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Burkina : Plus de 20 000 cannettes de boissons alcoolisées et 1,31 million de comprimés saisis par la douane

vendredi 9 octobre 2026.

 

Dissimulées sous du clinker dans des camions en provenance du corridor Cinkansé-Ouagadougou, des boissons et des médicaments prohibés ont été interceptés par les services douaniers. Présentant cette saisie à la presse, le vendredi 9 octobre 2026, le directeur général des douanes, le Dr Yves Kafando, a dénoncé la persistance de ces pratiques frauduleuses et annoncé un durcissement des contrôles. Deux des personnes impliquées, le propriétaire d’une partie de la marchandise et un chauffeur, ont livré leurs versions des faits.

Des cartons de boissons, des emballages de médicaments enfouis sous des amas de clinker, cette matière première utilisée dans la fabrication du ciment. La scène donne un aperçu du stratagème employé pour tenter de faire entrer frauduleusement des marchandises sur le territoire burkinabè. Dans les camions interceptés par la douane sur le corridor Cinkansé-Ouagadougou, les produits étaient dissimulés sous cette cargaison, dans le but de les soustraire aux contrôles. Ce vendredi 9 octobre 2026, le directeur général des douanes, le Dr Yves Kafando, a présenté à la presse une partie des marchandises saisies au cours d’une opération menée depuis environ deux semaines. Le dernier camion a été intercepté deux jours plus tôt, selon les informations communiquées lors de cette présentation.

Au total, trois véhicules immatriculés au Togo, portant les plaques TG 5191 AY/1698 AX, TG 9686 BF/4472 BS et TG 4424 BS/4914 AX, sont concernés par les saisies présentées. Les produits interceptés comprennent notamment des boissons alcoolisées, des boissons énergisantes alcoolisées et des médicaments de différentes marques. Dans le premier véhicule, les agents ont découvert 58 cartons de médicaments, correspondant à 131 000 plaquettes, soit 1 310 000 comprimés. Le lot comprend 16 cartons de Budex, représentant 48 000 plaquettes et 480 000 comprimés, ainsi que 20 cartons de Colditabz, soit 50 000 plaquettes et 500 000 comprimés. À ces produits s’ajoutent 11 cartons de Diclofenac Original, correspondant à 22 000 plaquettes et 220 000 comprimés, et 11 cartons de Diclofenac Really Extra, soit 11 000 plaquettes et 110 000 comprimés. Selon les douanes, il s’agit de médicaments de contrefaçon ou non homologués.

Dans un autre camion, les agents ont intercepté 400 cartons de Desperado, à raison de 24 cannettes par carton, soit 9 600 cannettes représentant un volume annoncé de 4 224 litres. Un troisième véhicule transportait, selon le décompte communiqué, 400 plaquettes de boissons énergisantes alcoolisées de type Vody, soit 9 600 cannettes pour 2 400 litres, ainsi que 50 plaquettes de Desperado, correspondant à 1 200 cannettes et 528 litres.
Ces marchandises sont soumises au Fonds de soutien patriotique (FSP), un dispositif auquel l’administration douanière dit accorder une attention particulière.

Le propriétaire dit avoir été piégé, le chauffeur reconnaît avoir accepté l’argent

Derrière les cartons saisis, deux hommes ont livré des récits différents sur les circonstances du transport des marchandises. D’un côté, Athanase Wango, présenté comme le propriétaire des boissons découvertes dans l’un des camions, affirme avoir confié l’acheminement de sa marchandise à des intermédiaires. De l’autre, le chauffeur Ali reconnaît avoir accepté de transporter les produits dissimulés en échange d’une somme d’argent.

Athanase Wango dit avoir su que ses boissons étaient dissimulées sous du clinker après l’interception du camion par les services des douanes à Cinkansé

Commerçant depuis 2014, Athanase Wango explique acheter ses boissons à Lagos, au Nigeria, avant de les faire acheminer à Lomé, au Togo, d’où elles sont transportées vers le Burkina Faso. Il affirme avoir recours à cette organisation logistique parce qu’il ne possède pas de camion. « J’achète la boisson à Lagos au Nigeria pour la faire venir à Lomé au Togo, parce qu’à partir de Lomé, il est plus facile d’avoir une remorque pour faire venir les marchandises au Burkina », raconte-t-il. Selon son témoignage, il avait acheté 2 000 cartons, dont une partie avait déjà été expédiée. Les 400 cartons interceptés correspondaient au reliquat de la marchandise. Faute de transporteur habituel disponible, un ami de son petit frère lui aurait proposé de passer par une autre personne pour assurer l’acheminement.

Le commerçant soutient que le prix convenu avec ses fournisseurs ou intermédiaires comprend normalement le transport et le dédouanement. « Quand nous achetons les marchandises, c’est y compris le transport et le dédouanement. C’est eux qui dédouanent pour emmener la marchandise. Quand l’argent ne suffit pas, ils nous appellent pour que l’on complète la somme », explique-t-il. Mais, après le chargement, les nouvelles tardent à venir. Quatre jours passent sans qu’il puisse joindre le chauffeur. Il contacte alors son petit frère, qui lui demande de patienter. C’est finalement au cours d’un appel, un samedi vers 1 heure du matin, que le chauffeur l’informe depuis Cinkansé que la douane a intercepté le camion. « C’est en voulant comprendre qu’il m’a dit que c’est avec du clinker qu’il a mis la boisson. C’est en ce moment que j’ai eu peur ! », raconte Athanase Wango. Le commerçant affirme ne pas avoir été informé de la dissimulation des boissons sous le clinker. Il dit avoir découvert le procédé après l’interception du véhicule et assure ne connaître ni le chauffeur ni les responsables de l’opération de transport. « Je suis conscient que c’est une pratique frauduleuse, mais j’ai été piégé. Ce sont les gens de là-bas qui m’ont mis dans cette situation. Je demande pardon, car je suis en tort, mais ce sont les transporteurs qui ont bouffé mon argent et m’ont mis dans ce pétrin », soutient-il. Athanase Wango reconnaît néanmoins sa responsabilité dans le choix des personnes auxquelles il a confié sa marchandise et appelle les commerçants à davantage de prudence. « Quand tu ne te déplaces pas, il faut vraiment faire attention pour ne pas enfreindre la loi », conseille-t-il.

