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Du déchet à la briquette : le charbon écologique comme levier d’autonomisation des femmes au Burkina Faso

samedi 5 septembre 2026.

 

Résumé
La transition vers des sources d’énergie durables constitue un enjeu majeur au Burkina Faso, où le charbon de bois demeure le principal combustible domestique. La raréfaction du bois-énergie, son coût croissant et les effets de son exploitation sur les ressources forestières renforcent la nécessité de promouvoir des alternatives plus respectueuses de l’environnement. Dans ce contexte, le charbon écologique, produit à partir de déchets végétaux et de résidus organiques, apparaît comme une solution contribuant à la protection de l’environnement, à la valorisation des déchets, à la création d’opportunités économiques et à la valorisation personnelle des femmes.

Introduction

L’accès à une énergie de cuisson durable demeure un défi majeur en Afrique, notamment au Burkina Faso, où la forte dépendance au bois-énergie accentue la pression sur les ressources forestières et accélère la déforestation. Les ménages utilisent largement le charbon de bois pour la cuisson, favorisant l’exploitation intensive des ressources ligneuses et les coupes clandestines. Selon la FAO (2021, en ligne), si les tendances actuelles se poursuivent, plus de deux milliards de personnes, principalement en Afrique, dépendront encore de la biomasse traditionnelle pour cuisiner à l’horizon 2030. Plusieurs initiatives visent à réduire cette dépendance, notamment la diffusion de foyers améliorés permettant d’économiser 30 à 60 % de bois (B. Théau et R. Kinanga, 2021, p. 5).

Toutefois, leur coût demeure un frein pour de nombreux ménages à faibles revenus. Dans ce contexte, le charbon écologique, fabriqué à partir de résidus végétaux et organiques, apparaît comme une solution durable. Il contribue à limiter la consommation de charbon de bois, à réduire la pression sur les forêts et à valoriser des déchets auparavant peu exploités. Cette filière offre également des perspectives économiques, notamment pour les femmes et les jeunes. Comme le soulignent M. Fall et P. Jacquemot (2023, p. 13), les femmes occupent une place centrale dans les activités de transformation, de conservation et de commercialisation des produits agroalimentaires. Leur implication dans la production et la commercialisation du charbon écologique peut ainsi contribuer à leur autonomie économique et sociale tout en favorisant la transition écologique.

1. Matériels et méthodes
1.1 Site d’étude

La ville Ouagadougou, chef-lieu de la région du Kadiogo, capitale politique et administrative du pays est une commune située au cœur du Burkina Faso. Elle a été l’objet d’un nouveau découpage en 2012 par la loi 006-2009/AN du 22 décembre 2009 portant découpage des communes, s’étend sur une superficie de 317,822 km² et compte désormais douze (12) arrondissements découpés en cinquante-cinq (55) secteurs. Kadiogo est l’une des 47 provinces du Burkina Faso et la seule province de la région de Kadiogo, ce qui en fait une région à province unique depuis la réorganisation administrative de juillet 2025.

La ville concentre la majorité des institutions, des infrastructures et des activités économiques et culturelles. La présente étude a touché des femmes productrices du charbon écologique issues des quartiers périphériques (Bendégo, Zongo, Marcousis et Wayalghin) et le Centre-ville de Ouagadougou (Zogona). La ville connaît un climat de type soudano-sahélien caractérisé par l’alternance de deux saisons très contrastées, avec une saison des pluies qui s’étend de juin à septembre et une saison sèche très longue, d’octobre à mai, avec des précipitations moyennes de 700 millimètres (Ouandaogo-Yameogo S., 2026, P. 173).

