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Les 100 Visages du Burkina Digital : Frédéric Drabo, de la justice numérique à la modernisation de l’État

jeudi 1er octobre 2026.

 

À 16 jours de l’ouverture de Le Faso Digital 2026, nous poursuivons notre série consacrée aux femmes et aux hommes qui construisent le Burkina numérique. Aujourd’hui, nous mettons à l’honneur Dr Frédéric Drabo, expert en technologies de l’information, spécialiste de la transformation digitale et directeur général de DIGITAL COGITO, dont le parcours, des grandes entreprises technologiques françaises à la Cour de justice de la CEDEAO, puis aux projets de modernisation de l’administration burkinabè, illustre une conviction : la technologie prend tout son sens lorsqu’elle transforme durablement le fonctionnement des institutions.

Un dossier judiciaire traverse plusieurs bureaux. Des documents sont échangés. Des audiences sont programmées. Des avocats doivent accéder aux informations. Des magistrats examinent les pièces. Des agents administratifs assurent le suivi. Pendant longtemps, une grande partie de ces opérations a reposé sur le papier, les déplacements physiques et des procédures manuelles.

Mais que se passe-t-il lorsqu’une institution judiciaire décide de faire entrer l’ensemble de ce processus dans l’ère numérique ? Comment dématérialiser les dossiers sans compromettre leur confidentialité ? Comment former les utilisateurs ? Comment garantir la continuité des services ? Et surtout, comment faire en sorte que la technologie améliore réellement le fonctionnement de l’institution ?

Pendant douze ans, ces questions ont fait partie du quotidien professionnel de Frédéric Drabo à la Cour de justice de la CEDEAO. Elles constituent aujourd’hui l’un des fondements de son expertise en transformation digitale.

Des premières lignes de code aux systèmes d’information

Le parcours de Frédéric Drabo commence par une formation internationale. Après son baccalauréat scientifique obtenu en 2000, il poursuit des études aux États-Unis, notamment à Atlanta Tech ou il se forme à l’anglais académique et début un cursus en Systèmes d’information. Il poursuit ce parcourt au GwinnettTechnical College, où il se forme à la programmation Java,au développement informatique et obtient l’équivalent d’un Diplôme Universitaire de Technologie en Systèmes d’Information en 2005.

Il poursuit ensuite son cursus en France. En 2006, il obtient une licence en informatique à l’Université de Limoges, puis une maîtrise en méthodes informatiques appliquées à la gestion des entreprises et un master en mathématiques, informatique et applications à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne.

Cette formation associe deux dimensions qui marqueront durablement sa carrière. D’un côté, la maîtrise des technologies informatiques. De l’autre, la compréhension des besoins de gestion des organisations. Car développer un logiciel ne consiste pas seulement à écrire du code. Il faut aussi comprendre le métier de ceux qui vont l’utiliser.

Chez Sagem, apprendre à développer pour l’industrie

En 2007, Frédéric Drabo rejoint Sagem Mobile, au sein du groupe Safran, comme développeur logiciel. Il participe à la conception de GESMAT, un outil destiné au suivi en temps réel des composants matériels pour l’équipe chargée des systèmes d’exploitation du département recherche et développement. Cette première expérience le confronte à un environnement industriel dans lequel les logiciels doivent répondre à des besoins opérationnels précis.

Un composant doit pouvoir être identifié. Son utilisation suivie. Les informations actualisées. Les équipes doivent disposer d’une vision fiable des ressources dont elles ont besoin. Dès ses débuts, Frédéric Drabo travaille donc sur un problème qui reviendra régulièrement dans son parcours : organiser l’information pour améliorer le fonctionnement d’une organisation.

Capgemini : découvrir les grands systèmes d’information

En 2008, il rejoint Capgemini, où il intervient d’abord dans les télécommunications. Il participe au projet Remus, lié au système d’information de la téléphonie mobile prépayée de Bouygues Telecom. L’année suivante, il intègre Capgemini Finance & Services et travaille comme consultant SAP sur le projet CHORUS, consacré à la digitalisation des processus de finances publiques en France. Son intervention concerne notamment le déploiement du système à la Trésorerie générale du Val-d’Oise.

