UMOA : La BCEAO cherche l’équilibre face à la hausse des prix due à la crise au Moyen-Orient
dimanche 13 septembre 2026.
Dans un contexte international toujours marqué par les tensions au Moyen-Orient et leurs répercussions sur les prix de l’énergie, les échanges et les chaînes d’approvisionnement, le Comité de politique monétaire de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) s’est réuni le 9 septembre 2026, à Dakar (Sénégal). Cette rencontre, qui s’inscrit dans le cadre de sa 3e session ordinaire de l’année, a eu pour objet l’examen de la situation économique et monétaire de l’Union monétaire ouest-africaine (UMOA).
Les membres du Comité de politique monétaire de la BCEAO ont planché notamment sur les perspectives économiques de l’UMOA et les mesures susceptibles d’être prises pour préserver les équilibres macroéconomiques. Cela, face à un environnement international qui demeure incertain et aux tensions au Moyen-Orient qui continuent de perturber les chaînes d’approvisionnement, particulièrement dans le secteur énergétique. Cette situation pèse sur les perspectives de l’économie mondiale.
Une croissance mondiale revue à la baisse
Selon les prévisions du Fonds monétaire international (FMI) évoquées par le gouverneur de la BCEAO, Jean-Claude Kassi Brou, la croissance mondiale devrait s’établir à 3,0% en 2026, contre 3,1% dans les projections d’avril dernier. Dans le même temps, l’inflation mondiale devrait atteindre 4,7%, après 4,1% en 2025, principalement sous l’effet de la hausse des prix de l’énergie. Cette dégradation de l’environnement international n’est pas sans conséquence pour les économies de l’UMOA.
« Cette dynamique haussière des prix devrait se poursuivre, du fait notamment des impacts négatifs de la crise au Moyen-Orient », Jean-Claude Kassi Brou, gouverneur de la BCEAO.
Le carburant et les produits alimentaires sous pression
Dans l’UMOA, les effets de la crise se manifestent notamment par la hausse des prix du carburant. « Sept des huit États membres ont procédé à des relèvements des prix à la pompe », a confié le gouverneur de la BCEAO. Cette situation commence à se refléter dans l’évolution générale des prix. Après avoir affiché un taux d’inflation de -0,2% au premier trimestre 2026, l’Union a enregistré une progression à 0,4% au deuxième trimestre, en glissement annuel. La tendance s’est ensuite accélérée pour atteindre 1,2% en juillet, puis 1,7% en août 2026.
La remontée des prix concerne principalement le transport, le logement et certains produits alimentaires. La viande, le poisson et les légumes figurent notamment parmi les produits concernés. Et la pression pourrait se maintenir. Pour le reste de l’année, la BCEAO anticipe la poursuite de cette dynamique haussière, notamment en raison des effets négatifs que pourrait continuer de produire la crise au Moyen-Orient.
Les finances publiques également sous tension
Les comptes publics des États membres connaissent eux aussi une évolution moins favorable. Au premier semestre 2026, le déficit budgétaire global de l’Union s’est établi à 3,4% du PIB, contre 3,2% à la même période un an auparavant. Les perspectives pour l’ensemble de l’année ont par ailleurs été révisées à la hausse par rapport aux prévisions de juin. Cette détérioration s’explique notamment par les mesures prises par certains États pour amortir les conséquences socio-économiques de la crise internationale sur les populations. Une équation délicate pour les gouvernements, appelés à soutenir les ménages et les secteurs économiques affectés, tout en préservant la soutenabilité des finances publiques.
Sur le marché monétaire, le tableau apparaît en revanche plus favorable. Les conditions se sont globalement assouplies au deuxième trimestre 2026, soutenues par une liquidité bancaire jugée confortable. Cette évolution intervient notamment après la baisse de 25 points de base des taux directeurs de la BCEAO en mars 2026. Le financement de l’économie demeure également bien orienté. Les crédits accordés au secteur privé ont progressé de 6,6% à fin juin 2026, après une hausse de 6,0% à fin mars. Cette progression traduit le maintien d’un soutien du système bancaire à l’activité économique, malgré les incertitudes qui entourent l’environnement international.
C’est dans ce contexte contrasté que le Comité de politique monétaire doit examiner le Rapport sur la politique monétaire dans l’UMOA. Le document analyse les évolutions récentes de l’environnement international et régional, les perspectives économiques ainsi que les risques susceptibles d’affecter l’Union.
Sur la base de ces analyses, les services de la BCEAO ont formulé des propositions de mesures de politique monétaire qui sont soumises à l’examen du Comité.
Les membres devront ainsi trouver le juste équilibre entre la nécessité de contenir les pressions inflationnistes, de préserver les équilibres extérieurs et de maintenir des conditions favorables au financement de l’économie. Deux autres dossiers figurent également à l’ordre du jour : le rapport sur le rapatriement des recettes d’exportation et la situation du système bancaire à fin juin 2026.
La session s’est donc ouverte sur une équation économique particulièrement sensible. Alors que les conditions de financement restent relativement favorables et que le crédit au secteur privé progresse, les tensions géopolitiques font peser de nouveaux risques sur les prix, les finances publiques et les comptes extérieurs de l’Union. Le Comité de politique monétaire devra en tenir compte dans la définition du prochain cap monétaire de l’UMOA.
Hamed Nanema
Lefaso.net
Vos réactions (1)
par Renault HÉLIE, 13 septembre 20:12
Je sais que ce ne serait que pour le moyen terme et le long terme, mais peut-être devrait-on renforcer les transports ferroviaires, ainsi que les transports urbains (trams, trolleybus, etc.), non ?
En effet, ces modes de transport économisent grandement les hydrocarbures.
Même si les locomotives diesel consomment des hydrocarbures, un train consomme beaucoup moins d’hydrocarbures que les camions qu’il remplace.
Par exemple, une nouvelle ligne Accra-Ouaga soulagerait le BF de façon importante, sachant que les trains Ghanéens ne fonctionnent plus guère et que les rails s’arrêtent à 500 km au sud de la frontière.