1.2 Cadre théorique de l’étude

Les travaux de Naila Kabeer (1999), sont parmi les plus mobilisés sur l’autonomisation économique des femmes. Selon cet auteur, l’autonomisation correspond au processus par lequel les personnes privées de la capacité de faire des choix acquièrent cette capacité. Elle distingue trois dimensions : les ressources (matières premières, équipements, financement, formations), l’agence, (création d’entreprise, contrôle des revenus, participation aux décisions et les réalisations (revenus, reconnaissance sociale, amélioration des conditions de vie). Cette théorie montre que le développement ne consiste pas seulement à augmenter les revenus. Le développement consiste surtout à augmenter les libertés réelles. Le charbon écologique peut alors être considéré comme un moyen permettant aux femmes : d’accéder au revenu, de choisir leur activité économique, d’améliorer leur santé, d’assurer la scolarisation des enfants, d’investir dans leur activité.

1.3 Approche méthodologique

Cette étude a adopté une approche mixte combinant revue documentaire, enquêtes de terrain et observations directes. La revue documentaire a porté sur les politiques publiques, rapports de projets, statistiques nationales et ressources relatives au charbon écologique. Elle a été complétée par des investigations sur Facebook, TikTok et WhatsApp, ainsi que par des entretiens auprès de sept personnes ressources : cinq de la DGEVCC et deux chercheurs de l’IRSAT et de l’INERA.

L’enquête de terrain a concerné sept femmes productrices dans les quartiers périphériques de Ouagadougou. Des entretiens semi-directifs ont documenté les matières premières, les procédés de fabrication, la commercialisation, l’autonomisation, ainsi que les contraintes et opportunités de la filière. Les données, collectées du 3 au 12 mai 2026 auprès de 14 participants, ont été complétées par des observations non participantes sur cinq sites. Les données quantitatives ont été traitées sous Excel et les données qualitatives analysées par analyse de contenu (Bardin, 2013). Le consentement éclairé et la confidentialité ont été respectés.

2. Résultats
2.1 Profils socioéconomiques des femmes

Sept productrices ont été suivies et sont des adultes dont l’âge moyen est de 42,6 ans (s’étendant de 33 à 50 ans). Elles ont toutes bénéficié d’au moins une formation sur la production du charbon vert et résident dans la région du Kadiogo. Leur situation matrimoniale va du célibataire, mariée jusqu’à veuve. Taux de scolarisation : 86 % (6 sur 7 productrices ont reçu une éducation formelle). Le taux de scolarisation est de 86 % (6 sur 7 productrices ont reçu une éducation formelle) avec différents niveaux de scolarisation : Master 2, Licence, baccalauréat et niveau primaire (CM2). Elles ont également créé leur propre entreprise ou une Association.

2.2. Production du charbon écologique

Différentes appellations de l’énergie verte existent, selon B. Théau et R. Kinanga, (2021, p.13), est appelé, « bio charbon », « charbon biologique » ou bien encore « charbon végétal » et fabriqué avec des déchets végétaux ou des résidus agricoles (balle de riz, coques d’arachides, tiges de mil, peaux de bananes, rafles de maïs, coques de noix de coco, de graines de coton, etc.). Les données collectées avec les femmes révèlent que différentes matières rentrent dans la production du charbon écologique.

2.3 Processus de transformation : De la collecte à la briquette

La fabrication du charbon écologique commence par la collecte des déchets dans les parcelles vides, quartiers urbains et périphériques de Ouagadougou, espaces de dépôts d’ordures, zones agricoles et unités de transformation des produits forestiers non ligneux (attiéké, arachide et autres résidus). Les déchets ménagers non évacués sont également récupérés devant les domiciles et sur les marchés. Un tri rigoureux permet d’éliminer les impuretés (sachets, verre, métaux, pierres), puis les déchets sont classés selon leur nature et leur état avant leur séchage au soleil. Selon les productrices, cette durée varie de 5 à 6 heures pour les résidus légers et de 2 à 3 jours pour les déchets lourds ou humides.

Les déchets secs sont ensuite soumis à la carbonisation dans une barrique ou un four, à une température contrôlée pour éviter leur transformation en cendre. Le charbon obtenu est broyé puis tamisé afin d’éliminer les impuretés. La poudre est ensuite mélangée à des liants, notamment la poudre ou l’amidon de manioc, la gomme arabique ou la poudre de teinture des pagnes. Enfin, après malaxage, le mélange est pressé, compacté et moulé pour obtenir des briquettes de différentes formes (souvent circulaire, carré, ovale ou en tube) ou façonnée en boules à la main (voir photos1 à 2).

