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L’œuf à 100 FCFA : Vendre à perte ou jeter l’éponge, le dilemme de certains détaillants

jeudi 10 septembre 2026.

 

Depuis l’annonce, le 7 juillet 2026, d’un prix de vente de l’œuf fixé à 100 francs CFA l’unité, le secteur de la vente au détail connaît des perturbations à Ouagadougou. Des commerçants affirment ne plus pouvoir vendre à ce tarif sans subir des pertes. Conséquence : certains ont enlevé le produit de leurs rayons, tandis que dans plusieurs quartiers, l’œuf se fait de plus en plus rare.

Dans plusieurs quartiers de Ouagadougou, trouver des œufs à 100 francs CFA l’unité relève désormais du parcours du combattant. Alors que le gouvernement a annoncé, depuis le 7 juillet 2026, un prix plafond de 100 francs CFA pour l’œuf, certains détaillants continuent de les proposer à 150 francs CFA. Sur le terrain, les commerçants expliquent cette situation par le coût élevé auquel ils achètent eux-mêmes les œufs. Pour plusieurs d’entre eux, vendre à 100 francs CFA ne permettrait pas de couvrir les dépenses liées à l’achat, au transport et à la manutention.

Odile Nikièma, elle, a décidé de jeter l’éponge. Cette commerçante a cessé de vendre des œufs. Elle estime qu’il lui est impossible de respecter le prix fixé tout en évitant les pertes. « J’ai arrêté de vendre les œufs. Parce que si je dois continuer, je ne pourrai pas respecter la décision du gouvernement. J’achète la plaquette d’œufs à 3 300 francs CFA. Si je vends l’unité à 100 francs, je perds. Donc, j’ai décidé d’arrêter pour éviter les histoires avec les clients », explique-t-elle.

La commerçante raconte même avoir été confrontée à une cliente qui menaçait de signaler la situation aux services compétents. « Une femme est venue acheter des œufs. Je lui ai donné le prix et elle s’est emportée, disant qu’elle allait appeler la brigade Laabal pour signaler un cas d’escroquerie. Je lui ai fait comprendre que la mesure du gouvernement était difficile à respecter parce que la plupart des revendeurs comme nous achètent la plaquette entre 3 200 et 3 300 francs CFA. Elle est partie se renseigner et elle est revenue me donner raison », relate-t-elle. Pour madame Nikièma, la décision est désormais prise : « Ce n’est pas facile. Je ne vends plus d’œufs », a-t-elle décidé.

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Dans certains kiosques, la situation est similaire. Djamila Kaboré, gérante de kiosque, ne vend plus les œufs directement à l’unité. Elle les conserve principalement pour préparer des omelettes à la demande de ses clients.

« Je vendais les œufs mais j’ai arrêté. Actuellement, c’est pour ceux qui veulent des omelettes. Je perdais beaucoup. C’est la raison pour laquelle j’ai arrêté de vendre », explique-t-elle. Selon elle, le prix fixé ne tient pas suffisamment compte des réalités des détaillants. « La mesure n’arrange pas du tout les détaillants. Tu ne peux pas acheter une plaquette d’œufs et vendre à 100 francs CFA l’unité, ce n’est pas simple. On vend pour avoir un bénéfice et non pour perdre », souligne la jeune dame.

Pour Ahoua Sawadogo, qui exerce dans la vente en gros et au détail, la difficulté ne réside pas seulement dans le prix de vente. Elle affirme que l’approvisionnement lui-même est devenu compliqué. « Ce n’est pas du tout facile actuellement d’avoir les œufs. Les prix ont augmenté. Je prends la plaquette d’œufs à 3 000 francs CFA et je suis obligée d’ajouter 200 ou 300 francs CFA pour pouvoir récupérer mon fonds et régler le transport », confie-t-elle. La commerçante affirme que les marges sont aujourd’hui très faibles, voire inexistantes. « Nous ne gagnons absolument rien dans la vente des œufs actuellement. Il faut faire le tour pour avoir les œufs. En plus, c’est devenu cher et le transport aussi est cher. Ce n’est pas du tout simple », déplore-t-elle.

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Le constat dressé auprès de ces commerçantes met en lumière une difficulté majeure. Le prix auquel les détaillants achètent les œufs semble, selon leurs témoignages, difficilement compatible avec un prix de revente fixé à 100 francs CFA. Une plaquette contenant 30 œufs achetée à 3 000 francs CFA revient déjà à 100 francs CFA l’œuf, avant même de prendre en compte les frais de transport, les éventuelles pertes et les autres charges liées à la commercialisation. Lorsque la plaquette est achetée à 3 200 ou 3 300 francs CFA, le coût unitaire est encore plus élevé. Dans ces conditions, les commerçants estiment qu’une vente à 100 francs CFA ne leur permet pas de préserver leur capital.

Cette situation semble progressivement modifier les habitudes de certains vendeurs. Certains abandonnent purement et simplement le commerce des œufs, tandis que d’autres limitent leur activité à la préparation d’omelettes. Dans certains quartiers de Ouagadougou, cette réduction de l’offre contribue à rendre les œufs plus difficiles à trouver. Alors, une question demeure : comment faire respecter le prix de 100 francs CFA l’œuf lorsque certains détaillants affirment acheter la plaquette à un prix qui ne leur permet pas de réaliser une marge ?

Rama Diallo
Lefaso.net



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