
De plongeur en restauration à expert-comptable aux États-Unis : L’itinéraire hors norme du Burkinabè Ben Youssouf KoussoubéArrivé aux États-Unis en 2011 avec des ambitions et le rêve de son père, Ben Youssouf Koussoubé est d’abord confronté à la dure réalité de l’immigration : petits boulots, longues journées de travail et solitude. De plongeur et livreur de pizzas, il gravit progressivement les échelons grâce à l’éducation, au travail et à la discipline. Expert-comptable et spécialiste de l’audit des systèmes informatiques, il a travaillé notamment pour Ernst & Young, Guidehouse, les Nations unies ainsi que dans l’environnement du Pentagone et du gouvernement fédéral américain. Aujourd’hui entrepreneur, il entend faire de son parcours un pont entre les États-Unis et le Burkina Faso. Lorsqu’il pose ses valises à New York en 2011, Ben Youssouf Koussoubé, le fils de Ouéllé dans le Sourou, était loin d’imaginer ce que l’avenir lui réserve. Derrière le rêve américain qu’il nourrit depuis 1998, à la suite du départ de son oncle aux États-Unis, se cache une réalité autrement plus rude : trouver un toit, multiplier les petits boulots et tenir malgré la fatigue. À son arrivée, son tuteur, censé l’héberger, ne répond pas à ses appels. Un compatriote lui ouvre finalement sa porte pour une nuit et l’aide, dès le lendemain, à trouver une chambre qu’il partage avec trois autres Burkinabè. « D’aucuns disaient que notre chambre ressemblait à une chambre de Yalgado », se souvient-il. Ben Youssouf Koussoubé devient plongeur (laveur de plats) dans un restaurant, livreur de pizzas et vendeur de journaux. Certaines journées commencent à 10 heures pour une livraison et se poursuivent jusqu’à trois heures du matin dans un restaurant, où il lave les plats. Il cumule parfois deux ou trois emplois pour subvenir à ses besoins. La fatigue finit par avoir raison de lui. Un jour, après seulement deux semaines, il appelle sa mère et lui annonce son intention de rentrer au Burkina Faso. Mais il se ravise et décide d’analyser froidement sa situation. Sa mère, sage-femme d’État, a également profondément marqué son parcours. À travers son dévouement envers les femmes et les familles de sa communauté, elle lui a transmis le sens du service et cette conviction que les compétences acquises prennent encore davantage de valeur lorsqu’elles sont mises au service des autres. Retour à l’école En janvier 2013, il quitte New York pour Cincinnati, dans l’Ohio, où il décide de placer les études au centre de son projet. Tout en travaillant à temps plein, Ben Koussoubé poursuit ses études et obtient plusieurs bourses et distinctions académiques. Son parcours universitaire lui ouvre également les portes de plusieurs grandes institutions et cabinets, avec notamment des opportunités auprès de JPMorgan, Deloitte et Ernst & Young. Sur les conseils de son mentor, il choisit Ernst & Young (EY). Son stage chez EY débouche sur une offre d’emploi à temps plein, qu’il reçoit près d’un an avant l’obtention de son diplôme. Une étape importante : avant même d’avoir terminé ses études, le jeune homme qui faisait quelques années auparavant la plonge à New York avait déjà sécurisé son entrée dans l’un des quatre grands cabinets internationaux d’audit et de conseil. Il poursuit néanmoins ses études avec la même détermination. Il décroche son Bachelor en comptabilité en trois ans et termine major de sa promotion en 2016. Il complète ensuite son parcours avec un MBA et la certification CISA, une expertise dans l’audit et le contrôle des systèmes d’information. Pour lui, ces étapes prennent une dimension particulière lorsqu’il repense au jeune immigrant qui, quelques années auparavant, galérait pour maintenir la tête hors de l’eau. Le passage au Pentagone Son arrivée dans l’environnement du Pentagone constitue, à ce titre, un moment symbolique. En franchissant pour la première fois ses portes dans un cadre professionnel, il repense au jeune homme qui, quelques années auparavant, lavait des assiettes, livrait des pizzas et vendait des journaux à New York. « Il y avait forcément de l’émotion. Je repensais à ce jeune homme que j’étais quand je suis arrivé en 2011 aux États-Unis, qui lavais les plats, vendais des journaux et livrait des pizzas », a-t-il expliqué. L’émotion, cependant, laisse rapidement place à la responsabilité. Il n’est plus question de prouver qu’il peut simplement trouver sa place. Il doit désormais démontrer la valeur de son expertise. À travers ses différentes entreprises, notamment dans l’audit, la construction, l’ingénierie et l’import-export, il cherche à créer des passerelles entre les États-Unis et le Burkina Faso. Et lorsqu’il s’adresse à la jeunesse africaine, son message est loin d’être une invitation systématique à l’émigration. Les États-Unis lui ont certes offert des opportunités, mais il rappelle volontiers le prix qu’il a fallu payer pour les saisir. Pour Ben Youssouf Koussoubé, on ne devrait pas faire de l’immigration un projet. De Ouéllé, dans le Sourou, aux grandes institutions américaines, son histoire est finalement celle d’un homme qui a refusé de laisser ses premières difficultés définir son avenir. Une histoire de rêve, certes, mais surtout de travail, de formation, de discipline et de persévérance. Vie entrepreneuriale de Ben L’entrepreneuriat constitue également un fil conducteur de son parcours. Pendant ses études aux États-Unis, Ben commence notamment à envoyer des véhicules d’occasion au Burkina Faso pour les revendre. Plus tard, il crée BK Logistics and Consulting, qui intervient notamment dans le transport de clinker pour des cimenteries au Burkina Faso. L’entreprise finit par faire faillite. Une expérience qu’il ne cherche pas à cacher : « Une entreprise peut échouer sans que l’entrepreneur soit lui-même un échec. Il faut assumer, apprendre, corriger et recommencer. » Aujourd’hui, il développe plusieurs initiatives, notamment BINTAK CPA & Associates, BINTAK Trading LLC, BINTAK Construction & Engineering et Prestige USA Ouaga. Serge Ika Ki Vos réactions (1) |