2.3. Commercialisation

Les quantités de charbon produites varient d’une femme à une autre. Ainsi, l’entreprise d’une association féminine au quartier Wayalghin regroupant des femmes déclare ceci : « Le prix de vente du charbon écologique est fixé à 250 francs le kilogramme. En ce qui concerne les sacs, le groupe de huit (8) femmes produit quotidiennement des volumes compris entre 20 et 40 kg. Pour un sac de 20 kg, le prix de vente est de 5 000 francs », (E.B.M., Ouagadougou, mai, 2026).

Pour l’entreprise Burkina Ecolothèque, « la production quotidienne est de 1 Tonne environ /jour, le kilogramme de charbon est vendu à 200 francs CFA et le sac de 40 Kilogramme est vendu à 5.000 francs CFA., la marge bénéficiaire est de 15 000 Francs CFA /jour sur chaque tonne de charbon vendu » (S.K., Ouagadougou, mai, 2026).

Par contre, le sac de 50 Kg de charbon de bois est vendu à 11.500 F à Ouagadougou.
Pour atteindre ces cibles, les femmes utilisent les leviers numériques tels que TikTok, Facebook, WhatsApp, etc. pour rendre visible leur activité. Elles distribuent parfois des échantillons pour chercher la clientèle. Certaines productrices ont utilisé ces réseaux sociaux avec succès car elles ont attiré une clientèle nombreuse, au point de ne plus pouvoir satisfaire la demande initiale.

2.4. Impacts du charbon écologique

La production et la commercialisation du charbon écologique transforment la vie des femmes au Burkina Faso sur plusieurs plans majeurs dont, l’autonomie financière et la prise en charge des besoins du ménage, le renforcement du leadership et du statut social, des modèles de réussite et transmission, le pouvoir décisionnel et la valorisation personnelle, l’amélioration de la santé et du cadre de vie. Malgré ces avantages, le déploiement à grande échelle rencontre encore des obstacles structurels.

2.5. Contraintes et solutions endogènes

Les obstacles majeurs, qu’ils soient d’ordre technique et financier constituent des freins pour développer l’entreprise et professionnaliser la production. Il n’existe actuellement aucun soutien financier ou investissement pour l’achat de matières premières ou de matériel plus performant. Durant la saison des pluies, le séchage est impossible, entraînant un chômage technique au mois de juin jusqu’en octobre.
Pour ce qui est des solutions endogènes, les femmes ont trouvé une alternative à la machine en utilisant une machine manuelle pour transformer la pâte de charbon en briquettes.

Certaines femmes font recours à l’usage de la main-d’œuvre familiale (leurs enfants, surtout les filles) durant les week-ends pour pallier le manque de personnel et augmenter la quantité de production du charbon afin de satisfaire la demande en charbon vert. Des alternatives pour réduire le chômage technique durant la saison des pluies, une production intensive est réalisée durant la saison sèche. La plupart des femmes ont ouvert un compte pour économiser progressivement les bénéfices issus de la vente du charbon afin d’acquérir le matériel nécessaire.

Elles autofinancent la production du charbon en utilisation exclusive leurs revenus pour réinvestir et subvenir aux besoins de la famille. D’autres productrices ont mis en place une caisse de cotisation commune entre membres de la coopérative afin de pallier le manque de financements extérieurs. D’autres encore, résolvent la faiblesse des moyens financiers par le recours au crédit bancaire pour acquérir des machines de qualité et des terrains à la périphérie de Ouagadougou. Des initiatives sont développées pour résoudre la mévente du charbon écologique en le déposant auprès des revendeurs de charbon de bois.

2.6 Perspectives et recommandations

Des perspectives ont été formulées il s’agit notamment, de :
• renforcer la formation technique des productrices ;
• faciliter l’accès aux équipements ;
• développer des mécanismes de financement adaptés ;
• améliorer la visibilité et la commercialisation du produit ;
• sensibiliser les consommateurs ;
• accompagner la structuration de la filière ;
• intégrer davantage les femmes dans les politiques de transition énergétique.

