une heure ou deux), la Zakât selon les hanbalites est obligatoire. Les malikites, eux, vont dans le sens de différer entre la croissance réelle et potentielle » (Abrighach, 2021, p. 27). Conclusion Jamal Krafess rappelle que « l’examen des textes coraniques et prophétiques donne une idée claire de la force avec laquelle la religion musulmane a stimulé l’action humanitaire. Elle en a fait un rite et une obligation. Le musulman, lorsqu’il accomplit un acte humanitaire, accomplit tout d’abord un acte d’adoration pour se rapprocher de son Seigneur. Il en attend aussi une récompense dans sa vie ou dans l’au-delà… » (Krafess, 2005, p. 13). De nos jours, les musulmans du Burkina Faso partagent les mêmes projets de développement avec toute la composante de la société. Par contre, seule la zakat met en relation le fidèle à d’autres personnes de façon précise. En effet, nous savons qui doit donner, que donner, à qui le donner et pourquoi donner. Alors de ce fait, il nous a paru nécessaire de rappeler les conditions qui entourent la pratique de la zakat. C’est ainsi que les différentes logiques (spirituelle, éthique et finalité) ont été évoquées. KAM Miédome Références bibliographiques Arabi Ibn, 2018, Les cinq piliers de l’islam (traduit de l’arabe par Abdalla Penot), i, Paris, 169 p. Feddad Layachi, 1997, Fiqh al-zakat, les bénéficiaires de la zakat dans Boualem Bendjilali (éd.), la zakat et le waqf : aperçus historiques, juridiques, institutionnels et économiques, Actes de séminaire Bénin tenu au Bénin du 25 au 31 mai 1997, p. 45-58 Kawthar ‘Abd al-Fattâh al-Abdjî, web.net/frh http://islam, Le caractère inimitable de la législation sur la Zakât s’agissant des règles de l’estimation de la capacité financière et du seuil monétaire minimal |