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Salif Diallo : Trois mois sans salaire dans sa galère viennoise ?

vendredi 30 octobre 2009.

 

L’exil autrichien aurait dû lui servir de cure de jouissance. Mais il a fallu une sortie médiatique pour le remettre sous les feux des projecteurs. C’est de son propre camp que sont parties les premières salves qui indiquent en même temps que son statut dans l’appareil d’Etat a changé. Celui qui était, dans un passé récent, capable de faire et de défaire n’importe qui se retrouve subitement de l’autre côte de la barrière, celle des petits poucets. Personne n’aurait pensé que le costume de grand vizir qu’il arborait fièrement deviendrait rapidement beaucoup trop grand pour lui.

Peut-être qu’il s’était lui-même senti trop grand pour ce costume ? Toujours est-il que le conflit larvé que l’on lisait à travers la presse qui l’opposait au Premier ministre Tertius Zongo lui aurait fait du bien. Qui ne se souvient pas de cette déclaration sur les antennes de la radio nationale : « je ne suis pas un yes man ». Une déclaration qui a contribué à exacerber la tension entre les deux hommes.

Ce n’est visiblement pas la première fois qu’il se permet de donner son point de vue sans en référer à ses camarades du parti. Le maire de la commune de Ouagadougou, Simon Compaoré, a d’ailleurs profité d’une certaine façon des prises de position de Salif Diallo. De l’avis des personnes proches du parti au pouvoir, Simon Compaoré n’aurait pas pu se maintenir à son poste sans cette célèbre phrase de Salif Diallo, « le CDP n’a pas encore secrété quelqu’un capable de prendre la place de Simon ». Et là, personne ne s’était offusqué pour dire qu’il s’était permis de donner son point de vue sans en référer au parti. Changement d’ère, changement de statut Les mouches ont donc changé d’âne au point que le séjour autrichien se transforme en une forme de punition pour Salif Diallo. Ceux qui pensaient que le chef de l’Etat l’avait mis au garage pour le ramener « frais » à la présidentielle de 2010 se seraient-ils déjà trompés ? À voir de près, les choses ont peu de chance de se passer comme ces derniers le prévoient.

Il semblerait, de l’avis de certaines sources bien introduites que la chancellerie burkinabé à Vienne serait à son troisième mois sans salaires, ceux-ci étant suspendus sans qu’aucune explication ne soit donnée à personne. La situation se serait encore tendue lorsqu’une avance de deux mois a été versée au moment où le personnel de l’ambassade s’attendait à percevoir au moins les deux mois, Salif Diallo leur proposera de percevoir un mois, afin qu’il puisse faire face au problème de loyer. Et en pareille situation, nul besoin de vous rappeler que les choses furent difficiles à régler. Et pour dire à quel point le séjour viennois de Salif Diallo se passe mal, un diplomate a dit sur un ton laconique ceci, « qui aurait cru que Salif Diallo se mettrait un jour devant moi pour m’expliquer ses problèmes afin que j’intervienne ? Je n’aurait jamais pensé cela possible un jour ». On n’a donc pas besoin de plus pour comprendre que les relations entre le Président du Faso et Salif Diallo ont pris un sérieux coup. Qu’une situation conjoncturelle quelconque conduise les autorités nationales à suspendre ou peut-être à bloquer les salaires d’une mission diplomatique au point que le premier responsable de cette mission s’en remette à une tierce personne semble incompréhensible.

A une certaine époque, Salif Diallo aurait été l’interlocuteur direct ; les choses auraient connu un solutionnement rapide. La première question qui vient à l’esprit, est celle de savoir pourquoi lui crée-t-on cette situation ? Cela signifie-t- il la fin pour Salif Diallo, ou est-ce une situation que traversent les autres chancelleries burkinabé à l’étranger ? Difficile de répondre tant la réalité de cette situation semble des plus invraisemblables. La fin d’un mythe ? Les fidèles de Salif Diallo sont presque réjouis lorsque le Président du Faso s’est opposé à son exclusion définitive du CDP. Ils ont vu dans cette décision une volonté du PF de réintégrer leur mentor surtout à la perspective de l’élections présidentielle de 2010. Il semble de plus en plus que le PF a marqué son refus dans le but de garder dans son sillage Salif Diallo ; pas forcément pour compter sur ses capacités de mobilisation, mais surtout pour ne pas l’avoir contre lui.

De toute évidence, on voit mal Salif rompre lui-même le cordon qui le lie au parti au pouvoir, il sait pertinemment que la seule façon de garantir sa propre sécurité est de rester dans le sillage du chef de l’Etat, en espérant que le vent tourne un autre jour en sa faveur. Une situation qui de l’avis de certaines personnes parait difficile, car ce n’était pas seulement avec le Premier ministre Tertius Zongo que Salif Diallo avait maille à partir ; il avait aussi des relations tendues avec François Compaoré, le frère cadet du Président du Faso. Ramener donc Salif en pôle position à la faveur de l’élection présidentielle de 2010, serait un sérieux désaveu pour François Compaoré. Le Président Blaise Compaoré se retrouverait dans une situation moins confortable. Une telle éventualité redessinerait un nouveau visage au CDP et ouvrirait une voie à de nombreux règlements de compte. Un scénario que beaucoup d’hommes et de femmes ne souhaitent pas voir se réaliser, même en perspective. A la lumière des choses, il est facile de penser que le mythe Salif Diallo serait en train de s’effriter et de tomber.

Clovis Ferrand

L’Indépendant



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