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Burkina/Développement : Dans le Gourma, les réalisations de l’ADCT changent le quotidien des populations

mercredi 9 septembre 2026.

 

De Fada N’Gourma à Diabo, une tournée de terrain met en lumière des infrastructures financées par l’Agence d’appui aux collectivités territoriales. Des boutiques vitrées pour mieux vendre les produits locaux à Fada N’Gourma, des salles de classe pour remplacer les paillotes à Diabo et un CSPS à Diapangou, dans le Gourma, les réalisations financées avec l’appui de l’Agence d’appui aux collectivités territoriales (ADCT) se découvrent loin des chiffres et des rapports, au plus près des populations qui les utilisent au quotidien.

À Fada N’Gourma, première étape de cette tournée de terrain dans la province du Gourma, le marché grouille déjà de monde en ce lundi 7 septembre 2026. Des commerçants installent leurs marchandises, les motos circulent entre les étals et, à quelques mètres de cette animation, 22 boutiques vitrées neuves se démarquent. Construites sur l’aire de la salle de cinéma grâce au financement du budget communal et à l’appui de l’Agence d’appui aux collectivités territoriales (ADCT), à travers le fonds PREGOLS 2025, ces boutiques sont destinées aux acteurs des produits locaux. Derrière les vitrines, les pagnes tissés, les chemises confectionnées, les objets d’art et le miel donnent déjà un aperçu du savoir-faire de la commune et, plus largement, de la région du Gulmu.

Ce matin-là, le président de la délégation spéciale de Fada N’Gourma, Kampadiba Jérôme Idani, est aux côtés de la délégation officielle et des hommes de médias venue constater les réalisations. Pour lui, l’enjeu dépasse la construction de simples espaces commerciaux. Il s’agit de donner une meilleure visibilité à des producteurs et artisans qui, jusque-là, exerçaient souvent dans des endroits moins accessibles. « Avant, chacun était à un endroit où il se débattait seul pour avoir ses clients. Maintenant, ils sont à un endroit où l’adresse est connue », explique-t-il.

« Nous avons voulu regrouper les acteurs des produits locaux en un seul endroit pour leur donner plus de visibilité et faciliter l’accès à leurs produits », souligne Kampadiba Jérôme Idani, PDS de Fada N’Gourma

L’idée selon lui est de rassembler en un même lieu des acteurs qui, jusque-là, étaient dispersés dans la ville. « On a essayé de les regrouper à un endroit à l’image du village artisanal de Ouagadougou », poursuit le PDS. Le lieu est donc pensé comme une vitrine du savoir-faire local. Il ne s’agit pas seulement de construire des murs et d’attribuer des clés. Il s’agit de rendre visibles des productions, de faciliter la rencontre entre les artisans et leurs clients et, au passage, de faire de ces boutiques une sorte de carte de visite du territoire.

Dans le tumulte du marché voisin, les nouveaux espaces semblent déjà remplir cette fonction. Les passants ralentissent devant les vitrines. Certains regardent, d’autres entrent. Les couleurs des textiles donnent au lieu un air de petite galerie commerciale dédiée au savoir-faire local.

Dans l’une des 22 boutiques, Pagadi Ouali Yonli est installée depuis seulement trois semaines. Elle vend des pagnes tissés traditionnels, du koko donda et des chemises confectionnées. Elle se réjouit surtout d’être désormais plus visible. « Avant, on était installés dans notre centre de confection et ce sont les connaisseurs qui venaient. Nous étions cachées. Grâce à ces boutiques, nous sommes plus visibles », témoigne-t-elle.

Pour la commune, l’opération possède également un intérêt financier. Les loyers sont fixés, pour le moment, à 10 000 francs CFA par boutique. L’ouvrage répond au besoin de soutenir les acteurs économiques locaux, de valoriser la production culturelle et artisanale et de renforcer les recettes de la collectivité. Après cette visite en plein cœur de Fada N’Gourma, la délégation poursuit sa route vers d’autres réalisations.

Quand les paillotes cèdent la place aux murs

Après Fada N’Gourma, les kilomètres avalés ramènent progressivement vers d’autres réalités. À Diabo, le passage sous l’arche de la mairie marque symboliquement l’entrée dans la commune. Diabo se trouve à une cinquantaine de kilomètres de Fada N’Gourma et à environ 210 kilomètres de Ouagadougou. La commune compte 64 villages, pour une superficie estimée à 656 km². Les communautés zaossé, peulh et gourmantché y vivent principalement. Ici la délégation met le cap sur le village de Sabtenga. Dans la cour de l’école, les salles de classe en matériaux définitifs se dressent, accompagnées de leurs auvents, de leurs espaces aménagés et des équipements connexes. Un peu plus loin, les hangars et paillotes traditionnelles rappellent ce qu’était, hier encore, le cadre d’apprentissage.

