
Diaspora : Le président de la Transition, Michel Kafando, à cœur ouvert avec ses compatriotes vivant en FranceAu troisième jour de sa visite en France, le président Michel Kafando a rencontré le 3 juin les Burkinabè vivant en France et les amis du Burkina avec lesquels il eu une causerie sur la situation nationale qui a duré environ deux heures. Le 159 Boulevard Haussmann, siège de l’ambassade du Burkina à Paris, a connu une grande mobilisation en début de soirée du 3 juin 2015. Les burkinabè de France et les amis du Burkina sont venus en grand nombre pour rencontrer le président Michel Kafando. La salle de fête de l’ambassade n’a pu contenir le monde et certains ont dû suivre les échanges par l’entremise des hauts parleurs au rez-de-chaussée. Prévue pour 17 heures, c’est finalement à 17h57 que la rencontre a débuté quand Michel Kafando a rejoint la salle où l’attendait une foule qui commençait à s’impatienter. Il venait de terminer des audiences avec les consuls du Burkina et les délégués du Conseil supérieur des Burkinabè de l’étranger (CSBE). Tradition oblige, même à 6 000 km de leur pays d’origine, le Zoom Koom de bienvenue lui est servi dans une calebasse. Le président s’en saisit et avale de grosses gorgées. Visiblement, il avait soif. On donne la parole au doyen de la communauté, Frédéric Guirma, ancien ambassadeur du Burkina à l’Onu, pour souhaiter la bienvenue au président et à sa délégation. « Nous savons que la situation est complexe et c’est pour cette raison que je vous félicite pour le travail de redressement du pays que vous avez abattu », déclare celui qui a été candidat à la présidentielle de 1998. Il s’est dit fier de la rencontre que le président Kafando a eue avec son homologue français, François Hollande. « Nous sommes très fiers de ce que vous avez fait. Comme César, nous disons que vous êtes venus, vous avez vu, vous avez parlé et vous avez persuadé ».
L’assistance est ensuite invitée en entonner, debout, l’hymne national. Frédéric Guirma, qui se définit plus Voltaïque que Burkinabè est resté assis-peut-être le poids de l’âge-, et n’a pas fredonné un seul mot du Dytanyè, à la différence de certains, dont Germaine Pitroipa, qui avaient le point levé. Très bref, l’ambassadeur Eric Tiaré a rappelé que les Burkinabè vivant en France sont bien appréciés dans leur pays d’accueil, qu’ils sont très attachés à leur pays d’origine et qu’en décembre dernier, ils ont envoyé 7769 euros (5 millions de F CFA) en soutien aux familles des victimes de l’insurrection populaire de fin octobre 2014. Prenant la parole, le président a campé le décor en expliquant dans quel état il a trouvé le pays, et les défis immédiats que la transition a dû relever. La stabilisation du pays, le redressement de l’économie, et la reconquête de la communauté internationale ont été les trois défis immédiats à relever, a dit Michel Kafando, qui a par ailleurs ajouté que les caisses de l’Etat étaient vides. « La santé économique du pays n’était pas agréable puisqu’il y avait un déficit de 1300 milliards de F CFA », a t-il révélé. Cris d’indignations dans la salle. « Le plus important était de trouver les fonds nécessaires pour payer le salaire des fonctionnaires. Et franchement, lorsque j’ai vu les états, j’ai eu la plus grande appréhension de ma vie. Heureusement avec l’aide de la communauté internationale, nous avons pu parer au plus pressé » a-t-déclaré. Il a souligné le soutien oh combien précieux que le président français, François Hollande a apporté aux autorités burkinabè, en convainquant ses homologues européens prêts à appliquer des sanctions, que ce qui s’est passé fin octobre n’était pas un coup d’Etat classique, mais plutôt, « un sursaut populaire qui peut servir d’exemple à ceux qui sont tentés de briguer un troisième mandat ». Excepté le Canada qui a suspendu son aide parce pour eux, « il est incompréhensible qu’un même président dirige le pays pendant plus de vingt ans », les autres partenaires sont restés aux côtés du Burkina. Ensuite, il s’est agi de donner une feuille de route à la transition avec un programme qui se décline en quatre points : Justice sociale, mise en place de projets au profit des jeunes et femmes, « porte-flambeaux de la révolution », réconciliation nationale et organisation des élections qui doivent mettre fin à la transition. « Notre pays est déchiré. Il y a eu trop de torts qui ont été commis, avec des licenciements, des mises à la retraite anticipées, des disparitions, etc., et il nous faut raccommoder tout ça », a expliqué le président. Des preuves tangibles des détournements de biens publics
