
Concert de Smarty au Casino de Paris : Quelques réactions d’acteurs culturels au Burkina FasoLe nom du rappeur Smarty va rester à jamais gravé dans la mémoire collective nationale. Il est entré dans l’histoire de la musique burkinabè le 1er juin 2025, car étant le premier artiste du pays à dompter la mythique salle du Casino de Paris en France. Almamy Becker Ouédraogo, chargé de communication des Kundé « Je ne dirai pas le début du positionnement de la musique burkinabè à l’international, mais plutôt un tournant symbolique et stratégique dans le positionnement de la musique burkinabè à l’international. Pour conquérir la scène internationale, il faut que les artistes investissent dans une qualité artistique empreinte d’une forte identité nationale assumée et ouverte au goût de l’international. Ils doivent également développer des stratégies de visibilité internationale et miser sur des campagnes marketing professionnelles. Et il faudrait également beaucoup d’audace, de la folie mesurée et un esprit conquérant. Il faudrait arriver à faire en sorte que ce succès ne soit pas un événement isolé. Il faudrait l’inscrire dans un écosystème durable qui soutient une montée en puissance collective des artistes burkinabè. Il faudrait inscrire tout cela dans un cadre d’affaires structuré et florissant pour les acteurs. C’est en cela que le rôle de l’État est central et structurant. Le succès d’un artiste comme Smarty peut créer un élan, mais sans politiques publiques solides, des politiques favorables à l’exportation de la musique et à la diplomatie culturelle active, cet élan risque de rester ponctuel.
Almamy Becker Ouédraogo, chargé de communication des Kundé
Marius Diessongo, journaliste culturel « On avait l’impression que ces salles à la dimension du Casino de Paris, du Zénith de Paris, Paris La Défense Arena ou de Bercy étaient des salles imprenables pour nos artistes. Avec ce concert, on brise un mythe. On montre que les artistes burkinabè peuvent le faire. On montre que nos artistes ont de la côte au-delà du Burkina Faso, parce qu’il faut dire que Paris, c’est quand même la plaque tournante du showbiz africain en Europe. Le Casino de Paris, c’est 2 057 places, ce qui n’est pas une capacité à négliger. Le remplir montre qu’au-delà des Burkinabè, il y a d’autres nationalités qui adhèrent aussi à notre musique. C’est aussi le lieu de saluer la mobilisation de la communauté burkinabè. Cela montre que la communauté peut se mobiliser pour certaines causes. Il faut aussi saluer le travail de l’équipe d’organisation, Boss Plus, qui a abattu un travail de fourmi pour ce concert. Cette équipe n’est pas à son premier coup, elle a l’habitude d’organiser de grands concerts. Les autres artistes burkinabè doivent avoir de l’audace et être courageux. Pourquoi ne pas chercher à conquérir d’autres salles ? Smarty a passé le flambeau à Floby. C’est à Floby de relever le défi, d’avoir le courage d’essayer d’affronter des salles comme le Zénith de Paris. Déjà, de façon hypothétique et dans l’avenir, il faut penser au Bercy de Paris, au Zénith et ainsi de suite. Il faut aller à la conquête d’autres pays, cibler des salles, être présent au grand rendez-vous de la musique africaine. À titre d’exemple, il y a eu récemment l’African Music Enchart. Cet événement récompense les artistes africains avec des disques d’or et de platine. Il faut qu’on soit à ces grands rendez-vous. Il faut qu’il y ait des artistes capables de se faire inviter à ces événements pour donner un certain rayonnement à la musique burkinabè. Félicitations à Smarty, à l’équipe d’organisation et aussi à toute la communauté burkinabè d’Europe et également aux Burkinabé d’ailleurs qui ont manifesté de l’engouement et ont soutenu l’initiative ». Issoufou Pahima, acteur culturel « Le concert de Smarty, tel qu’il a été organisé et accueilli, peut effectivement être perçu comme un tournant symbolique vers un positionnement plus affirmé de la musique burkinabè à l’international. C’est une belle vitrine pour montrer au monde que nous avons des artistes de talent, capables de livrer des prestations de haut niveau, avec des messages forts et une identité culturelle bien ancrée. C’est un signal encourageant pour toute l’industrie musicale de notre pays. Nos artistes doivent travailler davantage leur image de marque. Il faut penser stratégie, visibilité cohérente, storytelling fort, et présence sur les bons canaux. Il ne suffit plus d’avoir du talent : il faut aussi savoir l’exporter. Issa Siguiré, journaliste culturel et membre du jury au Kundé 2025 « L’histoire retiendra que c’est le dimanche 1er juin 2025 qu’un artiste burkinabè a joué à guichet fermé au Casino de Paris. C’est un exploit pour Smarty sur le plan de sa carrière, mais aussi pour la musique burkinabè dans son entièreté. C’est la première fois que l’un d’entre nous accomplit cette performance. Il faut le saluer et le féliciter pour ce travail. Il vient ainsi de placer le drapeau burkinabè sur les scènes internationales. Vivement que d’autres artistes osent franchir le pas comme Smarty l’a fait. On doit aussi avoir des mécènes et de grands contributeurs pour permettre à nos artistes de faire le pas de l’international en inscrivant notre musique au plus haut niveau sur le plan continental et mondial. On peut remarquer que, pour la réussite de ce concert, il y a eu la mobilisation d’un ensemble d’acteurs, dont la structure organisatrice. On peut aussi citer d’autres acteurs comme Idrissa Nassa. Il aoffert des tickets aux étudiants burkinabè. Peut-être que d’autres individus ont fait des gestes dans l’ombre. Il faut saluer toute cette mobilisation. On a constaté une chaîne de solidarité entre les artistes burkinabè. Ce concert a été l’occasion pour des jeunes artistes de prendre connaissance de cette scène mythique parisienne, pour ne pas dire européenne. Maurice Zoungrana alias Kenzo Cash Liguidi, manager d’artistes musiciens « Tout d’abord, je le félicite pour son courage, sa patience et son application au travail. Ce concert a effectivement marqué un tournant décisif dans l’histoire de la musique burkinabè. Il a prouvé que cela est possible pour un artiste, souvent même avec des moyens limités. Aux artistes, professionnalisez-vous à tous les niveaux. Il faut travailler sur la qualité des œuvres, le branding et la gestion de carrière. Il faut aussi s’entourer d’une équipe professionnelle et créer des ponts en collaborant avec des artistes étrangers. Il faut être surtout visible sur toutes les plateformes mondiales, notamment YouTube, Spotify, etc. Wendkouni Bilgo, journaliste culturel « Je dirai que c’est un pas de plus, parce qu’il faut bien plus que le concert d’un artiste pour parler du positionnement de la musique burkinabè à l’international. Il faudra qu’il y ait d’abord au Burkina Faso des maisons de production avec les moyens nécessaires pour produire des œuvres de qualité et en faire la promotion sur les plus grandes chaînes. Il faudra aussi que le management permette de placer nos artistes régulièrement dans les plus grands événements mondiaux. Il nous faut un marketing musical plus solide. Nous sommes actuellement quasi absents sur les plateformes légales de téléchargement et dans les grandes cérémonies de récompense. Le concert de Smarty est un pas important certes, mais il reste énormément à faire. Cette tâche n’est pas celle des artistes, mais de tous les maillons de la chaîne musicale. Il faut une production avec des moyens conséquents, des équipes de management de qualité et des possibilités de collaboration avec les plus grands tourneurs internationaux, etc. Il faut également que le pays dispose de grandes salles de spectacle où se produiront nos artistes, car « tout part du local ». Samirah Bationo Vos réactions (7) |