
Montée de l’incivisme : Le régime Roch Kaboré est suffisamment averti !LEFASO.NET | Par Oumar OUEDRAOGO
jeudi 29 juin 2017.« Les morts des 30 et 31 octobre ne sont pas morts ; ils sont parmi nous, ils nous ont transmis un héritage. Ils sont morts pour que nous fassions de notre Burkina Faso, une harpe de paix où règnent la cohésion sociale, la liberté, la solidarité, le vivre ensemble harmonieux, le dialogue et la tolérance entre tous les filles et fils de ce pays, toutes les ethnies, toutes les religions. Civiles ou militaires, main dans la main, nous leur devons donc cela. Du haut de cette tribune, vêtu de cette tenue que nous militaires appelons ‘’terre du Burkina’’, je vous demande, civils, militaires, Burkinabè de tous horizons et de toutes confessions, tenez-vous la main et observons en leur mémoire, 5 minutes de silence débout ». Propos du capitaine de gendarmerie, Hervé Yé, traduisant les hommages de la nation et le message du peuple burkinabè à ses filles et fils, tombés les 30 et 31 octobre 2014 pour un « Renouveau du Burkina ». C’était le mardi, 2 décembre 2014, à la Place de la nation à Ouagadougou (http://lefaso.net/spip.php?article62111). Le capitaine est suivi dans cette lancée émouvante par le ministre de la communication, chargé des relations avec le Conseil national de la transition et porte-parole du gouvernement, Frédéric Nikiéma : « Vous n’êtes pas morts pour rien. Allez et soyez rassurés que votre mémoire est éternelle ! Allez et soyez rassurés que plus rien ne sera comme avant ! Allez et soyez rassurés que votre lutte ne sera pas trahie. Martyrs de la cause commune, vous avez accompli votre mission, vous avez demandé à partir. Votre lutte ne sera pas trahie. Aujourd’hui, la nation entière vous accompagne à votre pied-à-terre. Sachez que nos larmes que vous voyez n’expriment pas le regret de votre départ, mais l’émoi de nos cris en chœurs, en gratitude pour votre œuvre éternelle… ». A la place de la nation, dirigeants de la transition, leaders politiques et d’organisations de la société civile, pour ne citer que ces catégories et pôles de mobilisation. Que reste-t-il de ces engagements des Burkinabè devant ces morts ? A chacun le constat et les leçons à tirer ! Pour notre part, on constatera d’abord qu’il y a deux ans et six mois, que les Burkinabè tenaient ces propos, par le biais de leurs porte-paroles (sus-nommés), à cette triste circonstance. Seulement, deux ans et demi. Même pas le temps d’un mandat présidentiel, d’un mandat d’élu local ou d’un mandat de député, mais on est vraiment inspiré à s’interroger sur ce qui reste de cet engagement collectif. Crise de confiance entre gouvernants et gouvernés Il ne faut pas avoir peur des maux, encore moins des mots. Ça ne suit pas au Burkina. Et la montée des actes d’incivisme, avec de plus en plus de violences, traduit bien cette réalité. La période post-insurrectionnelle, espérée par tous comme une ère de « Renouveau » connaît plutôt une persistance, voire une grimpée du phénomène de l’incivisme. La tendance à se rendre justice par des actes de violences au mépris des institutions et des lois en vigueur est devenue une règle érigée. Conséquence de la rupture de confiance entre les institutions de la République et les citoyens. Bien au-delà, une crise de confiance entre les individus de la société, notamment entre dirigeants et gouvernés. Cela n’augure surtout pas un bel horizon pour le pays, si l’on n’arrête pas à temps l’hémorragie. Il faut bien trouver les moyens de rompre avec ce phénomène (qui tire la société vers l’incertitude) pour ramener la quiétude dans la société et repositionner le Burkina. On ne peut pas continuer dans l’expression des actes d’incivisme. Chacun doit changer ! Changer son attitude et sa façon de concevoir sa vie dans la société. Un seul bon exemple dépasse mille beaux discours Mais, cette attente ne sera comblée que si la dynamique est insufflée à partir du haut. Un seul acte vaut mille mots. Un seul bon exemple dépasse mille beaux discours. La société burkinabè est en crise de modèles et de sincérité des gens sensés pourtant donner le bon exemple. Il faut impérativement combattre les ingrédients de la crise de confiance entre dirigeants et dirigés. Ces petites étincelles qui peuvent enclencher le feu. Le président du Faso a, lors du dialogue Etat/organisations de la société civile le 16 juin dernier, perçu cette urgence en invitant les Burkinabè à éviter les suspicions et les-a-priori. Si cela peut aussi se comprendre, et à juste titre, comme une invite aux Burkinabè à accorder le bénéficie de la confiance à ses dirigeants, on peut aussi déduire de ces propos, une nécessité pour les gouvernants de combattre les ingrédients pouvant favoriser toute crise de confiance. Ce, d’autant puisque le discrédit qui plane sur les institutions n’est que la somme de petits manquements et/ou négligences de ceux qui dirigent. A titre illustratif, lorsque le président du Faso nomme un Haut-représentant, que cela suscite des réactions ; tant au sein de l’opinion publique que des spécialistes du droit qui parlent de ‘’faute constitutionnelle’’ et qu’aucune explication venant de l’autorité ne situe l’opinion, cela contribue à renforcer un sentiment mitigé au sein des populations. Lorsque des autorités, sur des questions majeures (crises relatives aux Koglweogo par exemple) tiennent des propos de fermeté et annoncent publiquement des délais pour des solutions, qu’à terme, rien n’est fait et qu’aucune explication n’est non plus donnée à cet effet, on offre un ingrédient de plus à une crise de confiance. Quand par exemple, dans un pays, l’image que le citoyen a d’un ministre, ce sont les privilèges, et non celle d’un ‘’ouvrier’’ au service de son département, il y a de quoi alimenter une crise de confiance. Le chapelet est long et peut être déroulé à souhait. Il faut donc un travail de fond de la part des dirigeants. Cela va demander de la détermination, l’esprit de sacrifice et l’humilité. Oumar L. Ouédraogo Vos réactions (29) |