
La friperie qui fait flipperLes Ouagalais aiment trop la Sap, autrement dit, l’art de se vêtir avec goût. Sortez et regardez autour de vous, la voisine qui se pavane avec son ensemble tailleur, le voisin qui joue au patron dans sa veste… Mais pas de précipitation, il y a des gens quand même qui portaient le prêt-à-porter made in France ou USA ou China. Eux, ils ont les moyens. Là aussi, je me demande comment un fonctionnaire de son état, salaire à peine 100 000 FCFA peut se permettre de payer ces tailleurs de 400 000 FCFA pièce. Pour reconnaître le corrompu, le voleur, il faut regarder par là aussi. Bref, j’arrête de juger sur les apparences car chacun connaît son talent. Le mien, c’est de découvrir la perle rare. Dans le tas de chemises qu’on me propose, je fouille et refouille jusqu’à ce que je la trouve. Sinon, je migre vers un autre hangar et je recommence la recherche. Vous savez, le coin de friperie est un lieu de rencontre. J’y ai déjà trouvé une amie, la go chic du quartier. Celle qui a tous les gars dans son sac… Oui celle-là, réaction de la pépé : elle s’est cachée. Entre nous aussi, il n’y a pas de mal à venir ici. Avec ces temps durs, il faut penser à sa bourse pour payer de la qualité à moindre prix. La robe que l’on allait payer en boutique à 50 000 FCFA dans la friperie tu l’as à 2000 FCFA. Les commerçants ont compris ça et ont commencé à augmenter les prix. Comme d’habitude, c’est le consommateur qui perd. Tu prends ou tu laisses, parole de commerçant. Mais conseil d’une personne bien avisée : désinfectez toujours tout ce que vous payez si vous ne voulez pas vous retrouver à l’hosto avec des démangeaisons et autres maux. La gale du premier propriétaire n’est peut-être pas loin. Ça ne fait pas rire les couturiers et vendeurs de vêtements locaux. Un marché s’essouffle au profit d’un autre, celui du produit d’occasion qui arrive d’ailleurs. Dans les conteneurs d’habits, il y a également d’autres produits tout aussi prisés : chaussures, ceintures, chaussettes, dessous, casseroles, livres, meubles… Des boutiques spécialisées dans la vente de ces bric à brac se développent, on s’y précipite une fois par semaine pour les vider. Dans une de ces boutiques, j’avais un abonnement systématiquement. Le vendredi, je suis calé à 6h à lorgner les autres clients qui, comme moi, attendent l’ouverture à 8H. A peine la porte ouverte, le monde se rue et chacun cueille ce qu’il peut. Le jour où j’y ai renoncé, c’est celui où ma sœur (fidèle comme moi) à trouver un plat en aluminium d’un genre assez suspect. Elle s’imaginait déjà en train d’y préparer son ragout. Mais la forme de la chose était trop louche, je prends mon courage à deux mains et me renseigne chez mon voisin. Réponse de ce fin connaisseur : « voisine c’est un crachoir ». Le blanc à l’hôpital, il crache dedans. Mes yeux s’ouvrent : nous les Africains, nous sommes une poubelle. Ce qu’ils ne veulent pas chez eux, ils les jettent ici ! Je me rappelle tous ces habits, chaussures, dessous … qu’on voit au marché. Ça vient d’où ? Portés par qui ? Envoyés ici par qui ? Burkina Faso, l’un des plus grands producteurs de coton, ne peut même pas se le procurer à moindre coût. Il faut attendre que le mec de l’autre côté de la terre ait finit d’en jouir pour nous le renvoyer dans un piteux état. Et on se réjouit quand le gars l’a à peine effleuré. Ça fait pitié, mon coton va servir correctement ailleurs et me revient amorti. Au moins, la matière rentre au bercail. Les échanges c’est bien mais franchement nous-mêmes, on doit refléchir si nous devons tout accepter, chez nous, des crachoirs, des camisoles, des slips tachés, des … Pour ce qui est des voitures et tout ce qui nous pollue l’air. C’est un sujet dont je parlerai un autre jour. Aujourd’hui, c’est la petite bricole venue d’ailleurs qui m’intéresse. L’Africain aime ce qui vient d’ailleurs. Le complexe jusqu’aujourd’hui existe. Le pot déjà utilisé est réutilisable ici. On peut penser que la pauvreté est une raison mais je crois fermement que nos achats doivent être raisonnables. Ne pas payer des jouets pour les touts petits dans ce fouillis, pas de dessous, pas de produits alimentaires, pas d’objets suspects… mieux vaut prévenir que guérir. Parlez-en à vos frères au village qui n’auront pas la chance de lire Bendré et qui risquent de se cuire un ragout dans un crachoir. Bendré Vos réactions (7) |