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Le Faso Digital 2026 : Assistant Visuel, Delia et SahelSentinel, trois innovations pour rendre la santé plus accessible et mieux anticiper les risques

dimanche 1er novembre 2026.

 

Aider les personnes malvoyantes à mieux comprendre leur environnement grâce à la caméra d’un téléphone, accompagner les populations dans leur parcours de santé et anticiper les risques d’épidémies avant leur propagation. Ces trois ambitions sont au cœur d’Assistant Visuel, Delia et SahelSentinel, les projets retenus dans la catégorie « Santé et bien-être » de la deuxième édition de Le Faso Digital. Portées par de jeunes innovateurs burkinabè, ces solutions misent sur l’intelligence artificielle et les technologies numériques pour répondre à des besoins concrets des populations. Les trois meilleures innovations bénéficieront d’un programme d’accompagnement offert par Digitales Solidaires, partenaire de l’événement.

Pour une personne qui ne voit pas ou qui distingue difficilement les objets, des gestes aussi ordinaires que lire une inscription, reconnaître un obstacle ou identifier un élément de son environnement peuvent représenter un défi quotidien. Pour une femme enceinte vivant loin d’un centre de santé, comprendre certaines informations médicales et savoir à quel moment consulter peut également s’avérer difficile.

À une autre échelle, les professionnels de santé sont confrontés à la nécessité d’identifier suffisamment tôt les conditions favorables à l’apparition ou à l’aggravation de certaines épidémies. Ces situations, bien que différentes, posent une même question : comment utiliser les technologies numériques pour rendre l’information plus accessible, améliorer l’orientation des populations et renforcer la prévention sanitaire ? C’est à cette interrogation que tentent de répondre les trois innovations sélectionnées dans la catégorie « Santé et bien-être » de Le Faso Digital 2026.

Assistant Visuel : transformer la caméra du téléphone en une aide pour les personnes malvoyantes

Lire un document, identifier un objet posé sur une table ou comprendre ce qui se trouve devant soi sont des gestes qui peuvent paraître simples. Pourtant, pour une personne malvoyante ou non-voyante, ils nécessitent parfois l’intervention d’un proche ou l’utilisation d’un équipement spécialisé. Cette dépendance peut limiter l’autonomie dans certaines activités quotidiennes. C’est en partant de cette réalité que Maré Augustin 1er Jumeau Millogo a imaginé Assistant Visuel, une application qui ambitionne de transformer un smartphone en outil d’assistance pour les personnes ayant des difficultés visuelles.

Le projet repose sur une idée : utiliser les capacités de la caméra et de l’intelligence artificielle pour aider l’utilisateur à mieux comprendre son environnement. Plutôt que de dépendre exclusivement d’un équipement spécialisé, la personne pourrait bénéficier de certaines fonctionnalités d’assistance à partir de son téléphone. Assistant Visuel associe notamment l’analyse d’images, la lecture de textes, les interactions vocales et la synthèse vocale.

Maré Augustin 1er Jumeau Millogo veut mettre l’intelligence artificielle au service des personnes malvoyantes et non-voyantes, grâce à une application capable de décrire leur environnement et de lire des textes à partir de la caméra d’un smartphone.

Concrètement, l’utilisateur ouvre l’application et active la caméra de son smartphone. Le dispositif peut alors analyser les éléments visibles et restituer certaines informations sous forme de descriptions vocales. Cette fonctionnalité vise à permettre aux personnes malvoyantes de recevoir des indications sur ce qui se trouve dans le champ de la caméra. L’application prévoit également des signaux sonores et des vibrations destinés à accompagner son utilisation. Ces mécanismes peuvent constituer des moyens supplémentaires de transmettre des informations à une personne qui ne peut pas consulter facilement l’écran de son téléphone.

L’un des intérêts du projet réside dans la possibilité d’interagir avec l’application par la voix. L’utilisateur peut poser des questions et obtenir des réponses vocales, sans avoir à saisir systématiquement du texte. Cette approche cherche à limiter les obstacles liés à l’utilisation d’interfaces numériques principalement conçues pour des personnes voyantes.

