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ADAMA ROUAMBA, DG DE LA GSP : "Notre mission n’est pas de déverser des fauves dans la société"

jeudi 18 août 2011.

 

La Garde de sécurité pénitentiaire (GSP) est l’une des unités paramilitaires du Burkina. Ni vieux, ni jeune, ce corps a célébré le 17 août 2011 son 27e anniversisaire au sein de la République. L’occasion a été saisie pour en savoir plus sur ce corps, ses missions pas toujours bien perçues, la crise que le pays a connue, la participation du corps aux missions internationales de maintien de la paix. Le Directeur général (DG) qui vient de prendre fonction déborde d’énergie pour ce corps et souhaite lui donner plus d’éclat. C’est ce qui ressort de l’interview à nous accordée par Monsieur Adama Rouamba le 15 août 2011. Un véritable plaidoyer pour la GSP, fait par l’inspecteur Adama Rouamba.

"Le Pays" : Présentez-nous le corps des Gardes de sécurité pénitentiaires (GSP)

Adama Rouamba, Directeur général de la Garde de sécurité pénitentiaire (GSP) : La Garde de sécurité pénitentiaire (GSP) est une unité paramilitaire créée par décret en date du 17 août 1984. Aux termes de ce décret et en son article premier, il est dit qu’il est créé au niveau du ministère de la Justice, une Garde de la sécurité pénitentiaire (GSP) chargée de l’application des lois et règlements relatifs à la sécurité dans les établissements pénitentiaires. L’on peut dire que cette définition est de l’époque de la création de l’unité. Mais en réalité, le corps de la GSP a des missions qui vont bien au-delà de la mission qui lui avait été attribuée à ses débuts. Sans doute parce que les gens ne maîtrisaient pas totalement ce que le corps allait avoir à occuper sur le terrain. En termes de missions générales, et au-delà de la mission de sécurité publique, la GSP a pour but d’assurer la sécurité des personnes et des biens sur toute l’étendue du territoire ; elle se charge de protéger les institutions de la République, d’instaurer la sûreté de l’Etat, la paix et la tranquillité au Burkina. Au-delà donc de cette mission, il y a la participation à l’exécution des peines privatives de liberté, des peines d’emprisonnement ferme. Là, l’individu est appelé à purger une peine d’emprisonnement dans une cellule.

"On aurait formé des animaux, des fauves contre l’Homme"

En plus des deux missions, il faut mentionner comme troisième mission la contribution à la réinsertion sociale des détenus. Vous savez que si notre activité était limitée à l’enfermement des individus, c’est-à-dire à leur neutralisation pour les reverser plus tard dans la société à la fin de leur peine, on aurait reversé à cette société des individus plus haineux, plus endurcis, plus caïds. En ce moment, on aurait formé des animaux, des fauves contre l’Homme dans notre société. Dès lors, notre activité serait considérée, à juste titre, comme dangereuse et exposée au mépris de tout le corps social burkinabè.

On ne demanderait donc pas à un citoyen de consentir l’impôt pour créer un corps comme la GSP. Mais par notre activité de réinsertion sociale, nous contribuons à préparer le retour de l’individu à une vie libre et normale dans la société, à préparer sa réinsertion pour qu’il puisse savoir s’amender et être utile à la société qu’il avait offensée. Ce sont là, les principales missions de la GSP qui, malheureusement, jusqu’à présent, même dans la maison de la justice, ne sont pas totalement comprises. Quant à notre organisation, avec un nouvel organigramme qui a été adopté en Conseil des ministres le 4 août 2004, la direction générale de la GSP comprend quatre directions centrales et deux directions régionales qui coiffent 27 établissements pénitentiaires sur toute l’étendue du territoire. Toutes ces directions et les établissements pénitentiaires sont le relais de la direction générale dans l’exécution des trois missions déjà décrites plus haut.