Il a affirmé que le gouvernement avait des preuves tangibles des détournements de biens publics commis par certains barrons du régime déchu. Les arrestations qui ont été faites récemment et qui vont continuer, n’ont donc rien à voir avec une chasse aux sorcières. L’ancien directeur de la Sonabel, Salif Kaboré a ainsi été interpellé parce qu’il doit des explications sur le déficit de 9 milliards de F CFA qu’accuse la société. Le détournement du marché de la réfection du tronçon allant du rond-point de l’hôpital Yalgado à l’échangeur de l’Est, initialement attribué à l’entreprise OK (Oumarou Kanazoé), au profit de Alizèta Ouédraogo, c’est pour ces faits que Jean-Bertin Ouédraogo devra répondre. Quant à Jérôme Bougma, il lui est reproché des surfacturations dans la commande de matériel de sécurité. Toutes les interpellations, a précisé le président, se sont faites suite aux résultats des audits commandés par le gouvernement. L’ancien maire de maire de Bobo-Dioulasso, Salia Sanou a aussi été interpellé parce qu’il « a distribué de nombreuses parcelles à ses amis ». Il a rappelé le travail entrepris pour réhabiliter l’appareil judiciaire en faillite, avec la tenue des Etats généraux de la Justice qui ont débouché sur un Pacte, sorte de code de bonne conduite destiné à redonner une certaine crédibilité à notre système judiciaire. « Nous voulons façonner une nouvelle société démocratique où règnera la justice, la liberté, où les gens se respecteront » a dit poursuivi Michel Kafando qui a de ce fait demandé l’accompagnement des burkinabè de l’étranger, spécifiquement celle de France dans la poursuite et la réussite de la transition. « Faire voter les Burkinabè de l’extérieur, c’est prendre le risque d’une déstabilisation de notre pays » Sur le nouveau code électoral et les prochaines élections, le président a expliqué que l’Etat a dégagé 25 milliards de F CFA, histoire de montrer que « nous sommes les premiers concernés ». 30 autres milliards sont attendus de la communauté internationale. Ce point était sans doute attendu des burkinabè de France. Certains ont montré leur frustration de ne pas pouvoir, une fois de plus, choisir les dirigeants de leur pays par le vote. « Il nous aurait fallu mobiliser une enveloppe de 75 milliards ou lieu de 56 milliards. Mais c’est essentiellement pour la question de la sécurité que nous n’avons pas voulu le faire », a expliqué le président Kafando. Il a surtout évoqué le cas de la Côte d’Ivoire où « nous n’étions pas certains d’assurer la sécurité du scrutin, ce qui allait poser des problèmes ». En clair, le président Kafando a révélé que le gouvernement de la Transition n’a trouvé aucune trace des cartes consulaires biométriques qui devaient être délivrées par une société ivoirienne avec laquelle le Burkina a signé un contrat de 9 milliards de F CFA. « Faire voter les Burkinabè de l’extérieur, c’est prendre le risque d’une déstabilisation de notre pays », a t-il conclu. Il a toutefois promis qu’en 2020, tout sera mis en œuvre pour « nos compatriotes de l’étranger puissent voter », et a estimé que l’ensemble des préoccupations qui lui ont été adressées lors des ses séjours à l’étranger pourraient trouver un début de réponse avec la création d’un ministère chargé des Burkinabè de l’étranger. Voilà qui devrait donner aux Burkinabè de la diaspora le sentiment qu’ils ne sont plus des citoyens de seconde zone. « Je suis le premier exclu des échéances électorales » A propos du nouveau code électoral, le président Kafando a été clair : il est une réponse à l’insurrection populaire et les anciens dirigeants qui ont emmenés le pays au bord du précipice doivent être sanctionnés. « Je suis le premier exclu des échéances électorales », a t-il dit, puisque la charte de la transition lui interdit, avec les autres membres d’être candidat aux prochaines élections. A ceux qui voient dans le code une exclusion par la loi », il a rappelé qu’au lendemain de la chute de Moussa Traoré en 1991, le Rassemblement du peuple malien (RPM) avait été purement et simplement dissout. Plus près de nous, le Rassemblement constitutionnel démocratique de Ben Ali en Tunisie (RCD) a été littéralement mis hors jeu après sa chute. « Comme les Burkinabè sont tolérants, on a juste dit que ceux qui avaient activement milité pour la révision de la constitution ne pourront pas participer aux prochaines élections. Mais le parti n’est pas interdit et peut présenter des candidats », a t-il justifié. Faut-il prolonger la Transition comme le suggère Frédéric Guirma ? « Non, le calendrier sera respecté et les élections seront organisées le 11 octobre pour la présidentielle et les législatives et le 31 janvier pour les municipales », a répondu le président, ajoutant que « franchement, vu les charges depuis le début de la transition, je suis pressé de partir ». A propos du Régiment de sécurité présidentiel (RSP), le président Kafando a expliqué qu’un rapport lui a été récemment remis et s’est gardé d’en parler avant que le gouvernement n’ait examiné les recommandations que ses auteurs ont formulées. « Faites confiance à la Transition » a lancé l’ancien diplomate. « Nous sommes en train de tracer des sillons et le prochain gouvernement qui se mettra en place ne pourra s’en départir », a t-il affirmé, rappelant que la Transition a épongé une dette de 300 milliards que l’Etat devait à des entreprises nationales, que le gouvernement a élaboré un programme économique d’urgence au profit des jeunes, et voté 6 milliards F CFA pour financer les activités des femmes, après avoir constaté que sur « les 5 milliards promis par l’ancien régime, il n’y avait pas un centime dans la caisse ». Ce fut une rencontre ouverte au cours de laquelle toutes les questions ont été abordées ce, pendant environ deux heures de temps, sans incidents. La manifestation que certains militants ou sympathisants de l’ex-majorité voulaient organiser devant l’ambassade, (voir lefaso.net du 2 juin) n’a finalement pas eu lieu. Tiga Cheick Sawadogo, Envoyé spécial Vos réactions (20) |