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Burkina : Un documentaire pour raviver la mémoire des étudiants envoyés à Cuba par Thomas Sankara

mardi 5 août 2025.

 

L’Association pour la solidarité et l’amitié des anciens étudiants formés à Cuba (ASAC), en collaboration avec l’Association pôle intègre basée à Barcelone, a présenté un film documentaire le 5 août 2025 au Mémorial Thomas Sankara. Intitulé « ESBEC 37, pionniers formés entre deux révolutions », ce film retrace le parcours de jeunes Burkinabè envoyés à Cuba en 1986 pour être formés dans le cadre d’un programme initié par le président Thomas Sankara.

Pour Inoussa Dankambary, secrétaire général de l’ASAC, ce film est avant tout « un devoir de mémoire ». Il précise que C’est la modeste contribution du contingent à la reconnaissance du rêve que Thomas Sankara a porté pour eux. « Ce film, c’est celui des 600, pas de quelques-uns », a-t-il ajouté. Le titre du film, « ESBEC 37, pionniers formés entre deux révolutions », renvoie directement à l’école cubaine où les jeunes Burkinabè ont été accueillis alors qu’ils avaient entre 12 et 16 ans. Durant la conférence de presse, l’association est revenue sur l’initiative de leur départ qui est née dans le contexte de la coopération entre le Burkina Faso et Cuba, deux pays alors dirigés par des leaders partageant une même vision anti-impérialiste et panafricaniste.

Inoussa Dankambary a rappelé qu’en 1986, le capitaine Thomas Sankara a envoyé un groupe d’étudiants pour une formation idéologique, politique et technique avec pour ambition qu’ils reviennent participer à la construction de leur nation. Mais à leur retour, le contexte avait radicalement changé. « Nous sommes revenus après la mort du président Sankara, dans un environnement difficile, parfois hostile. L’histoire s’est poursuivie, entre espoirs et désillusions. »

Inoussa Dankambary, secrétaire général de l’ASAC, entouré de quelques camarades

Un projet documentaire né à Barcelone

L’idée du film documentaire est née en Espagne. Alex Verdejo, membre de l’association Pôle intègre et réalisateur du documentaire, raconte la genèse du projet. « Notre association a été créée en 2016 à Barcelone par un groupe de jeunes révolutionnaires qui voulaient mieux connaître l’histoire des luttes africaines. Quand nous avons découvert la figure de Thomas Sankara, ce fut une révélation. À nos yeux, c’est probablement le révolutionnaire le plus complet de l’histoire contemporaine », a-t-il affirmé lors du point de presse.

C’est pendant des commémorations du 15 octobre à Barcelone qu’ils rencontrent Nabon Babou Bassono, alors président de l’Association des Burkinabè de Barcelone. Ce dernier leur parle de l’histoire peu connue de ces 600 jeunes partis à Cuba. Immédiatement, l’idée d’un documentaire prend forme pour un récit personnel mais qui se veut collectif. Le tournage du film a été réalisé entre Barcelone, Cuba et le Burkina Faso. L’équipe s’est rendue à Cuba pour retrouver les lieux de mémoire, recueillir des témoignages, documenter les traces encore vivantes de cette histoire partagée. La diffusion du film a commencé à Ouagadougou, avec une première mondiale organisée le 2 août 2025 au Ciné Burkina.

Pour Nabon Babou Bassono, personnage du film, au-delà de l’image et du récit, il s’agit aussi de « rendre hommage au père spirituel » qu’a été Sankara pour cette jeunesse. « Je prends ce film comme ma petite contribution, ma partition personnelle, mais c’est au nom de tout le contingent. Le documentaire ne jette pas des fleurs, il raconte une mémoire collective », spécifie-t-il.

L’ASAC et Pôle Intègre entendent désormais porter le documentaire dans d’autres régions du pays

C’est en 1993 que ces Burkinabè créent l’ASAC pour maintenir les liens, se soutenir dans leur réinsertion, mais aussi revendiquer une place dans la mémoire nationale. Aujourd’hui, l’association revendique environ 500 membres encore en vie, sur les 600 initialement envoyés à Cuba. « Notre histoire a été difficile mais ce film est l’occasion de la faire connaître, d’interpeller les consciences, au Burkina et au-delà », reconnaît Inoussa Dankambary.

Mais L’ASAC et Pôle Intègre entendent désormais porter le documentaire dans d’autres régions du pays, mais aussi à l’international, afin de sensibiliser les opinions publiques à cette page méconnue de l’histoire africaine et caribéenne. Au-delà du devoir de mémoire, le documentaire ESBEC 37 se propose d’être une réflexion politique sur les rêves inachevés de la révolution « sankariste ». Il interroge le rôle de l’éducation dans l’émancipation des peuples, le poids de l’engagement chez les jeunes, et les passerelles possibles entre les luttes du Sud et du Nord. Pour Alex Verdejo, ce projet est aussi un outil pédagogique, destiné aux jeunes générations, pour leur dire que d’autres chemins sont possibles. Les deux associations espèrent d’ailleurs le faire projeter dans des écoles, des universités, des espaces culturels.

Farida Thiombiano
Lefaso.net



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