La lecture de textes représente une autre fonctionnalité importante. Pour une personne qui éprouve des difficultés à lire une inscription, un document ou certaines informations affichées, la reconnaissance de texte et sa restitution vocale peuvent constituer une aide appréciable. Au-delà des personnes non-voyantes et malvoyantes, le promoteur identifie plusieurs autres catégories d’utilisateurs potentiels.

Les personnes âgées, notamment celles qui rencontrent des difficultés de lecture, pourraient bénéficier de certaines fonctionnalités. L’application pourrait également présenter un intérêt pour les personnes ne sachant pas lire, en leur permettant d’accéder oralement à certaines informations écrites. Les familles, les aidants et les institutions accompagnant les personnes en situation de handicap figurent aussi parmi les publics visés. Maré Augustin 1er Jumeau Millogo présente Assistant Visuel comme une solution conçue dès l’origine autour des besoins d’accessibilité.

Cette orientation constitue un aspect important du projet. Elle consiste à intégrer les contraintes des personnes concernées dès la conception de l’outil, plutôt que d’ajouter ultérieurement des fonctionnalités d’assistance. Selon les informations communiquées, Assistant Visuel dispose déjà d’un prototype fonctionnel. Les fonctionnalités de vision, de lecture de textes, de questions vocales et de synthèse vocale ont été développées et testées.

Le promoteur souhaite désormais franchir une nouvelle étape en organisant un pilote sur le terrain avec des associations de personnes malvoyantes au Burkina Faso. Cette phase devra permettre de confronter la solution aux besoins réels des utilisateurs. Elle sera particulièrement importante pour apprécier la pertinence des descriptions fournies, la facilité de manipulation de l’application et sa capacité à fonctionner dans différents environnements.

En effet, un dispositif d’assistance visuelle doit présenter un niveau de fiabilité suffisant pour être utile sans créer de risques supplémentaires. Les indications produites par l’intelligence artificielle peuvent être incomplètes ou erronées, notamment lorsque les conditions d’éclairage sont mauvaises ou que les objets sont difficiles à reconnaître. Assistant Visuel ne saurait donc être considéré, à ce stade, comme un substitut à une canne blanche, à un accompagnement humain ou à d’autres dispositifs de mobilité sécurisée.

Le pilote envisagé avec les associations permettra notamment d’évaluer les usages les plus pertinents et les limites de la technologie. Pour Maré Augustin 1er Jumeau Millogo, l’ambition dépasse la simple création d’une application. Il souhaite contribuer à rendre l’information plus accessible aux personnes qui rencontrent des obstacles dans leur quotidien.

Delia : une intelligence artificielle pour accompagner les populations dans leur parcours de santé

Lorsqu’une personne se pose une question sur sa santé, elle ne sait pas toujours vers qui se tourner. Entre les informations diffusées sur les réseaux sociaux, les conseils de l’entourage et les difficultés d’accès à certains services, il peut être compliqué d’obtenir une réponse claire et adaptée à sa situation. Pour les femmes enceintes, les besoins d’information et de suivi sont particulièrement importants.

Comprendre les étapes du suivi prénatal, se rappeler les rendez-vous médicaux ou reconnaître les situations nécessitant une consultation rapide peut contribuer à une meilleure continuité des soins. C’est dans cette perspective que s’inscrit Delia, un assistant numérique de santé communautaire développé au Burkina Faso. Le projet est porté par Bienvenu Emmanuel Birba, chargé du pilotage stratégique, des partenariats et du développement de l’entreprise, et Delwendé Eliane Birba, responsable de l’intelligence artificielle, de l’architecture du produit et du développement technologique.

Leur ambition est de proposer une application mobile capable d’accompagner les utilisateurs dans leur parcours de santé, sans se substituer aux professionnels médicaux.
Delia repose sur quatre grandes fonctions : comprendre, suivre, détecter et orienter. La première consiste à faciliter l’accès à l’information sanitaire. L’assistant utilise l’intelligence artificielle pour répondre à certaines questions de santé dans un langage que les concepteurs souhaitent clair et adapté au contexte des utilisateurs. L’objectif est de rendre les informations plus compréhensibles, notamment pour les personnes qui ne maîtrisent pas le vocabulaire médical. Cette fonctionnalité pourrait aider un utilisateur à mieux comprendre certaines recommandations ou à préparer une consultation.

