Sénégal : Immersion au cœur du Monument de la Renaissance africaine, entre mémoire et avenir
mercredi 9 septembre 2026.
Dressé sur les hauteurs des Mamelles, le Monument de la Renaissance africaine domine Dakar et l’océan Atlantique. Mais derrière cette imposante famille tournée vers l’horizon, se cache un autre univers. Un musée, des œuvres, des fragments d’histoire et au sommet, une vue saisissante sur la capitale sénégalaise. Nous franchissons ses portes et remontons le fil de la mémoire africaine.
Le géant apparaît au loin. Depuis plusieurs endroits de Dakar, sa silhouette s’impose dans le paysage. Un homme tient une femme par la taille. Dans ses bras, un enfant pointe le doigt vers l’horizon. Tous semblent avancer dans la même direction. Nous sommes sur l’une des collines des Mamelles, à Ouakam. Le Monument de la Renaissance africaine s’élève ici depuis 2010. Haut de plus de 50 mètres, il abrite des espaces d’exposition et un belvédère installé dans la tête de l’homme.
Cette découverte intervient en marge du séminaire des journalistes économiques de l’Union monétaire ouest-africaine (UMOA), organisé à Dakar par la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO). Mais ici, il n’est plus question de taux d’inflation, de politique monétaire ou de statistiques économiques. Nous changeons de registre. Nous entrons dans un lieu où l’Afrique raconte son histoire.
Les œuvres de l’exposition « Mémoire » du Sénégalais Djibril Goudiaby au 1ᵉʳ étage du Monument de la Renaissance africaine
Le Burkina Faso apparaît au milieu des figures africaines
Soda Dembélé, notre guide, nous donne les premières consignes. La visite commence par les trois premiers étages. Au premier niveau, une exposition retient immédiatement l’attention. Elle porte un nom évocateur intitulé « Mémoire ». Elle est consacrée aux œuvres de l’artiste sénégalais Djibril Goudiaby. Les visiteurs découvrent les œuvres exposées avec émotion et stupéfaction.
Nous avançons lentement entre les sculptures. L’Égypte ancienne apparaît. Plus loin, l’histoire de l’esclavage et de la colonisation. Puis viennent les tirailleurs sénégalais. Des épisodes douloureux et des figures qui rappellent les différentes étapes traversées par le continent. Mais po
ur nous, visiteurs venus du Burkina Faso, un autre détail accroche le regard.
Quatre figures traditionnelles sont alignées. La guide les présente. Le Grand Serigne de Dakar représente le Sénégal. Le Touareg renvoie au Niger. Vient ensuite le Mogho Naaba, pour le Burkina Faso. Enfin, la quatrième figure représente la Côte d’Ivoire.
Le Mogho Naaba, parmi les chefs traditionnels africains représentés dans l’exposition « Mémoire » du Sénégalais Djibril Goudiaby
Le Burkina Faso trouve ainsi sa place dans cette galerie consacrée à la mémoire africaine. Un détail qui prend une dimension particulière pour le visiteur burkinabè. À Dakar, au milieu d’une exposition qui traverse les grandes périodes de l’histoire du continent, le pays des hommes intègres est là. Représenté par l’une de ses figures traditionnelles les plus emblématiques. Soda Dembélé précise toutefois que ces sculptures ne reproduisent pas des personnalités réelles. Elles sont des représentations symboliques.
La visite se poursuit. Trois soldats rappellent les Tirailleurs sénégalais. Plus loin, trois guerriers représentent les Zoulous d’Afrique du Sud, le guerrier Dogon du Mali et le guerrier Massaï du Kenya. Le parcours s’élargit ensuite aux peuples du Sénégal. Le Mandingue apparaît avec sa kora. Les Sérères sont représentés avec leurs lutteurs. Deux jeunes Diolas de Casamance rappellent les rites d’initiation dans les bois sacrés. Un autre tableau montre deux femmes diolas engagées dans une cérémonie liée à la fécondité.
L’homme du futur. Cet homme avec une kora à la main représente, pour Djibril Goudiaby, une victime de l’évolution. À travers lui, l’artiste veut mettre en garde les Africains sur le danger des évolutions qui pourraient les amener à se perdre
Une famille de 190 tonnes, une vision sur l’avenir
Nous quittons progressivement les salles d’exposition. La guide revient alors sur l’architecture du monument. L’homme pèse, selon les explications données par Soda Dembélé, 100 tonnes. La femme en représente 70 et l’enfant 20. À eux trois, ils totalisent 190 tonnes. Le matériau principal utilisé pour sa conception est le cuivre. Le socle, lui, est constitué de béton armé. La guide évoque 6 810 tonnes de béton pour cette structure qui porte la famille.