Relativement au fonctionnement, la GSP est pilotée par une direction générale directement rattachée au cabinet du ministre de la Justice. Le directeur général a sous son autorité les quatre directions centrales, les deux directions régionales et les 27 établissements pénitentiaires avec des hommes et des femmes qui animent ces services. Ces établissements sont les maisons d’arrêt et les maisons de correction. Malheureusement, chez nous, les deux types de maison sont situés dans le même local. Nous avons également les centres agricoles, les centres de rééducation et de formation professionnelle qui, pour le moment, ne sont pas fonctionnels. Les centres disponibles aujourd’hui sont ceux qui appartiennent au ministère de l’Action sociale et de la Solidarité nationale (MASSN) et qui sont à Gampéla et à Orodora. A ces établissements, il faut ajouter celui pour mineurs de Laye où interviennent nos hommes en donnant leur expertise.

Vous venez d’être nommé à la tête de ce corps. Quelles sont vos priorités ?

Lors de la passation de charge, je l’avais déjà dit. Ma priorité, c’est la cohésion et la discipline. On aime dire que la discipline est la force principale des armées. Mais qu’on le sache, ce n’est pas seulement les armées, mais dans toute organisation humaine, il faut de la discipline. A partir du moment où il n’y a pas de discipline, il ne saurait y avoir de cohésion. Dans une organisation où il n’y a pas la cohésion, c’est le laissez-aller avec la pagaille qui s’ensuit. Nous allons oeuvrer à ce que la discipline qui existait dans notre corps puisse continuer et qu’une certaine cohésion nous permette d’atteindre des résultats beaucoup plus honorables. Comment il faut s’y prendre ? Déjà, nous nous félicitons du fait que les GSP n’aient pas suivi ceux qui se sont levés contre leur République, contre les honnêtes citoyens qui ont contribué, par l’impôt qu’ils consentent, à les recruter, à les former, à les nourrir, à prendre soin de leurs familles.

La GSP n’a pas connu tant d’égarements. Nous allons beaucoup travailler à renforcer l’esprit de loyauté et de discipline de ce corps. Mais je profite vous dire que la devise de la GSP est "Honneur-Dévouement-Loyauté". Il faut donc former et sensibiliser les hommes, communiquer et insister sur la concertation. En cela, nous pensons pouvoir atteindre les résultats voulus. Mais sachez qu’en plus de cela, chaque année, il est organisé une "conférence annuelle des inspecteurs de la sécurité pénitentiaire". Cette rencontre annuelle sera redynamisée en l’appelant dorénavant, "conférence annuelle du personnel de la GSP" afin de prendre en compte toutes les sensibilités pour se comprendre autour de l’essentiel. Ce sera l’occasion de recentrer certains comportements et de s’entendre autour de l’essentiel.

Quelle lecture faites-vous des troubles que le pays a connus ?

Permettez-moi, au nom du ministre de la Justice et de la direction générale de la GSP ainsi qu’au nom de toutes les autorités de ce pays, de présenter toutes nos excuses et nos regrets pour ce que le pays a connu.

"Il faut être solidaire dans l’honneur et dans le déshonneur"

A tous ceux qui ont connu des pertes en vies humaines, à leurs familles, à ceux qui ont eu des pertes de matériel, des atteintes à l’intégrité physique, je présente donc les excuses au nom de la tenue. Quand on dit qu’il faut être solidaire dans la tenue, il faut être solidaire dans l’honneur et dans le déshonneur aussi. Il faut reconnaître qu’on appartient à une famille. Le citoyen lambda ne fera pas la distinction entre militaires, policiers, forestiers, gendarmes ou douaniers qui ont été fautifs. Il dira tout simplement, que ce sont des hommes de tenue par respect pour la population et pour le pays. Certes, je n’étais pas là, mais j’ai suivi ces événements de près. Je suis venu trouver que les choses s’étaient vraiment exacerbées. C’était vraiment choquant et regrettable pour un homme qui porte la tenue pour défendre son pays.

Quelles sont les mesures prises pour restaurer l’unité dans le corps de la GSP et lui redonner une belle image ?

Il y a toujours l’unité au sein de la GSP. Nous ne connaissons pas de division en notre sein. Lui donner une belle image, je dirai oui, il faut lui donner plus d’éclat. Nous estimons que nous avons déjà une belle image pour ceux qui le savent bien sûr. Depuis la création du corps jusqu’à ce jour, il y a certainement eu des brebis galeuses. Nous n’essayerons pas de justifier leurs actions par un quelconque manque de professionnalisme, de formation ou de déontologie. Nous assumons ce qu’ils ont pu commettre comme actes regrettables. Mais ces dernières années, avec la formation, l’échange et la communication, il y a lieu de s’en féliciter avec les résultats auxquels la GSP parvient. Le travail se poursuivra aux côtés des autorités et de la hiérarchie pour imprimer à ce corps l’image de marque, d’efficacité qu’il doit posséder pour être utile à la République.