Bienvenu Emmanuel Birba assure le pilotage stratégique de Delia et Delwendé Eliane Birba travaille à l’intégration de l’intelligence artificielle dans l’application.

Mais elle nécessite des précautions importantes, car une réponse générée par intelligence artificielle ne remplace pas un avis médical personnalisé. La deuxième fonction concerne le suivi. Delia prévoit des rappels destinés à accompagner les utilisateurs dans les différentes étapes de leur parcours de santé. Ces rappels pourraient notamment concerner les rendez-vous et les actions importantes à ne pas oublier. L’objectif est de contribuer à une meilleure continuité du suivi, particulièrement dans les situations où plusieurs consultations ou démarches sont nécessaires. La troisième fonction consiste à repérer certaines informations pouvant nécessiter une attention particulière.

À partir des éléments communiqués par l’utilisateur, l’application ambitionne d’identifier des situations dans lesquelles une orientation rapide pourrait être indiquée. Cette fonction ne constitue cependant pas un diagnostic médical. Elle doit être comprise comme une aide à l’identification de situations nécessitant une évaluation par un professionnel de santé. Enfin, Delia souhaite faciliter l’orientation vers les services appropriés.

L’application entend aider les utilisateurs à identifier le type de professionnel ou de structure susceptible de répondre à leurs besoins. Cette dimension pourrait être utile pour des personnes qui ne savent pas vers quel service se diriger. Les concepteurs ont choisi de faire de la santé maternelle le premier domaine prioritaire de développement. Ce choix répond à l’importance du suivi des femmes pendant la grossesse et autour de l’accouchement.

L’application pourrait ainsi contribuer à diffuser des informations utiles, à rappeler certaines étapes du suivi et à encourager le recours aux services compétents lorsque cela s’avère nécessaire. À terme, Delia ambitionne d’élargir ses fonctionnalités à d’autres domaines, notamment la prévention et le suivi des maladies chroniques.

SahelSentinel : anticiper les risques de paludisme, de méningite et de choléra grâce aux données

Dans la lutte contre les épidémies, le temps constitue un facteur déterminant. Plus un risque sanitaire est identifié tôt, plus les acteurs compétents peuvent disposer de temps pour organiser la surveillance, renforcer la prévention et préparer les interventions nécessaires. Au Burkina Faso, plusieurs maladies, notamment le paludisme, la méningite et le choléra, présentent des enjeux de surveillance qui peuvent varier selon les saisons, les conditions environnementales et les localités.

Pour améliorer l’anticipation de ces risques, Sidnoma Jonathan Yaméogo a développé SahelSentinel, une plateforme numérique qui associe intelligence artificielle, télédétection, capteurs environnementaux et outils d’alerte. Le projet repose sur une approche intégrée allant de la collecte des informations à l’analyse du risque, puis à la production d’indications destinées aux acteurs de terrain.

L’objectif n’est pas seulement de suivre les maladies après l’apparition des cas, mais également d’étudier certaines conditions susceptibles de favoriser une augmentation du risque épidémique. Pour cela, SahelSentinel prévoit d’exploiter plusieurs catégories de données. Il s’agit notamment des informations épidémiologiques, des données climatiques, des observations satellitaires et des mesures recueillies localement. Ces informations doivent être analysées à l’aide de modèles d’intelligence artificielle.

Le promoteur mentionne notamment l’utilisation de deux approches algorithmiques, Random Forest et LSTM, destinées à identifier des relations dans les données et à produire des prévisions. Selon la conception du projet, SahelSentinel ambitionne de proposer un horizon de prévision pouvant atteindre 21 jours. Cette capacité annoncée devra cependant être confirmée par des évaluations sur des données réelles. En matière de santé publique, la qualité d’une prévision dépend fortement de la fiabilité des données disponibles, des caractéristiques locales et de la performance des modèles utilisés.