Le chauffeur Ali, lui, avance une autre explication. Il affirme avoir accepté de participer à cette opération en raison de difficultés financières liées à son mariage. Endetté après avoir contracté plusieurs prêts, il dit avoir subi la pression de ses créanciers et avoir vu dans la proposition qui lui a été faite un moyen de faire face à ses obligations. « J’avais un mariage à organiser. À un mois et demi de mon mariage, j’ai demandé un prêt de 200 000 francs CFA et d’autres sommes à d’autres personnes. Le mariage a été célébré, mais je n’arrivais pas à payer après et c’était compliqué », explique-t-il.

« En voulant l’argent pour résoudre un petit problème, je me suis mis dans un gros problème », reconnaît le chauffeur Ali face au DG des douanes

C’est dans ce contexte qu’il aurait accepté la somme de 100 000 francs CFA proposée pour faire passer les boissons. Il affirme que la personne ayant chargé les produits lui avait indiqué qu’ils seraient dissimulés dans le clinker et que les opérations avaient été organisées par d’autres personnes. « Dans ma tête, comme ce n’est pas de l’alcool, ce n’est pas trop grave », déclare-t-il, reconnaissant ainsi avoir minimisé la portée de l’acte auquel il prenait part. Le chauffeur assure ne pas connaître Athanase Wango et indique n’avoir pris contact avec lui qu’une seule fois, après l’interception du camion à Cinkansé. Aujourd’hui confronté aux conséquences de cette décision, il appelle ses collègues à ne pas céder à des propositions similaires, quelles que soient leurs difficultés financières.

« Peu importe la raison, il ne faut pas accepter de transporter n’importe quoi. En voulant l’argent pour résoudre un petit problème, je me suis mis dans un gros problème », prévient-il.

A lire : Douanes : 60 millions de francs CFA en faux billets et des produits prohibés saisis dans un bus à Tenkodogo

Du coté des douanes, le message est sans ambiguïté : les opérateurs économiques, les importateurs et les transporteurs doivent s’assurer de la régularité des opérations qu’ils confient à des tiers. « Nous lançons un appel à l’endroit des transporteurs, des opérateurs économiques, des importateurs, de toujours s’attacher aux services des professionnels au regard de leurs marchandises », a insisté le directeur général, le Dr Yves Kafando.

« Nous allons encore durcir le ton », Dr Yves Kafando

Face à ces produits, le directeur général des Douanes a dénoncé un mode opératoire qui, selon lui, tend à s’installer dans la durée. « Il nous a été donné de constater un courant de fraude. Il y a une forme un peu persistante », a déclaré le Dr Yves Kafando, soulignant que des pratiques similaires avaient déjà été relevées par les services douaniers.

Le Dr Yves Kafando a salué le travail des agents des douanes et annoncé un renforcement des mesures contre les pratiques frauduleuses

Le procédé consiste à dissimuler les marchandises sous une cargaison de clinker, une matière première destinée à la fabrication du ciment. « Nous avons constaté ce matin des moyens de transport transportant du clinker. C’est une matière première destinée à la fabrication du ciment où il a été enfoui de la boisson », a-t-il expliqué. Pour le Dr Yves Kafando, la répétition de ces pratiques appelle une réponse plus ferme. « Nous avons déjà interpellé des personnes dans ce type de pratiques. Malheureusement, cela persiste. Nous allons encore durcir le ton. Nous allons le durcir, comme je l’ai dit, pour que ce mode opératoire puisse définitivement disparaître de nos circuits », a-t-il prévenu.

Le Directeur général insiste sur le fait que les produits saisis ne relèvent pas uniquement d’une tentative de fraude commerciale. Leur entrée sur le territoire sans respect des procédures expose également l’État à des pertes de recettes, notamment lorsqu’il s’agit de marchandises assujetties aux prélèvements destinés au Fonds de soutien patriotique. « Nous étions face à des produits qui sont soumis au Fonds de soutien patriotique. Tout ce qui touche au Fonds de soutien patriotique est très important pour nous. Parce que ce que ce fonds apporte dans les actions de reconquête de notre territoire ne peut pas être quantifié », a-t-il affirmé.

L’enjeu est donc, selon lui, à la fois économique et patriotique. « Nous n’allons pas lésiner sur les moyens dont nous disposons pour démanteler ces pratiques », a-t-il insisté, tout en saluant le travail des agents ayant contribué à l’interception des camions. « C’est un travail formidable et gigantesque qu’ils ont mené », a déclaré le Dr Yves Kafando, appelant les services douaniers à maintenir leur vigilance et à renforcer les réseaux de renseignement nécessaires pour identifier les circuits de fraude.

Cette saisie ne constitue toutefois qu’une partie des résultats d’une opération plus vaste. Baptisée « opération Manya », celle-ci doit faire l’objet d’une présentation plus complète le mardi 20 octobre 2026. Le directeur général des douanes annonce que plusieurs stratégies et stratagèmes de fraude ont été démantelés.

Farida Thiombiano
Lefaso.net