Des problèmes d’effets d’habillement avaient été posés lors de la rencontre avec le ministre de la Justice. Cela relève-t-il du passé aujourd’hui ?

Là-dessus, avec l’appui du gouvernement, la question semble avoir trouvé une solution pour les corps militaires et paramilitaires. Dans les jours à venir, nous espérons que ces effets d’habillement feront la fierté des hommes de tenue et du peuple burkinabè. Je profite de l’occasion pour saluer la volonté des plus hautes autorités pour avoir voulu trouver non pas seulement une solution de sortie de crise mais aussi et surtout redorer le blason à tous ceux qui portent la tenue dans le pays même si par ailleurs, il faut reconnaître qu’on a des collègues dans la tenue qui ont vraiment empiété sur les règles de base de l’armée et d’une vie sociale organisée. Les retombées sont d’abord la question de la tenue et aussi cette réorganisation dynamique de la GSP qui répond à nos attentes et qui fait notre fierté. Cette réorganisation, je l’espère, prépare la GSP à donner beaucoup plus de résultats et à répondre aux attentes de la population en matière de traitement de la délinquance et de lutte contre la criminalité nationale et internationale.

Que dire de la participation de la GSP aux missions de maintien de la paix de l’ONU ?

A ce sujet, il y a lieu de mentionner que depuis 2006, nous participons à des opérations de maintien de la paix des Nations unies. Ce sont les missions des Nations unies en République Démocratique du Congo, la mission des Nations unies pour la stabilisation en Haïti, l’opération des Nations unies pour la Côte d’Ivoire et la mission des Nations unies en République Centrafricaine. Je puis vous affirmer avec fierté que par rapport à un bilan des activités établi au sein des Nations unies en 2010, le Burkina Faso s’est retrouvé en matière pénitentiaire comme étant le leader mondial suivi du Sénégal. Dans ces missions, nous envoyons des hommes et des femmes qui accomplissent avec fierté les tâches à eux confiées. Rien que le mois dernier, nous avons eu en République Démocratique de Congo (RDC), sur un effectif de 40 personnes, tous pays confondus, affectées à la sécurité pénitentiaire dans ce pays, 29 Burkinabè qui ont été décorés. Nous estimons que c’est une satisfaction et une fierté pour notre pays.

La GSP a eu 27 ans le 17 août 2011. Quel bilan peut-on faire de son action dans la République ?

Il faut préciser qu’à l’époque, la sécurité des prisons était assurée par les gardes républicains qui appartenaient à l’armée nationale. Par la suite, la Garde républicaine a connu une mutation. Une partie a été reversée dans l’armée et l’autre dans la police nationale. Dans tous les cas, le point commun est que les normes internationales en matière de traitement des détenus étaient méconnues. C’est dire que ce personnel n’était pas formé pour la sécurité dans les prisons avec tous les risques que cela comportait. Ensuite, lesdits agents répondaient de l’autorité militaire et étaient plus aptes à respecter les instructions données par la hiérarchie militaire que celles données par les magistrats dans le cadre de l’application des décisions judiciaires. Si les principes internationaux en matière de traitement des détenus ne sont pas respectés, ce ne sont pas les questions d’amendement et de réinsertion sociale qui le seront.

C’est cette situation qui a conduit sans doute les autorités à créer en 1984 la GSP avec les premiers fonctionnaires en 1989. Je profite présenter mes hommages, mon respect et mes félicitations à cette première promotion des GSP de 1989. Ce sont des gens qui se sont sacrifiés, qui ont beaucoup souffert du fait de la précarité statutaire de l’agent pénitentiaire à l’époque dans notre pays. Quand ils ont été recrutés, ils ont été envoyés au centre d’entraînement commando de Pô pour trois mois. Trois mois après, ce sont des militaires qui nous ont été renvoyés et, du même coup, nous sommes retombés dans la situation de départ. Ils ne sont pas formés aux droits de l’Homme, aux droits des détenus, au traitement de la délinquance et autres. Des militaires formés pour la guerre qui ont été envoyés dans les établissements pénitentiaires avec tous les risques que cela peut comporter. Certains ont été radiés, licenciés ou sanctionnés parce que les gens ont dû poser des actes qu’ils croyaient à tort comme étant des actes justifiés avec le contexte révolutionnaire à l’époque.

