
Comment s’adapter aux effets des changements climatiques dans la commune rurale de Koumbia au Burkina FasoRésumé Mots clés : pastoralisme, pâturages, eau, acteurs, Burkina Faso Introduction En Afrique de l’Ouest, on assiste ces dernières décennies à une dégradation accélérée de ses ressources naturelles (N Brou, 2011 ; M Ouédraogo ; 2012. S Kiéma et al.,2015a). Au Burkina Faso, les changements climatiques se manifestent par une amplification des phénomènes météorologiques extrêmes àsavoir : sécheresses et inondations récurrentes ; érosion hydrique et éolienne ; hausse des températures et pollution de l’air. Ces facteurs menacent le secteur agricole qui est de plus en plus confronté à la réduction des ressources en eau, et à la baisse de la productivité des cultures vivrières et fourragères ainsi que des parcours ( F Kanao, 2012 ; N Zampalégré et al., 2013 ; N Kabore et al., 2019 ; FAO, 2019). Mais, l’élevage a une position complexe dans le phénomène climatique car il est aussi bien victime des effets des changements climatiques par la réduction des pâturages naturels et des eaux de surface disponibles ; acteur de ces changements climatiques à travers les émissions de GES et solution par ce qu’il contribue à la séquestration du carbone dans les sols à travers les effluents (déjections et urines) (GIEC, 2019). Pour faire face aux effets des changements climatiques, les acteurs ont développé des pratiques visant à maintenir la production agricole tout en optimisant les ressources disponibles. Les pratiques d’adaptation sont le produit d’un mélange entre les connaissances autochtones et allochtones, entre savoirs ancestraux et innovations scientifiques (N Zampalégré et al., 2013 ; N Yegbemey, 2014 ; S Kiéma et al.,2015b ; Y Idrissou et al., 2019 ; Y Idrissou et al., 2021). Mais il s’agit en majorité de pratiques individuelles alors que la réponse à la question de l’adaptation aux changements climatiques ne dépend pas seulement de la volonté d’un individu mais aussi de la société entière. En cela implique de développer de nouveaux modes et de nouvelles règles usage des ressources naturelles. D’où, nous postulons que la réponse à la question de l’adaptation aux changements climatiques doit s’intégrer dans un dispositif de gestion des ressources naturelles à l’échelle territoriale, afin de dépasser les objectifs de chaque individu. Pourtant, à l’échelle territoriale, la gestion des ressources pastorales implique divers acteurs aux profils socioéconomiques variés, aux perceptions et mode d’utilisation des ressources différents (M Blanchard et al., 2005 ; MA Diallo, 2009 ; M Koutou, 2010). De ce fait, à chaque niveau d’implication d’un acteur dans la gestion des ressources naturelles correspond des rapports spécifiques avec d’autres acteurs qui influencent l’ensemble du système de production agropastorale. Au regard du contexte actuel de décentralisation, il est important de définir les organisations territoriales à finalité socio-économique et environnementale qui coordonnent et prennent en charge la gestion des ressources pastorales. Cette définition revêt davantage d’intérêt lorsque que l’on se positionne sous l’angle des pratiques pastorales climato intelligentes. En effet, une bonne caractérisation des acteurs impliqués dans la gestion des ressources agropastorales et des interactions entre ces acteurs facilite l’identification, l’explicitation et l’exploration des pratiques agropastorales et socio-environnementales susceptibles d’atténuer les effets et les causes des changements climatiques. Cette contribution à l’identification des pratiques permettant d’atténuer les effets et les causes des changements climatiques dans le secteur pastoral est le fil rouge de cette étude. En effet, il est question de savoir quel système de gestion des ressources pastorales peut-on mettre en place dans le contexte des changements climatiques ? De façon spécifique (i) qui sont les principaux acteurs devant jouer un rôle décisif dans la gestion des ressources pastorales du territoire ? (ii) quelles sont les interactions en jeu dans la gestion des ressources pastorales à l’échelle du territoire ? Méthodologique Résultats Typologie des interactions en jeu dans la gouvernance des ressources pastorales Il s’agit des relations de coopération existantes entre les différents membres des groupements à travers l’entraide mutuelle d’une part et entre les centres de