La plateforme intègre également une dimension de télédétection. Cette technologie doit notamment contribuer à repérer des zones présentant des conditions environnementales favorables à certains risques sanitaires. Dans le cas du paludisme, elle pourrait aider à identifier des secteurs nécessitant une vérification sur le terrain concernant la présence de gîtes larvaires.
Ces informations seraient destinées à orienter le travail des équipes compétentes. SahelSentinel prévoit aussi l’utilisation de capteurs connectés à faible coût, relevant de ce que l’on appelle l’Internet des objets, ou IoT.

Ces équipements doivent permettre de recueillir des mesures telles que la température, l’humidité ou certains paramètres de qualité de l’eau. Les données collectées peuvent être conservées localement, puis synchronisées lorsque la connexion Internet devient disponible. Cette fonctionnalité répond aux contraintes de connectivité rencontrées dans certaines zones.
Pour Sidnoma Jonathan Yaméogo, l’adaptation aux réalités du terrain constitue une dimension essentielle de son projet.

Avec SahelSentinel, Sidnoma Jonathan Yaméogo ambitionne d’anticiper les risques de paludisme, de méningite et de choléra en associant intelligence artificielle, données climatiques et outils de surveillance environnementale.

Une plateforme destinée à renforcer la surveillance sanitaire doit pouvoir fonctionner dans des environnements où l’accès à Internet n’est pas permanent. SahelSentinel prévoit donc une architecture permettant certaines utilisations hors ligne ou avec une connectivité intermittente. Les informations recueillies doivent ensuite être exploitées pour produire des cartes, des indicateurs et des alertes. Ces outils visent à aider les responsables sanitaires à identifier les zones ou les périodes nécessitant une attention particulière.

La plateforme pourrait ainsi contribuer à hiérarchiser certaines interventions, en fonction des risques estimés. Le projet comporte également un module d’aide au dépistage et au triage. À partir d’informations cliniques et contextuelles, ce dispositif ambitionne de signaler les situations pouvant nécessiter une évaluation médicale prioritaire. Il ne s’agit toutefois pas d’un outil de diagnostic autonome. Les décisions relatives à la prise en charge doivent rester du ressort des professionnels de santé.

L’une des particularités de SahelSentinel réside dans le regroupement de plusieurs fonctions généralement développées séparément. La plateforme associe ainsi l’analyse prédictive, les données satellitaires, les mesures environnementales, les alertes et l’aide à l’orientation sanitaire. Cette approche pourrait faciliter la circulation des informations entre les différentes étapes de la surveillance. Mais elle nécessite également une coordination technique importante pour garantir la cohérence des données et la fiabilité des résultats.

Concernant son niveau d’avancement, Sidnoma Jonathan Yaméogo indique que le projet dispose d’une architecture fonctionnelle. Les différentes composantes sont en cours d’intégration et de validation. La solution fait l’objet d’une phase pilote en conditions réelles au Centre médical avec antenne chirurgicale de Kossodo, à Ouagadougou.

Le promoteur fait également état d’une collaboration avec la Croix-Rouge burkinabè dans le domaine de la surveillance communautaire et opérationnelle. Les prochaines étapes annoncées portent notamment sur la consolidation des résultats du pilote, le calibrage des modèles et la validation des différents modules à partir de données réelles. Le projet envisage ensuite une extension progressive vers d’autres structures sanitaires et localités du Burkina Faso.

Assistant Visuel, Delia et SahelSentinel illustrent trois dimensions complémentaires de l’innovation dans le domaine de la santé et du bien-être. Ces initiatives montrent que les technologies numériques peuvent être mobilisées aussi bien pour répondre aux difficultés individuelles que pour accompagner les acteurs du système de santé.

Mais leur développement nécessite une attention particulière à la fiabilité, à la sécurité et à l’adaptation aux besoins des utilisateurs. Dans le domaine sanitaire, une innovation ne peut être appréciée uniquement à travers ses fonctionnalités techniques. Elle doit également démontrer son utilité, sa capacité à fonctionner dans des conditions réelles et son aptitude à respecter les exigences de sécurité et de confidentialité. C’est dans cette perspective que les trois meilleures solutions de la catégorie « Santé et bien-être » bénéficieront d’un programme d’accompagnement offert par Digitales Solidaires, partenaire de Le Faso Digital 2026.

Farida Thiombiano
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