Radioscopie des politiques laitières au Burkina Faso : entre incertitudes et espoir de réussite dans l’action publiqueRésumé Introduction L’élevage est un des piliers de l’économie de l’Afrique de l’Ouest. Ce secteur représente plus de 40 % du PIB agricole avec un cheptel impressionnant (Gret, 2016). Paradoxalement, la région importe massivement du lait dont le montant a atteint 470 milliards de FCFA en 2016, faute de production suffisante en la matière. Bien que la production locale ait atteint 2,5 millions de tonnes cette même année (FAOSTAT, 2017 in Sory, 2020), elle couvre mal la demande. L’élevage pastoral extensif assure 70 % de ce volume (CEDEAO, 2017, in Sory, 2020), mais le potentiel laitier reste largement sous-exploité. Au Burkina Faso, l’élevage constitue le second pilier de l’économie agricole avec un cheptel bovin estimé à 9 millions de têtes (FAO, 2018). Il contribue après l’agriculture entre 12 à 15 % du PIB (Bureau d’Étude et de Recherche pour le Développement, 2010). Il représente une source vitale de revenus pour plus de 80 % des ménages ruraux (PNDEL, 2010 ; FAO, 2016) repris par Sory (2020) et Sory et Sory et al. 2025), générant 38 % de leurs revenus monétaires en 2003 (MRA-PNUD, 2011, in Sory, 2020). Malgré ce potentiel, la filière laitière reste peu performante. L’une des raisons est son traditionnel, sa forte dépendance des ressources pastorales saisonnières. Ce qui limite la production et sa commercialisation (O. Sib et al., 2017). En 2012, la production s’élevait à 2,18 milliards de litres (FAO, 2016). Ce qui est insuffisante pour couvrir la demande nationale. Il s’en suit donc des importations d’environ 40 millions de litres équivalents lait, majoritairement en poudre, pour 6 à 10 milliards de FCFA (C. Corniaux, 2013). Les contraintes liées à cet état de fait sont multiples. Il s’agit essentiellement de la faible disponibilité et qualité du lait frais, la prédominance d’un système traditionnel de l’ordre de 95% (M. Oudet, 2005), la difficulté de collecte liées à l’éloignement, au manque d’infrastructures et d’équipements (C. Broutin et al., 2018) et l’absence de politique opérationnelle viable (Sory, 2020 ; Sory et al, 2025). Nous nous sommes demandés alors, quelles sont les politiques qui accompagnent cette filière ? ces politiques sont-elles viables ? Autrement dit, quelles sont les facteurs de réussite ou d’échec des politiques publiques puisque nous sommes convaincus, une action publique qui n’est pas soutenu par une politique viable, ne peut s’accomplir pleinement. Conséquence, notre économique laitière reste fortement dominée par l’importation massive de poudre de lait subventionnée. Cette contradiction structurelle reflète les limites de la mise en œuvre de politiques publiques véritablement autonomes, et interroge la capacité de l’État à orienter les choix économiques vers des finalités collectives. 1. Méthode La démarche méthodologique utilisé pour cerner la problématique de la réussite et/de l’échec des politiques publiques laitières est purement une contribution théorique. Elle part d’une diversité de connaissance littéraire des ONGs, des Associations, des instruments techniques de l’Etat, à une analyse critique et croisée des productions d’auteurs. Elle a permis de dresser un corpus thématique sur les facteurs de réussite et ceux de l’échec d’une politique publique. 2. Résultats et discussion Divers acquis peuvent être relevés dans le sous-secteur de l’élevage notamment, une augmentation générale des effectifs des bovins de 8,24%, des petits ruminants et de la volaille de 12,55%, de 2011 à 2015(PNDES, 2016). Selon le rapport de 2000 du Ministère des ressources animales, les politiques ont réussi à créer en Juin 1997 un Ministère des Ressources Animales. Aussi, elles ont contrôlé avec succès des deux principales épizooties que sont la peste et la PPCB. La peste bovine n’a pas été signalée depuis 1988 au Burkina Faso. De plus, on assiste à une émergence de promoteurs privés capables d’impulser un nouveau dynamisme au secteur. La privatisation de la profession vétérinaire permettant l’insertion du secteur privé dans la distribution des produits vétérinaires et l’exercice du mandat sanitaire. Les politiques ont favorisé depuis 1990 l’émergence d’unités de transformation laitière et de fermes de production. Certes, des acquis ont été enregistrés, mais des insuffisances sont à noter. 