recherches, ONG et les bénéficiaires à travers des appuis techniques et financiers autour des projets de recherche développement. Les relations commerciales : elles correspondent aux acteurs qui entretiennent les transactions commerciales à travers le commerce des produits animaux. les relations administratives liant l’administration communale et les services rattachés, les services déconcentrés. les relations de médiation à travers les CVD qui jouent le rôle d’intermédiaire entre la mairie et la population et entre la population et les autorités coutumières. Toutefois, l’utilisation des ressources naturelles à vocation pastorale montre des relations à tendance conflictuelle entre éleveurs-agriculteur-poste forestier-Mairie. A l’examen de ces relations, ce sont les éleveurs qui sont d’abord en relations conflictuelles avec les agricultures à cause des difficultés d’accès aux pâturages et aux points d’eau, occupés par les champs de culture en saison des pluies. Ensuite, ces éleveurs sont en relation conflictuelle avec les services forestiers à cause des interdits d’accès aux pâturages dans les forêts classées, qui demeurent les seuls refuges des éleveurs en toute saison. Enfin, ces éleveurs sont en relation conflictuelle avec la mairie qui garde les troupeaux saisis en fourrière payante. Discussion Par ailleurs, il faut noter que les éleveurs sont impliqués dans les trois types de conflits. Mais chaque conflit dispose de sa propre politique publique de gestion. En effet, les conflits éleveurs agriculteurs résultant des dégâts de culture sont gérés à la Préfecture avec le concours des leaders traditionnels et à l’amiable en contrepartie d’une compensation financière décidée de concert avec les deux parties en conflit dans la majorité des cas. Par contre, la gestion des éleveurs-forestiers et éleveurs-Mairie est soumise au paiement d’une amende obligatoire de 1000 F CFA/tête de bétail et de 500 F CFA/ Tête de bétail, fixée respectivement par le code de l’environnement et le conseil municipal de Koumbia. En outre, il faut souligner que les conflits d’usage des ressources naturelles sont pris en charge par des structures publiques instituées par la loi O34 portant sur le foncier rural au Burkina Faso. Ce sont la Commission Foncière Villageoise (CFV) et la Commission de Conciliation Foncière Villageoise (CCFV) qui ont été mises en place par la mairie, autorité municipale de gestion des ressources naturelles. Mais la CFV et la CCFV ne sont pas fonctionnelles à Koumbia, bien que les bureaux aient été installés par conflit de leadership entre le chef du village et le chef de terre. A ces deux structures dédiées, il faut ajouter le Conseil villageois de développement (CVD) qui s’occupe des questions la mobilisation de la population pour le développement communal et servant de relais d’information entre la population et le conseil municipal. Toutefois, les membres du CVD évoquent une asymétrie d’information au niveau de la Mairie qui ne les implique pas pleinement dans la gestion des conflits. Par exemple, le CVD est sensé détenir la clé de la fourrière afin qu’au terme d’un règlement amiable d’un conflit agriculteur-éleveur par le CCFV, ils puissent aviser la mairie et procéder à la libération des animaux enfermés. Mais ce n’est pas cas car ils ne sont impliqués que lorsque le conflit n’arrive pas à être solutionné à la mairie. Les plaignants s’adressent alors au CVD qui à son tour porte l’affaire auprès du Chef du village. Parfois les plaignants s’adressent directement au chef de Terre qui porte cela auprès du chef du village. Ce n’est que pour le règlement que le CVD est convié. Un autre dysfonctionnement est au sein même du bureau CVD. Les membres se plaignent de la non appropriation pleine de leurs charges afin d’être plus efficaces dans leur contribution au développement du village. Enfin, faut observer que les relations de coopérations peuvent devenir conflictuelles, de même que les rapports administratifs. Par exemple durant les constats de dégâts liés à la transhumance des animaux ou à l’accès aux berges, les représentants des services déconcentrés peuvent subir des dommages corporels. C’est la raison pour laquelle aucun constat ne se fait avant obtention d’une réquisition de la préfecture qui conditionne l’escorte sur les lieux du conflit. De même, la commune de Koumbia dispose d’une charte foncière (S M Karambiri, 2018) qui a été élaborée de