
Vacances scolaires à Ouagadougou : De petits vendeurs à la recherche de leur rentréeÀ Ouagadougou, les vacances scolaires ne sont pas toujours synonymes de repos et de loisirs. Pour aider leurs familles et préparer leur prochaine rentrée, des enfants sillonnent chaque jour les rues, les marchés et les carrefours de la capitale burkinabè. Entre fatigue, courage et espoir, ils vendent divers produits pour gagner quelques francs. Il est à peine 7 heures à Boulmiougou, quartier situé à l’ouest de Ouagadougou. Pendant que certains enfants profitent encore du calme matinal des vacances, Hamidou Ouédraogo s’apprête à parcourir plusieurs kilomètres. Élève en classe de 5ᵉ, il quitte son quartier pour se rendre à Bibalogo, au centre de la capitale. Dans ses mains, il transporte des cintres, communément appelés « portants à habits », qu’il propose aux passants et aux commerçants. Pour cet adolescent, cette activité constitue une occasion de préparer sa prochaine rentrée scolaire. Son calcul est simple : il achète un paquet contenant dix cintres à 3 000 francs CFA, puis les revend séparément afin de réaliser un bénéfice. « J’achète le paquet à 3 000 francs CFA. Il y a dix cintres à l’intérieur. Quand je finis de tout vendre, je peux obtenir 2 000 francs CFA de bénéfices. Je garde cet argent pour payer mes fournitures à la rentrée scolaire », explique-t-il. Sous le soleil, Hamidou marche de rue en rue à la recherche de clients. Il interpelle les passants et présente sa marchandise aux occupants des boutiques et des concessions. Certaines journées sont fructueuses, tandis que d’autres le sont beaucoup moins. Mais l’élève garde son objectif en tête : réunir suffisamment d’argent pour acheter des cahiers, des stylos et d’autres fournitures indispensables à la poursuite de sa scolarité. Des kilomètres parcourus à pied Comme Hamidou Ouédraogo, Dramane Konaté consacre une partie de ses vacances au petit commerce. Élève en classe de CE2, il vend des insecticides et des cintres dans plusieurs quartiers de Ouagadougou. Chaque matin, il quitte également son domicile, à Boulmiougou, aux environs de 7 heures. Il se déplace principalement à pied, ses produits à la main. Son parcours le conduit dans les rues animées, aux abords des marchés, près des feux tricolores et dans différents lieux publics. Il propose ses articles aux usagers de la route, aux ménages et aux commerçants. Il doit parfois marcher longtemps avant de réaliser une vente. Malgré son jeune âge, il affronte la chaleur, la poussière, la fatigue et les refus de certains clients. Son ambition est claire : vendre suffisamment pour économiser en vue de sa rentrée scolaire. Chaque article écoulé le rapproche un peu plus de son objectif. Les recettes ne sont pas toujours importantes, mais Dramane compte sur la régularité de ses sorties pour constituer progressivement une petite épargne. Dans les rues de la capitale, ils sont nombreux à exercer des activités similaires. Certains vendent des fruits, des citrons ou du manioc. D’autres proposent des insecticides, des cintres et différents articles de consommation courante. Ils circulent entre les véhicules immobilisés aux feux tricolores, se rendent dans les marchés ou font du porte-à-porte dans les quartiers. Aminata, entre soutien familial et préparation de la rentrée À Gounghin, un autre quartier de Ouagadougou, Aminata Sawadogo se prépare elle aussi pour sa journée de vente. Élève en classe de CE1, elle vit avec sa grand-mère. Pendant les vacances, elle parcourt plusieurs secteurs de la ville pour vendre du manioc bouilli. Derrière son commerce se trouve donc une réalité familiale difficile. À un âge où les journées pourraient être consacrées aux jeux et au repos, Aminata participe déjà, à sa manière, à la recherche des ressources nécessaires au fonctionnement du ménage. Chaque portion de manioc vendue représente quelques pièces supplémentaires pour la maison et un pas vers la prochaine rentrée. Comme elle, beaucoup d’enfants issus de familles aux revenus modestes profitent des vacances pour apporter une contribution financière à leurs parents ou à leurs tuteurs. Ces activités témoignent de leur volonté d’aider, mais aussi des difficultés rencontrées par certains ménages pour couvrir les dépenses quotidiennes et scolaires. Des vacances loin du repos À Ouagadougou, le phénomène revient chaque année pendant les congés scolaires. Dans les rues, les enfants vendeurs font désormais partie du paysage. Ils affrontent les longues distances, la chaleur, la circulation et parfois les intempéries pour proposer leurs marchandises. Leur présence sur les voies publiques n’est cependant pas sans danger. En circulant entre les véhicules ou en parcourant seuls plusieurs quartiers, ces jeunes vendeurs s’exposent notamment aux accidents de la circulation, aux agressions et à diverses formes d’exploitation. Leur situation pose également la question de la protection des enfants et de leur droit au repos pendant les vacances. Hamidou, Dramane et Aminata ne recherchent pourtant ni luxe ni distraction. Leurs économies doivent servir à acheter des cahiers, des stylos, des sacs ou d’autres fournitures scolaires. Elles permettent aussi, dans certains cas, de contribuer à la nourriture et aux charges de la famille. À travers leurs pas dans les rues de Ouagadougou se dessinent ainsi le courage et la détermination d’enfants qui veulent poursuivre leurs études malgré les difficultés. Mais leur quotidien rappelle également la nécessité de renforcer l’accompagnement des familles vulnérables. Car si ces petits métiers leur permettent de préparer la rentrée, chaque enfant devrait pouvoir profiter de ses vacances dans un environnement sûr, avant de retrouver les bancs de l’école. Rama Diallo Vos réactions (2) |