
Archidiocèse de Ouagadougou : Quand les catéchistes tirent le diable par la queue et les prêtres de campagne peinent à joindre les deux boutsUn plaidoyer pour plus d’effort dans la prise en charge des catéchistes de l’Eglise catholique au Burkina Faso. C’est le cri du cœur que lance Sibiri Nestor Samné dans cette tribune où il appelle l’Eglise à revoir à la hausse l’assistance économique aux catéchistes. Au passage, il plaide aussi pour les prêtres de campagne qui, selon lui, peinent à joindre les deux bouts. l’auteur de ces lignes espère apporter ainsi sa contribution au jubilé des catéchistes du Burkina célébré le 10 janvier 2010. L’Eglise catholique au Burkina a célébré le jubilé des catéchistes le dimanche 10 janvier 2009. Cette célébration s’inscrit dans le cadre du jubilé d’albâtre des 75 ans du grand séminaire de Koumi. C’est à Yagma, le lieu du pèlerinage national que le sommet de ce jubilé des catéchistes a été vécu : la messe. Une messe qui s’est voulue une action de grâce à Dieu pour le don de ces missionnaires infatigables que sont les catéchistes. Ce jubilé, au-delà des activités festives, nous interpelle sur les réalités difficiles que vivent ces hommes au service des hommes pour Dieu. Rôle et place des catéchistes dans l’évangélisation… Les catéchistes sont ces fidèles, hommes et femmes, qui ont opté de consacrer leur vie à l’annonce de l’Evangile. Ce sont des jeunes laïcs recrutés dans les paroisses. Ils sont envoyés dans un centre de formation. A Ouagadougou, C’est le Centre de formation des catéchistes (CFC) de Donsê. Ils y reçoivent une initiation au catéchisme et à la théologie. Après un séjour de 4 ans, ils retournent en mission dans leurs paroisses. Désormais, ils se mettent à la totale disposition de leurs paroisses. Dans les villages, les campagnes et les secteurs des villes, ce sont eux qui coordonnent et assurent la catéchèse, organisent les communautés, animent les assemblées dominicales en l’absence de prêtre. Ils administrent certains sacrements quand l’urgence le recommande. Ils sont les « curés » dans les secteurs ou les villages qui leur sont confiés. Au-delà des prêches et des enseignements théoriques, le catéchiste, comme tout autre missionnaire, pour réussir sa mission sur le terrain de l’évangélisation, est toujours appelé à faire de sa vie une page vivante de l’Evangile. Et ce, pour pouvoir convertir de nombreuses âmes au Christ et travailler à la promotion humaine des populations. La participation des catéchistes à l’évangélisation est inestimable. Avec les Pères blancs, ils ont joué le rôle de pionnier dans l’enracinement de l’Evangile dans notre pays. C’est certainement pour tout cela que l’Eglise rend grâce à Dieu pour le témoignage. Toutes choses qui devraient nous inciter à nous pencher sur leurs joies et peines humaines que ces hommes vivent sur le terrain de leur mission. Quand les catéchistes tirent le diable par la queue…. Les catéchistes sont des maillons importants dans l’œuvre de l’annonce de la Bonne Nouvelle aux peuples, parce que collaborateurs directs des prêtres. Leur mission est noble et exaltante. Mais leur situation laisse à désirer, et pourrait même pousser à la révolte tout esprit prompt à la compassion. Financièrement et économiquement, certains catéchistes de l’archidiocèse de Ouagadougou vivent dans la pauvreté non choisie et d’autres dans la misère. Peut-on annoncer la Bonne Nouvelle à quelqu’un quand on tire soi-même le diable par la queue ? Ce sont là des réalités d’inconditionnalité qui, à coup sûr, ne collaborent pas positivement pour les catéchistes dans leur tâche missionnaire d’annonce de la Bonne Nouvelle. D’aucuns diront que ce sont les aléas de la mission du Christ qui n’est pas sans adversité. Certes, mais objectivons et acceptons que pour aller en mission et porter la croix du Christ, il faut un minimum de « force », ce que les catéchistes n’ont pas. Nous vivons dans un monde matérialiste où la communication passe nécessairement par des supports matériels. Comment les catéchistes peuvent-ils être prégnants et efficaces dans leur œuvre d’évangélisation s’il demeurent dans une situation de survivance ? Difficilement, car si la parole de Dieu est originellement bonne en soi, il demeure que l’identité et la situation de celui qui l’annonce influence aussi son accueil. Conscients de cela, les Pères blancs, pionniers de l’évangélisation, dotaient chaque catéchiste d’équipements agricoles nécessaires pour assurer son autosuffisance