Soutenance de thèse de doctorat : Bély Hermann Abdoul-Karim Niangao désormais docteur en histoire du droit et des institutions
vendredi 25 septembre 2026.
Bély Hermann Abdoul-Karim Niangao a brillamment présenté et défendu sa thèse de doctorat, le jeudi 24 septembre 2026, devant un jury d’experts. La soutenance s’est déroulée par visioconférence à l’Université Joseph Ki-Zerbo (UJKZ) de Ouagadougou, devant le jury de l’université de Perpignan Via Domitia, en France. Au terme des échanges et des délibérations, le jury a jugé la thèse de bonne qualité et a adressé ses félicitations à l’impétrant, qui a ainsi obtenu le grade de docteur en histoire du droit et des institutions de l’université de Perpignan Via Domitia avec la mention « Très honorable ».
Directeur du patrimoine culturel au ministère de la Communication, de la culture, des arts et du tourisme, Bély Hermann Abdoul-Karim Niangao a consacré plusieurs années de recherche à une problématique située au croisement de l’histoire du droit, des institutions traditionnelles et de la sauvegarde du patrimoine culturel.
Intitulée « De la sauvegarde du patrimoine culturel par les chefferies traditionnelles à la construction du droit du patrimoine culturel au Burkina Faso », sa thèse s’intéresse à la place occupée par les chefferies traditionnelles dans les mécanismes de protection du patrimoine culturel et à leur prise en compte dans la construction progressive du droit du patrimoine culturel au Burkina Faso.
Dans sa présentation devant le jury, le nouveau docteur a expliqué que le choix de ce sujet trouve son origine dans son parcours professionnel. Après près de quinze années consacrées au domaine du patrimoine culturel, il dit avoir été amené à observer, au fil de ses activités et de ses travaux de documentation, la persistance de mécanismes traditionnels de gestion et de sauvegarde du patrimoine au sein des communautés.
Ces mécanismes, a-t-il relevé, continuent d’être portés dans une large mesure par les autorités traditionnelles. Cette observation de terrain a progressivement nourri sa curiosité scientifique et l’a conduit à s’intéresser au droit du patrimoine culturel en tant que champ disciplinaire. Son parcours professionnel et académique l’a notamment conduit à approfondir cette discipline et à inscrire sa réflexion dans une démarche de recherche en histoire du droit et des institutions.
La thèse est ainsi née de la volonté de mieux comprendre les rapports entre les mécanismes endogènes de protection du patrimoine culturel et les normes juridiques qui se sont progressivement développées au Burkina Faso.
Les chefferies traditionnelles au cœur de la problématique
Pour mener cette recherche, plusieurs disciplines ont été mobilisées, notamment l’histoire du droit, l’anthropologie juridique et le droit du patrimoine culturel. L’étude appréhende le patrimoine culturel dans une conception holistique, telle qu’elle est notamment portée par les communautés du Burkina Faso. L’impétrant a toutefois tenu à préciser les limites de son travail. Sa thèse ne constitue ni une ethnographie systématique de l’ensemble des sociétés du Burkina Faso, ni un inventaire exhaustif du patrimoine culturel sur l’ensemble du territoire national. Elle ne prétend pas davantage épuiser la question de la richesse des normes coutumières.
Cette délimitation lui a permis de concentrer son analyse sur les politiques culturelles et sur la place des mécanismes coutumiers et des chefferies traditionnelles dans la sauvegarde du patrimoine culturel et dans la construction du droit positif. La principale question de recherche posée par la thèse est de savoir si la construction du droit du patrimoine culturel au Burkina Faso a effectivement pris en compte les chefferies traditionnelles, alors que celles-ci ont historiquement assuré la sauvegarde du patrimoine culturel.
De cette interrogation découle l’hypothèse selon laquelle le droit du patrimoine culturel au Burkina Faso serait largement issu d’un héritage colonial qui s’est progressivement construit et développé en marginalisant les chefferies traditionnelles. Cette évolution aurait contribué à créer une rupture entre, d’une part, les mécanismes traditionnels de gestion et de sauvegarde du patrimoine culturel et, d’autre part, les dispositifs du droit positif progressivement mis en place.
Pour répondre à cette problématique, le travail a été organisé en deux grandes parties. La première, à dominante historique, analyse le rôle et les responsabilités historiques des chefferies traditionnelles dans la sauvegarde du patrimoine culturel. La seconde, davantage juridique, porte sur l’évolution du droit du patrimoine culturel, tout en accordant une attention particulière à la question des droits coutumiers.