Le monument atteint exactement 52 mètres de hauteur. Sa conception est attribuée à l’architecte sénégalais Pierre Goudiaby Atepa. Sa réalisation fait intervenir l’entreprise nord-coréenne Mansudae Overseas Projects. Le projet est porté par l’ancien président sénégalais Abdoulaye Wade et aboutit à son inauguration en avril 2010.
« Nous recevons des centaines de visiteurs nationaux et étrangers par jour », Soda Dembélé, guide du Monument de la Renaissance africaine
Mais les chiffres ne suffisent pas à expliquer l’œuvre. Il faut regarder les personnages. Selon la guide, l’homme représente la force. Il tire la femme et l’enfant hors des entrailles de la terre. Le geste évoque la sortie de l’obscurité vers la lumière, la liberté et la renaissance. Ses deux bras qui entourent sa famille symbolisent l’union. L’enfant, lui, pointe vers le futur. La femme regarde également devant elle. Mais une de ses mains se tourne vers l’arrière. Elle rappelle le passé, les cultures et les traditions. Le geste est aussi orienté vers l’île de Gorée. Le message véhiculé est sans ambiguïté : avancer sans oublier d’où l’on vient.
Le site présente lui-même le trio comme une représentation de la transmission, de l’unité familiale et de la projection vers l’avenir. Le troisième étage représente le genou du papa. Le musée occupe le corps de l’homme. Les parties correspondant à la femme et à l’enfant ne sont pas accessibles au public. Soda Dembélé nous apprend que le Monument compte quinze niveaux, mais que seuls les trois premiers et le 15ᵉ sont accessibles aux visiteurs. Au fur et à mesure de la montée, le corps se rétrécit. Les étages intermédiaires deviennent trop étroits.
Une vue panoramique depuis la tête du chef de famille représenté par le Monument de la Renaissance africaine
Pour atteindre le sommet, il faut emprunter l’ascenseur. La montée commence. Quinze étages plus haut, Dakar s’ouvre sous nos yeux. Les fenêtres s’ouvrent au 15ᵉ étage. Nous sommes dans la tête de l’homme. Quelques pas suffisent pour comprendre l’intérêt de cette dernière étape. Les ouvertures aménagées dans la tête offrent une vue panoramique sur Dakar.
La capitale apparaît sous un autre angle. Les bâtiments se succèdent. La côte se dessine. L’Atlantique s’étend à perte de vue. Le vent marin accompagne le regard. En bas, la ville poursuit son mouvement. Ici, tout semble plus calme. Le monument est construit sur une colline qui se trouve à une centaine de mètres au-dessus du niveau de la mer. Depuis le belvédère, cette position donne au visiteur une perspective particulière sur Dakar et son littoral.
La construction du Monument de la Renaissance africaine a coûté 12 milliards de francs CFA et les travaux ont duré 2 ans
La descente nous attend pourtant
Selon les explications de notre guide, le parcours compte 218 marches à l’intérieur et 198 marches à l’extérieur. L’escalier extérieur constitue d’ailleurs l’un des éléments emblématiques de la visite. Au fil de la visite, une réflexion revient. À quoi sert réellement un tel monument ? Ehouman Faustin N’Douba, journaliste à Fraternité Matin, dit être impressionné par la manière dont les Sénégalais font vivre leur histoire. Pour lui, la mémoire constitue une boussole.
Un peuple qui ne connaît pas son histoire risque de perdre ses repères, dit-il. Un peuple qui ne s’appuie pas sur sa mémoire pour construire son avenir s’expose, selon lui, à reproduire les drames du passé. Son regard rejoint finalement ce que raconte le Monument. Ici, le passé n’est pas présenté comme un poids qui empêche d’avancer. Il accompagne le mouvement.
« J’espère que nos pays vont s’en inspirer et je fais particulièrement un clin d’œil à mon pays, la Côte d’Ivoire », Ehouman Faustin N’Douba, journaliste à Fraternité Matin
Le Monument de la Renaissance africaine se veut ainsi un symbole de fierté, de mémoire et d’avenir. Son architecture matérialise une vision d’une Afrique qui entend rompre avec les siècles d’asservissement et regarder vers l’avenir. La visite aura finalement ressemblé à un voyage à travers le temps. De l’Égypte ancienne aux tirailleurs sénégalais. Des peuples africains aux ethnies du Sénégal. Du Mogho Naaba qui rappelle le Burkina Faso aux guerriers zoulous, dogons et massaï. Des profondeurs du corps monumental jusqu’à la tête qui domine Dakar. Un voyage dans lequel l’Afrique se regarde elle-même.