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Tradition et sécurité : "Si on permet à chaque chef d’organiser son territoire suivant les ressorts coutumiers, les choses iront mieux" Dr Paul-Marie Moyenga

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mercredi 15 mai 2024.

 

Le Burkina Faso célèbre ce mercredi 15 mai 2024, la journée nationale des culture et tradition. Le club de sociologie de l’Université Joseph Ki-Zerbo (UJKZ) a, pour commémorer cette journée, organisé une conférence publique sur le rôle et la place de la culture, dans ce contexte de crise sécuritaire que traverse le pays.

A la question de savoir comment les garants de la société traditionnelle peuvent contribuer à lutter contre le terrorisme, le modérateur du jour, Dr Paul-Marie Moyenga a décrit un modèle qui existait avant, mais qui, de nos jours, a disparu. De ces dires, le réactiver en donnant un statut aux chefs traditionnels pourrait permettre d’avancer considérablement dans la lutte contre le terrorisme.

"Il y a deux ans, j’ai eu la chance de poser la même question au chef de Manga, lors d’une sortie d’étude dans son palais. Il nous a fait observer que dans la tradition, lorsque vous recevez un étranger, vous avez l’obligation d’envoyer un enfant informer le chef de quartier. Et le chef de quartier à son tour, à l’obligation d’en informer le chef. Dans certaines communautés, l’étranger doit aller saluer le chef avant de revenir dormir. Autrement, très tôt le matin, il va présenter ses hommages au chef, pour que celui-ci sache quel étranger est dans la cour de quel habitant. Mais aujourd’hui, on se rend compte que les terroristes qui attaquent viennent séjourner tranquillement dans les villages, prennent le temps de faire rentrer leurs armes, préparent tout ce qu’ils veulent, et décident enfin de quel jour ils vont déclencher leur attaque. Tout cela, c’est parce que ce mécanisme qui existait avant ne fonctionne pas où plus. Il faut au moins qu’on le réactive.

Mais si cela doit se faire, il se posera un autre problème, celui du statut du chef traditionnel. Actuellement, ils n’en ont aucun, ici au Burkina. Ce qui fait qu’ils ne peuvent donc rien imposer à qui que ce soit. Mais si on permet à chaque chef d’organiser son territoire suivant les ressorts coutumiers, les choses iront mieux. En ce moment, si on présente un étranger au chef et qu’il le trouve suspect, le chef pourra prendre ses dispositions et mettre qui de droit en alerte. C’était un mécanisme efficace qui existait avant et qui peut encore permettre de participer à la lutte contre le terrorisme."

Propos recueillis par Erwan Compaoré
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