Ces deux expériences lui permettent de découvrir des environnements informatiques de grande envergure. Dans les télécommunications, les systèmes doivent gérer des volumes importants d’opérations. Dans les finances publiques, ils doivent respecter des procédures particulièrement exigeantes. La technologie doit donc s’intégrer à des organisations complexes, où chaque changement peut concerner de nombreux utilisateurs. C’est une première rencontre avec les enjeux de transformation numérique à grande échelle.

2011 : rejoindre la Cour de justice de la CEDEAO

Après une expérience comme directeur des technologies de l’information au sein du groupe Excellor, Frédéric Drabo rejoint, en 2011, la Cour de justice de la CEDEAO, à Abuja, au Nigeria. Il y prend la tête de la division informatique. Il occupera cette fonction jusqu’en 2023. Douze années pendant lesquelles il supervise les programmes, projets et activités informatiques de cette institution judiciaire régionale.

Son périmètre de responsabilité est large. Gestion électronique des affaires judiciaires. Organisation des audiences en ligne. Intranet. Réseau local. Site Web officiel. Support technique. Formation des utilisateurs. Il ne s’agit plus simplement de développer une application ou d’administrer quelques équipements. Il faut piloter la transformation numérique d’une institution dont les activités concernent plusieurs États.

Quand la justice devient numérique

La dématérialisation des procédures judiciaires constitue l’une des expériences majeures de son parcours. À la Cour de justice de la CEDEAO, Frédéric Drabo supervise notamment la plateforme de gestion électronique des affaires judiciaires. Un tel système permet d’organiser les informations relatives aux dossiers, de faciliter leur suivi et de soutenir le travail des différents acteurs de la procédure.

Mais dans le domaine judiciaire, la transformation numérique comporte des exigences particulières. La confidentialité des informations. La traçabilité des opérations. La disponibilité des documents. La sécurité des accès. Et la capacité à conserver des informations fiables tout au long du traitement d’une affaire. Le défi est autant organisationnel que technologique. Il faut adapter les procédures, accompagner les utilisateurs et faire évoluer les pratiques professionnelles.

Les audiences en ligne : rapprocher la justice de ses utilisateurs

Parmi les systèmes dont il assure la supervision figure également la plateforme de gestion des audiences en ligne de la Cour. Cette dimension prend une importance particulière dans une institution régionale. Les magistrats, les avocats, les parties et les autres acteurs judiciaires peuvent être situés dans différents pays. Le numérique permet d’envisager de nouvelles formes d’organisation et de participation aux procédures.

Mais il impose également de nouvelles exigences. Qualité des communications. Disponibilité des systèmes. Protection des échanges. Assistance aux utilisateurs. Une audience numérique ne peut pas simplement dépendre d’une connexion Internet et d’un logiciel de visioconférence. Elle doit s’inscrire dans un dispositif institutionnel fiable. C’est cette articulation entre technologie et fonctionnement judiciaire que Frédéric Drabo apprend à maîtriser au fil des années.

Une thèse consacrée à la numérisation de la justice africaine

Cette expérience professionnelle devient également un objet de recherche. Frédéric Drabo poursuit un doctorat en technologie de l’information à l’Université Walden, aux États-Unis. Sa thèse, datée de 2021, porte sur la numérisation des procédures judiciaires dans les institutions judiciaires régionales et sous-régionales africaines.

Le sujet établit un lien direct entre son activité professionnelle et ses recherches universitaires. Comment les institutions judiciaires africaines peuvent-elles intégrer les technologies numériques dans leurs procédures ? Quels changements cela implique-t-il ? Comment accompagner les acteurs concernés ? La transformation digitale de la justice devient ainsi pour lui un domaine à la fois pratique et scientifique. Son parcours illustre une démarche dans laquelle l’expérience du terrain nourrit la réflexion académique, et inversement. Lire la suite