
Journée d’Hommage aux Martyrs : La réconciliation au Burkina passée au peigne fin !« Comment croire à la réconciliation au Burkina Faso ? ». C’est sur cette interrogation que s’est poursuivie dans la soirée de jeudi 28 mai 2015 à la Maison du Peuple, la série de conférences publiques entrant dans le cadre de la commémoration de la Journée nationale d’Hommage aux Martyrs de l’insurrection populaire. Pour diagnostiquer le sujet, le Pr. Cyrille Koné, entouré du modérateur, le ministre de l’Habitat et de l’Urbanisme, René Bagoro, du président de la commission thèmes, Mahamoudou Ouédraogo et du président du Comité national d’organisation, Jean-Baptiste Lansomdé. C’est par des clarifications sur la notion et l’origine de la « réconciliation » que le conférencier, Pr. Cyrille Koné a introduit son auditoire dans le vif du sujet. Des participants qui ont suivi avec grand intérêt, car à la suite de la communication livrée, ils n’ont du tout pas été avares en réactions (apports, commentaires, points de vue et questions d’éclaircissement). De l’exposé, on retient que la réconciliation ne date pas du siècle en cours et des exemples de réconciliation dans le monde sont bien énumérables et parmi celles-ci, on peut retenir le cas sud-africain. La réconciliation suppose le retour à des sentiments d’amitié et de fraternité, après des moments qui ont vu mettre à mal des relations humaines dans une société. Elle ne part pas du néant, elle est attachée à des valeurs partagées entre les individus de la société. Pour le conférencier, le Burkina Faso est « armé » de nombreux valeurs et mécanismes (références aux valeurs sociales) à même de pouvoir résoudre les conflits. « Dans le cadre du Burkina, il y a de la ressource », rassure Pr. Koné, citant entre autres, la culture du dialogue, l’attachement à la Patrie, à la communauté comme leviers pour y parvenir. Pourtant, la Journée nationale du Pardon, instituée 2003, sur proposition du Collège de sages et qui devrait trouver les mécanismes nécessaires pour une sortie heureuse de la crise sociopolitique qui a suivi l’assassinat de Norbert Zongo et ses compagnons d’infortune en 1998, n’a pas répondu à sa vocation. Devenue par la suite, « Journée du Souvenir », elle devrait donner l’occasion aux « Burkinabè qui ont fauté de demander pardon aux victimes » et permettre une réconciliation nationale. Ce qui appelait à l’application effective des recommandations faites par ledit collège. Toute chose qui allait permettre au Burkinabè de regagner la quiétude dans une société sereine. ‘’La justice, élément majeure de la réconciliation ‘’
Malheureusement, « quelques années seulement après la célébration de cette Journée », on a noté, fait-il remarquer, une multiplication des crises socio-politiques, « comme si celle-ci avait donc été vaine ». Les conflits gagnent en intensité au point de menacer l’ordre social établi, faisant du « pays des hommes intègres » une « terre des hommes inquiets », reprend-il les propos d’un journaliste de presse étrangère. Parmi les crises survenues, on retient la révolte des casques en 2006 avec des destructions de biens publics et affrontements violents avec les forces de l’ordre ; les affrontements entre policiers et militaires en décembre 2006 ; les manifestations des anciens combattants ; affaire de la chaîne ‘’Kundé’’ en 2007 sous fond d’assassinats à des fins rituelles qui a conduit à la justice populaire et à la destruction de biens publics et privés ; les émeutes contre la vie chère dans les grandes villes du pays. Toujours sur ce registre, le conférencier a indiqué qu’après la réélection de Blaise Compaoré en novembre 2010, le premier semestre a été marqué par la révolte des élèves, étudiants, des travailleurs avant que la quasi-totalité des garnisons ne se « soulèvent » et « terrorisent » les populations. Une mutinerie qui a atteint son paroxysme lors des affrontements meurtriers entre militaires à Bobo-Dioulasso. « C’est un bilan lourd, en terme de manquements de droits et de respect des principes de l’Etat de droit », a-t-il déploré. L’assassinat du juge constitutionnel, Salif Nébié en mai 2014, est venu en rajouter à l’atmosphère déjà détériorée par des clivages entre l’opposition et la majorité. Le processus de réconciliation requiert le temps qu’il faut. Et de l’avais du Pr. Cyrille Koné, la Commission de réconciliation nationale et des réformes (CRNR) en place actuellement doit disposer de tout le temps et des moyens requis pour un travail de fond afin d’offrir aux Burkinabè, ce qu’ils recherchent à travers la mise en place d’une telle structure. Elle doit donc poursuivre son travail, aussi longtemps que cela requiert après le 11 octobre. Oumar L. OUEDRAOGO Vos réactions (5) |