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ANNONCE DE SUPPRESSION DES TONTINES : Ce sont les plus pauvres qui vont trinquer

jeudi 7 juin 2012.

 

Par le biais du responsable du Trésor public, l’on a appris que les tontines seront bientôt supprimées. La raison officielle avancée pour justifier cette décision est que la pratique est aux antipodes des lois qui régissent le secteur financier au Burkina. Nous ne voudrions pas, ici, nous lancer dans des débats juridiques qui consistent à attester que oui ou non cette pratique est illégale. La question qui se pose est de savoir si la fameuse loi qui mettra bientôt un terme à ces économies de soudure rend finalement service à l’écrasante majorité de l’autre moitié du ciel qui s’en sert pour régler les fondamentaux de sa vie.

La réponse nous semble d’autant plus négative que ces tontines font sortir de nombreuses familles burkinabè de la misère. Dans son ouvrage intitulé « Et si le Tiers-Monde s’autofinançait : de l’endettement à l’épargne ? », Jacques B. Gélinas cite le Burkina (ironie du sort) comme étant le pays où la tontine participe infailliblement au décollage économique des parias de la société. Et les faits parlent d’eux-mêmes. En annonçant la suppression de ces tontines, les autorités burkinabè veulent-elles donner tort à ce sociologue dont on dit qu’il a la parfaite maîtrise des rouages du développement des pays pauvres ? Une chose est certaine : ce système économique, déclaré aujourd’hui illicite, relève des défis que rarement réussissent beaucoup de nos structures financières dites modernes.

Certes, c’est un système qui connaît des hauts et des bas. Ce qui est dans l’ordre normal des associations humaines. Mais, au-delà de l’aspect économique et financier, les tontines offrent l’occasion aux femmes de tisser entre elles une sorte de solidarité agissante. Ce sont donc des « cellules familiales » solidairement formées. Comme solution, le Trésor burkinabè propose aux femmes de s’affilier à des établissements financiers. Mais combien sont-elles qui évoluent dans les tontines et qui peuvent ouvrir un compte bancaire, à plus forte raison, contracter des prêts dont les conditions de remboursement sont souvent draconiennes ? Du reste, du fait que les prestations financières de ces banques ne sont pas à la portée de tous, même des salariés burkinabè se rabattent sur cette économie informelle, histoire de pouvoir joindre les deux bouts.

Alors plutôt que de supprimer ces réseaux socioéconomiques, piliers de nombreuses familles, pourquoi ne pas les organiser ? Très récemment, la Télévision nationale a montré des cas édifiants où ces tontines se sont progressivement muées en caisses populaires dans certaines localités du pays. En tout cas, cette suppression annoncée pourrait être suicidaire. Si l’Etat, en voulant obliger les « tontinières » à s’affilier à des banques vise à moissonner plus d’impôts, il donnera raison à nombre de ses citoyens qui trouvent qu’il les pressurise finalement. A tout le moins, vouloir arracher le pain aux pauvres, c’est donner aussi l’impression de rouler pour les banques dont les actionnaires, nationaux comme étrangers, ont plus que le nécessaire pour vivre.

Boulkindi COULDIATI

Le Pays



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