C’est là le début et le côté sombre de la GSP. Tout cela fait partie de l’histoire de ce corps. Par la suite, en 1996, il y a eu des séminaires de formation en matière de normes internationales de traitement des détenus et sur les activités de production dans les établissements pénitentiaires. C’est une activité qui a été le moteur d’une prise de conscience généralisée dans ce corps en matière de traitement de la délinquance, de respect des droits et de la délinquance dans les prisons au Burkina. Une autre étape a été les concours professionnels. Ce sont des individus qui ont été brimés pendant huit ans sans concours professionnel de 1989 à 1997. C’est en 1997 que la première promotion a eu la chance de faire un stage de recyclage à l’Ecole nationale de police (ENP) et depuis cette date, les GSP ont accès aux concours professionnels. C’est en ajoutant les concours directs que nous sommes parvenus à l’effectif actuel et à la qualité sur le terrain.

Cela reste insuffisant mais avec les stages à l’extérieur et aujourd’hui avec les opérations de maintien de la paix, les hommes reviennent plus aguerris avec l’expérience qu’ils acquièrent en s’approchant de leurs camarades et collègues des autres nationalités. Au début, on avait au total neuf établissements pénitentiaires sur toute l’étendue du territoire avec plus de 200 éléments. Aujourd’hui, nous avons 27 établissements avec plus d’un millier de GSP sur le territoire, toute chose qui permet de rapprocher la justice du justiciable. Quant à l’impact de l’action de la GSP dans la République, malheureusement, il n’y a pas eu d’étude d’impact en matière de lutte contre la grande criminalité, la récidive des délinquants, de réinsertion sociale. Cet état de fait ne se rencontre pas seulement au niveau de la GSP mais dans la plupart des corps militaires et paramilitaires à ma connaissance. Il n’y a pas eu d’étude mais sans doute que si ces corps existent toujours, c’est qu’ils ont des résultats palpables.

A l’occasion du 27e anniversaire de la GSP, le 17 août 2011, quelles sont les activités qui seront menées ?

L’occasion que vous nous donnez de nous faire connaître à la population est un plus. Ce qui n’est pas toujours évident, parce qu’on ne connaît l’agent GSP que comme celui qui est à l’intérieur de ses mûrs d’horreur, prêt à torturer des prisonniers et à les maltraiter. Par moments, on dit qu’il exécute sommairement les détenus, les dépouille de leurs biens, rançonne leurs parents. C’est la vision que les gens ont des GSP et qui ne correspond pas exactement à la réalité. C’est à travers ce genre d’actions que les gens peuvent mieux nous connaître pour le bonheur de tous dans la République. Il n’y a pas un corps qui puisse à lui seul organiser la vie en société. Il faut l’action concertée, intelligente et orientée de tous pour pouvoir atteindre l’harmonie sociale souhaitée par le Burkinabè.

En plus de votre action, nous organisons un don de sang qui concernera toute la GSP au profit du Centre national de transfusion sanguine (CNTS), une journée de reforestation à Wayen avec tous les autres corps militaires et paramilitaires et enfin une minute de silence le 17 août à l’endroit de tous ceux qui ont perdu la vie lors des événements récents, les agents du ministère de la Justice, ainsi qu’à l’endroit des agents GSP qui ne sont plus de ce monde.

Vous avez un dernier message à l’endroit de l’ensemble des GSP du Burkina ?

Le message que j’ai, c’est d’inviter tous les agents à la cohésion et au souci du travail bien fait en insistant sur trois points professionnels. Il s’agit d’abord de l’accueil des usagers des services publics pénitentiares en bonne intelligence et avec respect et il faudra ensuite qu’ils fassent leur travail avec professionnalisme et humanité. Enfin, ils devront garder à l’esprit qu’ils sont là pour la République, rien que pour la République et jamais contre elle.

Propos recueillis par Aimé NABALOUM (Collaborateur)

Le Pays



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