
EFFONDREMENT D’IMMEUBLES AU BURKINA : Sortir l’Etat des décombresJe me promenais, la semaine dernière, avec mes inséparables amis, mouches et guenilles, à Ouaga 2000 quand j’ai vu cet immeuble écroulé sur lui-même. J’ai dit : "Encore !" C’est quel pays où les "étages" tombent au hasard comme s’ils avaient la grippe aviaire ? J’avais même pensé à un tremblement de terre. Je me suis incliné pour rendre hommage aux disparus. Et c’est en leur nom et pour tous ceux qui sont morts sous des décombres que j’ai décidé de parler. D’abord, je fonce dans le tas des propriétaires de ces immeubles écroulés, surtout ceux qui sont pingres et avares comme on aime à le dire. Vous donnez "un peu". Le contremaître enlève "un peu". Le tâcheron prend pour lui "un peu". Les ouvriers aussi volent "un peu". Finalement, l’immeuble n’a rien. Et ventre vide n’étant pas solide, il s’écroule. Arrêtez de tuer les gens au hasard comme ça. Dieu vous voit. J’en veux aussi aux responsables de chantiers, qui reçoivent tout ce qu’il faut, mais qui "dealent" des sacs de ciment ou des barres de fer, cela en ne respectant aucune norme de construction. Ensuite, ils ne payent pas bien les ouvriers qui se mettent aussi à voler les matériaux pour nourrir leur famille, de sorte que ce n’est pas avec du béton qu’on construit les maisons, mais du sable. Je fonce ensuite chez les commerçants, qui, "walahi", vendent trop cher les matériaux de construction, de sorte que, même les propriétaires de maison qui ne sont pas pingres, finissent par le devenir. Mais bon, on a assez chargé les responsables de chantiers et les propriétaires des immeubles. Il y a quelqu’un aussi qui doit trinquer, sinon plus. Mon coup de gueule est adressé à l’Etat. C’est bien de courir chaque fois sur les chantiers sinistrés, crier, en juge irréprochable, que les responsables seront sanctionnés. C’est bien aussi de promettre, en Samaritain généreux, que les familles des victimes seront soutenues. Mais ce n’est pas bien de ne rien faire par la suite. C’est surtout mauvais de démissionner complètement du domaine de la construction. C’est vrai que l’Etat contrôle en amont à travers la délivrance d’autorisations de construire. Mais ensuite, est-ce que le contrôle est suivi sur le terrain ? Il est bien vrai que ce sont ceux qui construisent qui doivent demander et payer ces contrôles. Justement, ils ne les demanderont pas parce qu’ils doivent payer. N’est-il pas temps de revoir cela ? Il s’agit avant tout d’une question de sécurité publique. Ce sont des gens qui meurent, des familles endeuillées et une perte pour la nation chaque fois qu’un immeuble s’effondre. Je propose que l’Etat trouve une formule pour faire des contrôles inopinés, systématiques et surtout non facturés sur les différents chantiers de construction. Contrôler que le ciment et le sable sont bien dosés, que les ouvriers travaillent dans des conditions normales : casques, filet de protection et tout le bataclan de sécurité qu’on doit normalement avoir sur ce type de chantier. Ces contrôles doivent continuer, même après la construction. L’Etat, tu as compris ? Bon, toi-même tes bâtiments ne sont pas si enviables que ça. Il suffit de faire un tour dans certains ministères et autres services, pour voir combien de rides et de fissures il y a sur les murs. Cela veut dire que toi-même tu es sous les décombres. Et pour t’en sortir, tu auras besoin de plus que tes sapeurs-pompiers sous-équipés. Je te donne quelques pelles. Il faut mieux former tes maçons. De nos jours, il ne suffit plus d’avoir une truelle et un fil à plomb pour se donner ce titre. Ensuite, il faut ressusciter les Travaux publics qui sont à l’agonie, car c’est leur travail que de contrôler les chantiers de construction. Si tu peux aussi, restaure ton autorité, car les gens n’ont plus peur de tes contrôleurs quand ils vont sur le terrain. La tentation de la corruption est aussi grande chez les propriétaires non en règle et il faut être sans pitié quand il s’agit de la sécurité publique. Je me demande, sans vouloir commettre un crime de lèse-majesté, si le Premier ministre lui-même ne va pas se muer en contremaître pour aller surveiller ces chantiers ! En tout cas, c’est à voir. Enfin, il faut garantir aux ouvriers de meilleures conditions de travail : les enregistrer à la Caisse nationale de sécurité sociale, leur donner des assurances et assez d’argent pour qu’ils ne soient plus tentés de subtiliser des sacs de ciment. C’est ma brique que j’apporte à la construction de l’édifice national. Et rassurez-vous, cette brique est bien dosée en ciment et en sable, et est irréprochable. Qui est fou ? Le Fou Le Pays Vos réactions (23) |