Retour au format normal
lefaso.net

Programme électronucléaire de l’AES : Dr Karim Kaboré plaide pour une synergie fondée sur la complémentarité des États

vendredi 18 septembre 2026.

 

Comment coordonner les programmes électronucléaires du Burkina Faso, du Mali et du Niger tout en préservant les responsabilités souveraines de chaque État ? C’est l’une des principales questions soulevées par Dr Karim Kaboré, de l’Agence burkinabè de l’énergie atomique, lors d’un panel consacré au développement des programmes électronucléaires des États de l’Alliance des États du Sahel (AES). C’était à l’occasion de la 8e Semaine des activités minières d’Afrique de l’Ouest (SAMAO) couplée à la 1ʳᵉ édition de la Semaine de l’énergie, des mines et des hydrocarbures de l’AES (SEMH-AES).

La communication du Dr Karim Kaboré était placée sous le thème « Pilotage du programme au sein de l’AES : quelle synergie d’actions ? » Elle a eu lieu dans le cadre de la Semaine des activités minières d’Afrique de l’Ouest 2026, organisée du 14 au 19 septembre 2026 autour du grand thème : « Développement des programmes électronucléaires : enjeux et perspectives pour les États de l’AES ».

Pour Dr Kaboré, la construction d’une dynamique commune ne doit pas nécessairement conduire à la création d’une structure unique chargée de piloter l’ensemble des programmes électronucléaires des trois pays. Il préconise plutôt une approche progressive, allant des responsabilités nationales vers une capacité de coordination et de mutualisation à l’échelle de l’AES. La démarche proposée repose d’abord sur la consolidation des dispositifs nationaux. Chaque État doit, selon l’expert burkinabè, disposer d’une gouvernance électronucléaire solide, d’un cadre juridique cohérent et d’une réglementation claire, notamment en matière de sûreté et de radioprotection.

« Le programme électronucléaire est avant tout une responsabilité nationale », souligne en substance Dr Kaboré. Les décisions publiques, la réglementation et la sûreté relèvent en effet de la compétence de chaque État. Une gouvernance totalement centralisée à l’échelle des trois pays pourrait donc se heurter à cette réalité institutionnelle.

Au Burkina Faso, cette architecture repose notamment sur l’Agence burkinabè de l’énergie atomique, chargée de la coordination, de la promotion des technologies nucléaires et du processus de mise en œuvre. À ses côtés, le comité de mise en œuvre du programme électronucléaire définit les contours du programme, tandis que l’autorité chargée de la radioprotection et de la sûreté nucléaire intervient dans le domaine de la réglementation. Pour l’expert burkinabè, cette organisation nationale constitue un socle à partir duquel peut être construite une coopération entre les trois États.

À l’échelle de l’AES, l’enjeu serait donc moins d’uniformiser immédiatement les dispositifs nationaux que de créer des interfaces permettant leur interopérabilité. Dans cette perspective, le communicateur propose, dans un premier temps, la conclusion de mémorandums entre les États afin de faciliter la coopération. Ces instruments pourraient notamment contribuer à rapprocher progressivement les cadres juridiques, douaniers et technologiques, sans chercher à imposer d’emblée un cadre réglementaire unique aux trois pays. L’architecture institutionnelle avancée prévoit également plusieurs niveaux de coordination. Au niveau politique, une déclaration conjointe des trois États pourrait fixer les grandes ambitions. Une décision du Conseil des ministres permettrait ensuite de traduire ces orientations en directives communes.

Au niveau opérationnel, les différentes structures nationales seraient appelées à se rencontrer régulièrement. L’objectif serait de créer une véritable interface entre les dispositifs nationaux, tout en maintenant les prérogatives de chaque pays. Dans ce schéma, le conseil définirait les orientations communes, les organes de mise en œuvre les transformeraient en plans d’action, tandis que des groupes techniques travailleraient sur les principales interfaces : sûreté, compétences, technologies et infrastructures.

Dr Karim Kaboré

Selon lui, la mutualisation apparaît comme l’un des leviers les plus immédiatement accessibles. Plutôt que de commencer par des investissements lourds dans des infrastructures communes, Dr Kaboré suggère de mettre en commun ce que les trois pays possèdent déjà en matière de compétences, d’expertise et d’expérience. La première étape consisterait ainsi à établir une cartographie des compétences nucléaires disponibles au Burkina Faso, au Mali et au Niger. Cette connaissance des ressources humaines et techniques permettrait ensuite d’organiser des visites techniques, des missions d’experts, des échanges scientifiques et le partage de solutions technologiques.

Les retours d’expérience constitueraient également un outil important de cette coopération. Pour le conférencier, cette démarche permettrait de valoriser rapidement les capacités existantes et de favoriser progressivement une véritable interopérabilité entre les acteurs nationaux.

La coopération envisagée doit toutefois tenir compte d’une réalité : les trois États n’avancent pas au même rythme dans leurs programmes électronucléaires. Dr Karim Kaboré relève notamment que le Niger dispose d’un programme plus avancé, tandis que le Burkina Faso a engagé la structuration de son dispositif et que le Mali se trouve dans une phase de lancement de son programme électronucléaire.

Cette différence de maturité n’est pas nécessairement un obstacle à la coopération. Elle pourrait au contraire permettre aux trois pays d’identifier leurs atouts respectifs et de construire une division complémentaire des efforts. L’approche proposée consiste donc à déterminer, pour chaque pays, les capacités disponibles, les domaines dans lesquels il peut apporter son expertise et ceux dans lesquels il pourrait bénéficier de l’expérience des autres États.

Une coopération internationale à intégrer dans la démarche

La coopération entre les États de l’AES ne devrait par ailleurs pas se développer en vase clos. Dr Kaboré insiste sur l’importance de la coopération internationale, notamment pour bénéficier de l’expérience acquise par d’autres pays et faciliter le transfert de technologies et de compétences. Cette dimension internationale pourrait accompagner la montée en puissance des capacités nationales et régionales, tout en contribuant à la formation des ressources humaines nécessaires au développement des programmes électronucléaires.

Pour parvenir à cette synergie, le conférencier préconise une démarche progressive articulée autour du court, du moyen et du long terme. À court terme, l’accent pourrait être mis sur la coordination institutionnelle, la cartographie des compétences, les échanges d’experts, les visites techniques et le partage des retours d’expérience. À moyen terme, les trois États pourraient approfondir l’interopérabilité de leurs cadres juridiques, douaniers et technologiques et développer des mécanismes de coopération plus structurés. À long terme, cette dynamique pourrait déboucher sur une mutualisation plus poussée des efforts, des compétences et, lorsque cela sera pertinent, de certaines capacités ou infrastructures.

Au terme de sa communication, Dr Karim Kaboré a résumé sa vision autour de cinq axes. Premièrement, chaque État doit disposer d’une gouvernance électronucléaire solide et d’une réglementation claire et indépendante. Deuxièmement, l’AES doit mettre en place un mécanisme de coordination capable d’articuler efficacement les programmes nationaux.

Troisièmement, la mutualisation devrait commencer par les domaines où elle peut être rapidement opérationnelle : compétences, expériences, missions scientifiques et retours d’expérience. Quatrièmement, les trois pays doivent rechercher progressivement l’interopérabilité de leurs cadres juridiques, douaniers et technologiques, sans nécessairement viser une uniformisation immédiate. Enfin, la coopération électronucléaire doit s’inscrire dans une vision énergétique, économique et stratégique de long terme.

Rama Diallo
Lefaso.net



Vos réactions (1)