À l’école de Sabtenga, les paillotes qui servaient autrefois de salles de classe contrastent avec les trois salles en matériaux définitifs réalisées avec l’appui de l’ADCT

C’est précisément cette image que l’investissement entend transformer.
Sougrinoma Lazare Guira, président de la délégation spéciale de la commune de Diabo, ne cache pas sa satisfaction. « L’infrastructure réalisée ici est un établissement scolaire composé de trois salles de classes qui a été construit par l’ADCT dans le cadre de la normalisation de l’école. Avant cette infrastructure, les élèves suivaient les cours sous paillotes », explique-t-il. Sous une paillote, le vent entre, la pluie interrompt les cours et le soleil impose ses propres règles. Enseigner et apprendre deviennent alors des exercices périlleux. Désormais, les élèves disposent de salles construites pour l’apprentissage. L’infrastructure comprend trois salles de classe, un magasin, un bureau pour le directeur, une installation solaire et des latrines. L’investissement est évalué à une trentaine de millions de francs CFA.

Pour les parents, le changement est concret. Kangwendé Dayamba, parent d’élève, le résume en quelques mots. « Ces classes sont un grand soulagement pour les populations de Sabtenga. Cela vient faciliter la vie de nos élèves. Ce qui manque, ce sont les tables-bancs, mais nous sommes déjà très reconnaissants pour cet investissement », indique-t-il.

Le PDS de Diabo appelle d’ailleurs les populations à prendre leur part dans la durée de l’ouvrage. « Nous invitons les populations au bon entretien de l’ouvrage pour que l’ouvrage dure dans le temps », insiste-t-il. Il faut préserver les murs, les installations, les latrines, le système solaire. Il faut aussi équiper les salles de classe. Et, pour les élèves de Sabtenga à Diabo, la différence entre une paillote et une salle de classe n’est pas théorique. Elle se ressent lorsque le ciel s’assombrit, lorsque la pluie tombe ou lorsque le soleil s’impose.
La tournée dans la province du Gourma ne s’arrête pas là. Un chantier de l’ADCT à Diapangou, précisément au CSPS de Tokouna, attend également la délégation.

À Diapangou, les responsables de l’ADCT ont échangé avec les populations autour du chantier du CSPS de Tokouna.

C’est sur ce site que la délégation termine cette étape de visite. Ici, point de boutiques ni de salles de classe. C’est la santé qui est au centre. L’infrastructure sanitaire est en plein chantier et tout se dessine. L’ouvrage a été financé sur le budget communal avec l’appui de l’ADCT, dans le cadre du guichet Stabilisation-relèvement, gestion 2026. La délégation inspecte l’ouvrage et les journalistes se rapprochent des ouvriers en plein travaux. Les bénéficiaires, les habitants de Tokouna qui ont eux-mêmes identifié leur besoin le plus urgent, se réjouissent de l’avancée des travaux. « Nous avons voulu avoir un centre de santé car le plus proche n’est pas très accessible pour les malades », indique la population.

Derrière les ouvrages, le défi de la durée

Estelle Ouoba Kaboré, directrice régionale de l’ADCT pour les régions du Gulmu, de la Tapoa et de la Siriba, replace ces réalisations dans une histoire plus longue. L’intervention de l’Agence dans les régions remonte à 2011. Depuis cette date, plusieurs guichets ont permis de financer des infrastructures au profit des collectivités territoriales. « Pour ce qui concerne la zone de l’Est, toutes les communes ont bénéficié de ces interventions », souligne-t-elle.

Les domaines d’intervention sont multiples : éducation, santé, infrastructures marchandes et autres équipements destinés aux collectivités. Selon la responsable régionale, le volume global des dotations attribuées aux collectivités depuis 2011 dépasse 15 milliards de francs CFA. Ces financements ont été rendus possibles avec l’appui de l’État et de plusieurs partenaires, notamment la coopération suisse, la coopération allemande et la Banque mondiale.

« Il faut accompagner techniquement et financièrement les collectivités, mais aussi sensibiliser les populations à la bonne gestion et à l’entretien des infrastructures réalisées », Estelle Ouoba Kaboré, directrice régionale de l’ADCT (Gulmu)

Mais au-delà des montants, Estelle Ouoba Kaboré insiste sur la question de l’appropriation des populations. « Pour avoir des infrastructures de qualité, il faut aussi que ces mêmes bénéficiaires puissent s’impliquer », insiste-t-elle. L’implication doit commencer pendant la réalisation du projet et se poursuivre après la réception de l’ouvrage. Car une salle de classe mal entretenue finit par perdre sa fonction. Une boutique dégradée perd de son attractivité. Un équipement sanitaire mal maintenu devient rapidement moins utile. Le développement local ne s’arrête donc pas au jour où le dernier maçon quitte le chantier mais commence véritablement lorsque les bénéficiaires s’approprient l’ouvrage.

À Fada N’Gourma, Diabo et Diapangou, un local pour vendre, une salle de classe pour apprendre et un espace pour accueillir les patients illustrent, à leur échelle, la manière dont les investissements de l’ADCT contribuent au développement local et à l’amélioration du quotidien des populations.

Farida Thiombiano
Lefaso.net