manière participative. Mais les agriculteurs comme les éleveurs se plaignent de la non prise en compte des textes de la charte d’oût le non-respect de cette charte dont le bilan est mitigé. En effet, cette charte peine à être efficace car les acteurs qui utilisent ces ressources d’utilisation commune n’ont pas la gestion de ces ressources comme principal objectif mais plutôt leurs intérêts personnels. Cette divergence d’objectifs est d’ailleurs à l’origine de la reprise des terres autrefois allouées par leurs propriétaires à des fins pastorales ou encore de la réduction drastique des pistes à bétail jadis délimitées grâce à ladite charte (S M Karambiri, 2018). Conclusion En définitive, une diversité d’acteurs sont compose le système de gestion des ressources naturelles à vocation pastorales dans la commune rurale de Koumbia. Ce sont des acteurs étatiques, municipaux, coutumiers et des organisations de la population qui interagissent autour de l’accès aux forêts classées, aux collines, aux champs et aux points d’eau nécessaires à l’adaptation des éleveurs aux effets des changements climatiques. Mais dans la majorité des cas, les interactions sont à tendance conflictuelle entre éleveurs-agriculteurs ; éleveurs-forestiers et éleveurs-Mairie. Si, les conflits éleveurs-agriculteurs sont connus et documentés depuis belle lurette, notre étude met en exergue des éleveurs-forestiers autour l’accès aux forêts et éleveurs-Mairie autour de la gestion de la fourrière sont récent et peu documentés dans la littérature. Bien que l’éleveur soit impliqué dans tous ces conflits, il faut noter que chaque conflit dispose de sa propre politique publique de gestion. De plus, si la loi donne aux collectivités territoriales les prérogatives pour gérer les ressources de leur territoire, nous notons qu’à Koumbia, les règles de la municipalité relatives à la gestion des ressources pastorales demeurent inopérantes. En conséquence, les conflits sont davantage gérés par les chefs coutumiers, en particulier les chefs de terres. Afin de réduire les conflits liés à l’usage des ressources naturelles nous suggérons, il est impératif pour le conseil municipal de vulgariser et appliquer les dispositions de la charte foncière Dabiré Der (USPAE/CIRDES), Fayama Tionyélé (CNRST/INERA), Ouiminga Idrissa (UTS/CEDRES), Sondé T. Larissa (UTS/CEDRES), Berre David (CIRAD), Toé Patrice (UNB)/IDR/ LERE-DES) Références bibliographiques Blanchard, M., Vall, E., & César, J. (2005). Diagnostic agropastoral de Koumbia (p. 53). CIRAD. FAO. (2019). L’action de la FAO face au changement climatique | Enhanced Reader. Conférence des Nations Unies sur le changement climatique. moz-extension ://4b66a232-5adf 48ae-abb3-a4e801049a42/enhanced reader.html ?openApp&pdf, Le rapport spécial du GIEC sur le changement climatique et les terres émergées : Quels impacts pour l’Afrique ? 40. Idrissou, Y. (2021). Approches de modélisation des stratégies d’adaptation des pasteurs et agro-pasteurs face au changement climatique. 12 Kabore, P. N., Barbier, B., Ouoba, P., Kiema, A., Some, L., & Ouedraogo, A. (2019). Perceptions du changement climatique, impacts environnementaux et stratégies endogènes d’adaptation par les producteurs du Centre-nord du Burkina Faso. VertigO, Volume 19 Numéro 1. https://doi.org/10.4000/vertigo.24637 Karambiri, S. (2018). La gouvernance territoriale par les chartes foncières locales dans la région des hauts bassins / burkina faso. Université Paul Valéry- Montpellier III. Kima, S. A., Zampaligre, N., Kiema, A., & Sule, L. (2015). Adapting to the impacts of climate change in the sub-humid zone of Burkina Faso, West Africa : Perceptions of agro-pastoralists. Yegbemey, R. N., Yabi, J. A., Boris, G., & Paraïso, A. (2014). Simultaneous modelling of the perception of and adaptation to climate change : The case of the maize producers in northern Benin. Cahiers Agricultures, 23(3), 177 187. https://doi.org/10.1684/agr.2014.0697 Ce document de vulgarisation est tiré de l’article suivant : Dabiré Der, Fayama Tionyélé, Ouiminga Idrissa, Sondé T Larissa, Berre David, Toé Patrice typologie des interactions enjeu dans la gouvernance des ressources pastorales pour s’adapter aux effets des changements climatiques dans la commune rurale de Koumbia au Burkina Faso :entre hiérarchie, médiation, coopération et conflit. Revue Internationale DAMBE | ISSN : 1987-1996 | Volume 2, Numéro 2 | Juin 2026 p. 264-273 |