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Consommer local : L’UEMOA veut transformer le marché régional en levier de souveraineté économique

samedi 3 octobre 2026.

 

La Commission de l’UEMOA a ouvert, ce vendredi 2 octobre 2026, la conférence publique de la 7ᵉ édition du « Mois d’octobre, Mois du Consommer local ». Placée sous le thème « Consommer local, facteur d’intégration régionale et de souveraineté économique de l’UEMOA face aux mutations du commerce mondial », la rencontre entend faire du marché communautaire un véritable moteur de production, de transformation et d’échanges.

Le « consommer local » change d’échelle. Dans l’espace UEMOA, il ne s’agit plus seulement de privilégier les produits fabriqués dans son propre pays, mais de considérer comme local tout produit originaire de l’un des huit États membres. C’est l’un des messages forts portés par le Pr Filiga Michel Sawadogo, commissaire chargé du Département du marché régional et de la coopération, à l’ouverture de la conférence publique.

Pour le Pr Filiga Michel Sawadogo, la souveraineté économique ne signifie pas l’autarcie. Elle consiste plutôt à renforcer les capacités productives de l’UEMOA, valoriser ses ressources et réduire les dépendances susceptibles de fragiliser la satisfaction de ses besoins essentiels. Les perturbations des chaînes d’approvisionnement mondiales illustrent cette nécessité.

« Depuis la fin du mois de février 2026, le conflit au Moyen-Orient et la fermeture du détroit d’Ormuz ont perturbé les livraisons mondiales de pétrole et de gaz », Pr Filiga Michel Sawadogo, commissaire chargé du Département du marché régional et de la coopération

Étant donné qu’environ un tiers des engrais échangés dans le monde transite par le détroit d’Ormuz, le conflit au Moyen-Orient risque de renchérir le coût des intrants agricoles pour les producteurs de l’union, explique le Pr Filiga Michel Sawadogo. Cette situation pourrait également se traduire par une hausse des prix des produits alimentaires et de l’énergie pour les ménages. Face à ces risques, elle dispose toutefois souligne-t-il, d’atouts, notamment ses ressources en phosphates au Togo et au Sénégal.

Selon le Pr Filiga Sawadogo, la Commission de l’UEMOA a d’ailleurs inscrit la filière engrais-phosphate parmi les trois filières prioritaires de son Plan stratégique Impact 2030, aux côtés du coton-textile et du riz. La question est donc moins celle de l’existence des ressources que de la capacité à les transformer et à les distribuer à l’échelle régionale. C’est précisément l’ambition portée par le Plan stratégique Impact 2030, qui identifie notamment les filières engrais-phosphate, coton-textile et riz comme prioritaires.

Des participants à la conférence publique dans le cadre de la 7e du « Mois d’octobre, Mois du Consommer local »

Un marché de 152 millions de consommateurs à mieux exploiter

L’intégration régionale apparaît, dans cette perspective, comme un instrument essentiel. Avec environ 152 millions d’habitants, l’UEMOA dispose d’un marché dont le potentiel reste à davantage exploiter. Pourtant, les échanges commerciaux entre les huit États membres n’ont représenté en moyenne que 13,1% du commerce total de marchandises sur la période 2022-2024, et 12,6% en 2024, selon les données de surveillance commerciale de la commission révélées par le Pr Filiga Sawadogo.

Le défi est donc de mieux faire circuler les produits originaires de l’union et de développer des chaînes de valeur capables de connecter les économies nationales. Le coton produit au Bénin, au Burkina Faso, en Côte d’Ivoire et au Mali peut ainsi alimenter une industrie textile régionale, tandis que les phosphates du Togo et du Sénégal peuvent contribuer aux besoins agricoles de l’ensemble de l’espace communautaire.

Pour justement aborder les enjeux de la consommation locale dans l’espace communautaire, une communication inaugurale a été présentée par Dr Boukary Sawadogo, économiste-financier et expert en climat des affaires. Il a ouvert les échanges autour du thème central de cette 7ᵉ édition. À ses côtés, plusieurs autres experts et responsables de la Commission de l’UEMOA ont apporté leur éclairage, parmi lesquels Khady Evelyne Denise N’Diaye, directrice du secteur privé, venue notamment évoquer les leviers de l’industrialisation régionale et le développement de chaînes de valeur compétitives. Les interventions ont ainsi permis de croiser les perspectives sur les conditions à réunir pour renforcer la production, la transformation et la consommation des biens et services originaires de l’espace.

« Pour rendre les produits locaux accessibles sur le marché de l’espace UEMOA, chaque pays pourrait se spécialiser dans un domaine bien précis », Dr Boukary Sawadogo, économiste-financier et expert en climat des affaires

Dans cette dynamique, le « Consommer local » devient un levier économique. En créant des débouchés, la demande stimule la production, encourage l’investissement et donne aux entreprises davantage de visibilité pour accroître leurs capacités de transformation.

La qualité, condition de la fidélisation du consommateur

Mais l’origine d’un produit ne saurait suffire à convaincre durablement les consommateurs. Le commissaire a insisté sur une exigence essentielle : le produit local doit être disponible, accessible, sûr et compétitif. Qualité, conditionnement, régularité de l’offre, conformité aux normes et prix deviennent ainsi des facteurs déterminants. Le patriotisme économique ne peut se substituer à la compétitivité.

La conférence entend précisément explorer ces différents leviers. Les échanges portent notamment sur l’industrialisation régionale, les chaînes de valeur, la qualité et la normalisation, ainsi que sur le rôle du numérique dans la promotion et la consommation des produits locaux.

La 7ᵉ édition du « Mois d’octobre, Mois du Consommer local » entend ainsi dépasser la seule sensibilisation. Les recommandations issues de la conférence doivent contribuer à alimenter l’évaluation à mi-parcours de l’initiative, engagée depuis juin 2026, et à éclairer les décisions publiques. L’enjeu est clairement posé : faire du consommateur un acteur de l’intégration régionale et du marché communautaire un espace où les entreprises de l’UEMOA peuvent produire, transformer, vendre et se développer.

« Au niveau de l’UEMOA, 90% du secteur privé sont des PME. Il faut donc qu’on puisse aller sur la voie de l’industrialisation qui est celle du développement économique », Khady Evelyne Denise N’Diaye, directrice du secteur privé à la commission de l’UEMOA

Dans un commerce mondial marqué par de nouvelles barrières et des chaînes d’approvisionnement plus vulnérables, le message de la commission se résume en une ambition. Celle de produire et échanger davantage entre États membres pour renforcer la capacité de l’UEMOA à choisir ses partenaires et à maîtriser davantage son développement économique.

Instituée en 2019 par les ministres chargés du commerce, l’initiative vise à accroître l’offre, la demande et la consommation des biens et services produits dans l’espace communautaire. Pour cette 7ᵉ édition, la réflexion s’élargit à un enjeu devenu central : la souveraineté économique dans un environnement commercial mondial en pleine mutation.

Hamed Nanéma
Lefaso.net