Des mécanismes normatifs préexistants au droit positif
Parmi les principaux résultats présentés devant le jury, l’impétrant relève l’existence, au sein des sociétés précoloniales, de mécanismes normatifs et de règles coutumières qui encadraient la vie sociale avant l’avènement du droit positif moderne.
La recherche montre notamment que ces sociétés disposaient de normes et de mécanismes de régulation dont les chefs traditionnels étaient chargés de veiller à leur application. Ces autorités exerçaient ainsi des responsabilités qui ne se limitaient pas aux dimensions politiques ou sociales, mais concernaient également la protection et la transmission des éléments constitutifs du patrimoine culturel.
Bély Hermann Abdoul-Karim Niangao précise que dans les sociétés anciennes d’avant la colonisation, les différents domaines de la vie (économie, justice, social, etc.) n’étaient pas nécessairement séparés
La thèse confirme également, selon son auteur, que la sauvegarde et la gestion du patrimoine culturel relevaient historiquement de la responsabilité des chefferies traditionnelles. Elle met par ailleurs en évidence la conception holistique du patrimoine culturel telle qu’elle est appréhendée au sein des communautés.
Cette approche conduit à considérer le patrimoine culturel non pas uniquement à travers les biens matériels ou les monuments, mais également à travers les pratiques, les savoirs, les traditions, les valeurs et les mécanismes sociaux qui permettent leur transmission d’une génération à l’autre.
La place pour les normes coutumières dans le droit contemporain
Au-delà de la reconstitution historique, la thèse entend contribuer à la réflexion contemporaine sur la construction et l’évolution du droit du patrimoine culturel au Burkina Faso. Sur le plan académique, l’auteur estime que ses travaux peuvent contribuer à poser les fondements d’une réflexion sur l’évolution du droit du patrimoine culturel et sur la prise en compte des réalités juridiques et culturelles endogènes.
La recherche entend également alimenter le débat sur la gouvernance du patrimoine culturel, notamment dans le contexte actuel marqué par les réflexions relatives au statut et au rôle des chefferies traditionnelles au Burkina Faso.
La question de la reconnaissance des normes coutumières apparaît ainsi comme un enjeu important de la réflexion. La thèse ouvre notamment des perspectives en matière de recherche, d’identification et de documentation des normes coutumières susceptibles d’être considérées comme des expressions du patrimoine culturel immatériel.
Une réflexion ouverte sur la sauvegarde du patrimoine culturel
Au terme de ses travaux, Bély Hermann Abdoul-Karim Niangao appelle ainsi à approfondir les recherches sur les savoirs et pratiques juridiques endogènes et sur leur contribution potentielle aux politiques contemporaines de sauvegarde du patrimoine culturel. Cette perspective implique notamment une meilleure implication des chefferies traditionnelles dans les processus d’identification, de documentation, de transmission et de valorisation du patrimoine culturel.
Elle rejoint également une réflexion plus large sur l’évolution des politiques culturelles africaines et sur l’action normative de l’Union africaine, ainsi que sur la capacité des cadres juridiques nationaux à intégrer davantage les réalités historiques et culturelles propres aux sociétés du continent africain.
Un travail abouti malgré plusieurs contraintes
Dans sa présentation, le nouveau docteur a également évoqué les difficultés rencontrées au cours de son parcours de recherche. Elles ont notamment concerné la mobilité sur le terrain, l’accès à certaines ressources documentaires et les contraintes liées à ses responsabilités professionnelles. Malgré ces difficultés, il est parvenu à conduire son travail jusqu’à son aboutissement et à le soumettre à l’appréciation du jury.
S’adressant aux membres du jury, il a d’ailleurs exprimé sa disponibilité à prendre en compte leurs observations, critiques et recommandations afin de poursuivre l’amélioration de son travail scientifique.
Au terme de la présentation de la thèse et des échanges avec l’impétrant, le jury a porté une appréciation favorable sur la qualité du travail présenté et lui a adressé ses félicitations. Cette soutenance vient ainsi couronner plusieurs années de recherche consacrées à une question à la fois historique, juridique et culturelle : celle de la place des chefferies traditionnelles et des mécanismes coutumiers dans la sauvegarde du patrimoine culturel et leur place dans la construction du droit du patrimoine culturel au Burkina Faso.
Avec l’obtention du grade de docteur en histoire du droit et des institutions de l’université de Perpignan Via Domitia, Bély Hermann Abdoul-Karim Niangao apporte une contribution scientifique à la réflexion sur l’articulation entre droit positif, normes coutumières, institutions traditionnelles et politiques de sauvegarde du patrimoine culturel au Burkina Faso. Il a été encouragé à publier sa thèse.