alimentaire, l’agriculture et l’élevage devant être son « business » de vie. Malheureusement, depuis bien longtemps, cela n’est plus qu’un souvenir pour les catéchistes dont la nostalgie les fait soupirer. Sur ce, l’archidiocèse de Ouagadougou doit faire beaucoup pour ses catéchistes afin qu’ils puissent se consacrer décemment et entièrement à leur tâche. Le constat est amer : les catéchistes sont presque laissés à eux-mêmes. Pourtant, ils ont renoncé à beaucoup pour nous les fidèles. Seulement 18 000 francs par an sont alloués à chaque catéchiste comme frais de pétrole. Des catéchistes témoignent de n’en avoir pas bénéficier depuis des années. Sur cette base, on pourrait dire d’eux aussi et surtout eux, qu’ils ont tout quitté pour Dieu (à la seule différence que contrairement aux prêtres, ils se marient). Comparativement à leurs collaborateurs directs, (prêtres, religieux...) la situation des catéchistes à Ouagadougou ne serait pas du tout enviable, et ce n’est pas étonnant de constater aujourd’hui que peu de jeunes s’engagent sur cette voie. Les donnés du tableaux nous rappellent sur un cri strident que les catéchistes semblent être les mal lotis parmi les ouvriers dans le champ de l’évangélisation. Pourtant, face à la justice que l’Eglise enseigne et au regard du fait que l’Eglise se veut être mère éducatrice et championne dans l’exercice de la charité, les chrétiens doivent ensemble réaliser un sursaut d’orgueil pour apporter leur meilleur afin d’aider nos braves catéchistes à nous aider à jouir de Dieu. Il est vrai que l’autoprise en charge de l’Eglise n’est pas encore une réalité, mais cela ne saurait être un justificatif valable du sort actuel des catéchistes. Si rien n’est fait, il ne serait pas étonnant que le nombre de candidats à l’école des catéchistes chute progressivement. Le manque crucial dans les paroisses est déjà parlant. Quand le don total à Dieu expose à la misère, il y aurait manque de volonté quelque part. Cela interpelle la hiérarchie. Un catéchiste en service est un « bien commun » précieux pour l’Eglise. A la totale disposition de son curé, sa vie est une ressource vitale pour la paroisse. Il est affecté selon l’organisation et les besoins de la pastorale paroissiale. A la différence des autres fidèles, il ne dispose plus de son temps à lui entièrement. Ce n’est plus lui qui vit, mais le Christ qui vit en lui pour se communiquer aux Hommes. Après 25 ans de service, il est officiellement admis à la retraite. 25 ans, ce n’est pas rien. Selon les données actuelles, seulement 75 000 F CFA lui sont donnés pour honoraires de retraite. Leur retraite est un moment difficile qui pourrait susciter des sentiments négatifs après tant d’années de travail. Bref, nous ne voudrions pas parler de pension, mais le Christ, lui-même, n’affirme-t-il pas que l’ouvrier mérite son salaire ? Quoi de plus charitable que de lui trouver mieux pour un repos mérité. Autrement, le trouble pourrait gagner son esprit et le plonger humainement dans une déception justifiée : un combat de volonté qu’il aurait mené avec enthousiasme, mais au bout duquel il pourrait se sentir exploité. Il est arrivé que des catéchistes à leur décès ne bénéficient même pas de messe d’enterrement pour non disponibilité de prêtre. Et pourtant ! Là, tout l’entourage se laisse facilement abattre par l’idée que nous tous serions ingrats envers ces hommes qui ont pourtant tout donné pour servir les communautés. La situation des catéchistes de Ouagadougou, et peut-être d’ailleurs aussi, est vraiment délétère. Le paradoxe dans cette problématique est qu’un important pourcentage de prêtres et religieux et religieuses ont des parents catéchistes. Et d’ailleurs, au départ, humain de chaque vocation sacerdotale ou de vie consacrée (surtout en campagne), le catéchiste joue presque toujours un rôle important. Combien de vocations à la prêtrise ou à la vie religieuse ont été suscitées et soutenues par des catéchistes ? Aucune considération humaine ne devrait empêcher le déploiement de la vérité pour bonifier leur situation. Mais on pourrait comprendre aussi que les prêtres dont les parents sont catéchistes soient dans la gêne pour évoquer le cas non enviable de leurs parents, d’autant plus que des prêtres de campagne, qui vivent avec plus de catéchistes, peinent aussi à joindre les deux bouts. Un proverbe de chez nous dit : « il est facile de revendiquer pour autrui, mais difficile de le faire pour soi-même ». Les prêtres de campagne peinent à joindre les deux bouts