
Les héros de l’insurrection populaire n°17 : Massourou Guiro« Bonsoir monsieur Somda. Vous m’avez oublié ? Moi aussi je suis un héros. » C’est avec ces mots que monsieur Guiro nous a reçu cet après-midi de décembre 2014. Le « Héros » dans notre conception, faut-il le rappeler, s’entend de celui qui a participé à l’insurrection populaire des 30 et 31 octobre derniers. Presque quinquagénaire, mais le physique frêle qui fait 10 ans en moins, ce commerçant, comme beaucoup de Burkinabè ayant vécu cette insurrection, avait quelque chose à raconter. Pour la postérité. Récit d’un autre acteur de cette étape glorieuse de l’histoire du Burkina Faso.
« Un sankariste est tombé sur le champ de bataille »
Nous étions dans l’attente des autres députés de l’opposition quand nous avons appris qu’ils ont tiré sur quelqu’un chez François (François Compaoré, le petit frère du président déchu Blaise Compaoré, ndlr). Je m’y suis fait déposer par quelqu’un qui y allait à moto. Arrivé, on a vu un corps à même le sol. Je me suis laissé tomber sur lui en criant « Tu es un homme, tu es un libérateur, tu t’es battu pour ce pays, c’aurait pu être moi aussi car je ne suis pas sorti pour repartir forcément chez moi. » J’ai ensuite demandé à deux manifestants qui tenaient le drapeau national de les apporter. On en a recouvert le corps, puis j’ai demandé à deux jeunes stationnés à côté avec leur voiture de nous aider à transporter le corps à la place de la nation (il s’agit selon toute vraisemblance du corps de Ouoba Fabrice Aristide, le rappeur décédé dans l’insurrection, ndlr). Perché au flanc de la voiture, j’ai tenu sa main soulevée et scandé « La patrie ou la mort, nous vaincrons » jusqu’à la place de la nation. Je suis alors reparti au CFOP annoncer aux camarades qu’un révolutionnaire est tombé sur le champ de bataille et a été transporté à la place de la nation. Le corps y est resté un long moment avant d’être enlevé pour être déposé à la morgue de l’hôpital Yalgado Ouédraogo. Le 31, nous sommes ressortis et avons occupé l’extérieur de l’Etat- major général des armées pour exiger que l’armée prenne ses responsabilités. Quand depuis les Etats- Unis Blaise a dit une fois qu’il était un homme fort, j’ai dit sur une radio de la place que Blaise seul n’est pas fort ! Ses gardes du corps qui sont à Kosyam là (Palais présidentiel, ndlr), ce ne sont pas des maliens, ce ne sont pas des guinéens, ce ne sont pas des sénégalais, ce sont des burkinabè. Qu’il ne pense pas qu’ils vont nous tirer dessus pour le sauver ! Lefaso.net : Pourquoi étiez- vous convaincus que les militaires n’allaient pas tirer sur les manifestants ? Lefaso.net : Quelle est votre appréciation de la transition depuis plus d’un mois qu’elle a cours ? Lefaso.net : Quelque chose vous est- il resté sur le cœur ? Samuel Somda et Cyriaque Paré Vos réactions (5) |