2.2. L’échec des politiques publiques Lorsqu’on fait une analyse rétrospective de la mise en œuvre de ces différentes politiques, on convient de leur faible apport au développement du monde pastoral. La méthode d’intervention de ces politiques est peu adaptée dans le contexte Burkinabè. Elle est couteuse et inadaptée aux situations économiques des populations sahéliennes. Ce qui a été reconnu à l’atelier régional tenu à Dakar les 17 et 18 Novembre 2004 sur « la modernisation de l’élevage et les pratiques de recherche développement- comment accompagner les politiques d’élevage en Afrique de l’Ouest ? ». Il ressort de cet atelier que les politiques d’appui à l’élevage dans les pays de l’Afrique de l’Ouest sont restées trop souvent les produits d’une réflexion top down menée par des techniciens et des décideurs des services gouvernementaux. Les politiques publiques dans leur majorité ont occulté l’environnement sociologique et économique. En effet, en Afrique les politiques publiques sont entretenues par des perceptions des experts et institutions internationales qui ont conçu le développement de l’élevage à travers de gros moyens (O. Touré, 1997 et R. Bocco, 1990). Ces politiques publiques ont accordé peu d’importance aux acteurs et à leurs organisations. Ce qui s’est traduit par des résultats mitigés (S. Hamadou & H.O. Sanon, 2005). L’importance des acteurs et de leurs organisations dans les processus de transformation économiques est bien reconnue (J. Le Nay et F. Vatin, 1991). La transformation économique du secteur laitier burkinabè dépend donc des acteurs et des formes d’organisations socio-professionnelles (Hamadou et Sanon, 2005). Pour un développement de ce secteur, une prise en compte de l’ensemble des acteurs dans chacun des maillons et des interventions publiques sont indispensables. Les interventions doivent être orientées à partir et vers une démarche participative dans la chaîne de valeur. Cette démarche permettra de relever les goulots d’étranglements à tous les niveaux afin de rester ouvert à plusieurs types d’obstacles au développement de la filière et à sa croissance. Conclusion Au terme de cette réflexion, nous retenons que "si vous faites la robe à la jeune fille et qu’elle ne lui rentre pas, ce n’est pas une robe". Si vous mettez en place une organisation ou structuration institutionnelles laitière composée d’acteurs sans être accompagné de politiques opérationnelles qui prennent en compte les besoins de production, de transformation et de commercialisation, cette action publique qui se veut développementaliste du secteur laitier restera infécond de ses objectifs. Les auteurs font le constat que les politiques publiques laitières échouent parce que l’accent a été longtemps mis sur le traitement des maladie, l’élevage pastorale sans prendre en compte le maillon production. Ce facteur s’associe également à une économie laitière inadapté à l’économie du pays. Ainsi, la recherche est interpellée et le défis reste la prise en compte de l’analyse chaine de valeur, la synergie entre les acteurs du développement, les chercheurs et les agents de des services techniques de privilégier des actions de co-développement au détriment du top down qui a toujours existé. Mariétou Sory Tionyélé Fayama Références bibliographiques BONNET Bernard, 2013, « Les politiques de l’élevage en Afrique de l’Ouest : entre production, développement et environnement », Revue Elevage et Développement Durable, 3(2), 34–46. HAMADOU Seyni & SANON Hadja Oumou, 2005, La santé animale au Burkina Faso de l’époque coloniale à nos jours, Ouagadougou, INERA. Mariétou SORY, Souleymane KARAMBIRI et Tionyélé FAYAMA, « Construire la filière lait au Burkina Faso entre souveraineté alimentaire et dynamiques de marché : une lecture sociohistorique critique des politiques publiques », Revue Internationale GRECE, Vol1, N°2 ISSN 3079-4463, e ISSN 3079-4471 https://grece-tchad.com , [342-363] OUDET Maurice, 2005, Le lait : identité et résistance en pays peul, Ouagadougou, SEDELAN. Vos réactions (1) |