Les choses se compliquent quand on sait qu’entre prêtres de campagne et prêtres de ville, il y a une différence sur le point « traitement financier ». En dehors du montant des honoraires communs à tous les prêtres, ceux de la ville bénéficieraient d’une allocation carburant consistante. Ils se le permettent, compte tenu de la santé financière des paroisses de ville qui est meilleure à celles des campagnes. Quoi de plus de normal, même si en ville la circulation est moins ennuyeuse et les distances relativement réduites. En campagne les secteurs sont éloignés les uns des autres. Ce qui nécessite plus de carburant, mais hélas ! Là-bas, ils n’en ont presque pas. Ils doivent puiser, la plupart du temps, dans leurs honoraires (60 000 F) pour le déplacement. Imaginer un prêtre de campagne qui doit visiter 3 secteurs dans le mois pour des messes ou le sacrement des malades, sans compter ses indispensables déplacements sur Ouagadougou pour des raisons pastorales... Contrairement à la ville, les campagnes sont des nids de pauvreté, là où les gens ont besoin de plus d’assistance. Jour et nuit devant les presbytères, on peut trouver un pauvre qui sollicite le secours du prêtre. Pour peu qu’il ait un cœur de pasteur, il ne peut s’empêcher de vider ses poches pour apporter un sourire qui permet à l’espoir de renaître. On connaît peut-être les mêmes réalités en ville, mais avec la différence que la possibilité d’être généreux pour les fidèles est plus grande. Générosité qui se manifeste d’ailleurs sous forme de soutiens multiformes aux prêtres. Suggestions Dans ces conditions, il ne serait pas étonnant qu’humainement la préférence à la paroisse de ville l’emporte sur l’autre. Ce n’est donc pas étonnant qu’il y ait des prêtres qui ne connaîtraient que très peu les réalités du service en campagne. Naturellement, ils ignorent parfois ce que vivent réellement les autres. Pendant que les prêtres de ville s’en sortent mieux, ceux des campagnes peinent à joindre les deux bouts. Ce qui n’est pas de nature à encourager, mais pourrait engendrer plutôt des frustrations. Imaginez les conséquences sur l’apostolat… Il est incontestablement du devoir de nos communautés de réfléchir sérieusement pour changer les choses. Ensemble nous pouvons. « Yes » avec la force du Saint- Esprit, nous pouvons ! Le point qui devrait précéder tout le travail de réflexion est la prise de conscience et la considération du problème. Une fois cette étape franchie, le chemin serait déjà à moitié parcouru. Sur ce, les organisations telles : l’Alliance Catholique des hommes d’affaires du Burkina (ACATHA-B), Yelbundi forum, la Commission Justice et paix et bien autres, pourraient s’y investir davantage. Dans la mesure du possible, l’archidiocèse pourrait faire tout son possible pour trouver à chaque catéchiste un soutien minimal quelle qu’en soit la nature. A défaut, une certaine prise en charge de la scolarité de leurs enfants, leur serait un salut. De façon informelle, ça se fait peut-être, mais le soutien à apporter aux catéchistes ne devrait pas être l’œuvre de quelques charités individuelles spontanées de l’un ou l’autre prêtre. L’attention et l’estime pour les catéchistes doivent conduire à réviser l’assistance économique qui leur est accordée. Tous collaborant à la croissance de l’Evangile, les ouvriers de l’Evangile sont une chance précieuse pour l’Eglise. Toute discrimination dans leur traitement est à bannir. Et c’est l’Eglise tout entière qui gagnera. Ventre creux point de bouche pour prêcher. Selon certains, « on ne se consacre pas au Christ à la recherche de promotion humaine », mais il faudrait admettre aussi qu’on ne le fait pas pour épouser la misère. Nous sommes convaincus à la vérité que le Christ ne nous veut jamais misérable. Il nous crée toujours la grâce d’y échapper et d’aider les autres à être heureux. Alors, évêques, prêtres, fidèles catholiques, hommes de bonne volonté, permettons donc à Dieu de passer par nous pour faire justice aux catéchistes. Il serait aussi urgent de trouver aux prêtres de campagne les moyens pour l’apostolat recommandé. Que celui qui a des oreilles entende et qu’agisse celui qui peut. Cela est une contribution au jubilé des catéchistes. Juste pour pousser davantage à la réflexion en vue d’une Eglise jamais complice de la misère d’un être humain, mais plutôt fière de ses fidèles, de ses pasteurs, et rayonnante de vie pour le monde. Sibiri Nestor Samné sasimastor@hotmail.com L’Observateur Paalga Vos réactions (11) |