3. Discussion

Le charbon écologique apparaît comme une alternative durable au charbon de bois, car il est produit à partir de résidus végétaux et organiques. Il contribue ainsi à réduire la pression sur les ressources forestières, les émissions polluantes et certains risques sanitaires. À l’inverse, la production de charbon de bois demeure fortement consommatrice de biomasse : Mbuangi et Ntoto (2021, p. 55) estiment que : « 1 tonne de charbon bois = 6,67 tonnes d’équivalent bois ». Bekpa-Kinhou (2024, p. 458) souligne les déséquilibres écologiques liés à cette exploitation, tandis que Théau et Kinanga (2021, pp. 18 et 20) indiquent que 5 à 6 kg de bois sont nécessaires pour produire 1 kg de charbon de bois, contre 3 à 6 kg de résidus organiques pour 1 kg de charbon écologique. Ses avantages environnementaux, sociaux et économiques sont également soulignés par Laval et Lunel (2014, p. 4) et Dzokom (2025, p. 1), notamment en matière de combustion, de réduction des émissions et de création de revenus. Les cendres peuvent en outre être valorisées en agriculture (WEP-Burkina, 2026).

Cependant, son adoption demeure limitée par les habitudes de consommation, le coût, l’accessibilité et le manque de sensibilisation (Dzokom, 2025, p. 2). Au Burkina Faso, l’IRSAT travaille à l’optimisation des formulations, tandis que la DGEVCC développe un suivi des producteurs pour favoriser sa diffusion et renforcer la résilience climatique (Touré, 2025, en ligne).

Conclusion

L’initiative gouvernementale visant à enseigner la fabrication de charbon écologique à partir de divers résidus organiques a connu un engouement auprès des femmes et des jeunes. Bien que la formation ait attiré de nombreux participants, notamment des femmes, le passage à une production durable se heurte à des obstacles financiers et techniques majeurs. En effet, ce combustible vert souffre d’un manque de notoriété publique face à la domination du charbon de bois traditionnel. Pour assurer la survie de cette filière bénéfique pour l’environnement, il est nécessaire d’instaurer des mesures fiscales dissuasives contre la déforestation. Le charbon écologique ne constitue pas seulement une alternative au charbon de bois, il peut également devenir un instrument de transition écologique et d’autonomisation féminine.

Auteur : IMA-OUOBA Sidonie Aristide, Anthropologie Sociale et Culturelle, Chargé de Recherche, CNRST/INERA, Ouagadougou, Burkina Faso, e-mail : imasidonie@yahoo.fr

Références bibliographiques

BARDIN Laurence, 2013. L’analyse de contenu, Presses Universitaires de France, Quadrige, 304 p.
BEKPA-KINHOU Ange Coffi Michel, 2024. « Exploitation du bois énergie et du charbon de bois dans la commune de Zogbodomey au centre du Bénin », International Journal of Progressive Sciences and Technologies (IJPSAT), Vol. 42 No. 2, pp. 458-466,

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Dzokom Alexis, 2025. « Étude de l’Acceptabilité du Charbon Écologique en Milieu Urbain dans l’Extrême-Nord du Cameroun ». Sahel Nature Consulting Revue, Volume 11, Issue 02,
https://sites.google.com/view/sahel-nature-consulting/accueil, consulté le 20/06/2026
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FALL Marie et JACQUEMOT Pierre, 2023. « L’autonomisation des femmes, une réponse à l’insécurité alimentaire en Afrique ? »,

https://shs.cairn.info/revue-afrique-contemporaine-2023-1-page-9?lang=fr, pp. 9-38, consulté le 26/06/2026
Food and Agriculture Organization (FAO), 2021. « Sous les feux de la rampe : comment rendre plus durable la dépendance de l’Afrique à l’égard du charbon de bois et du bois de chauffe ? », https://www.fao.org › africa › news-stories › news..., consulté le 1/07/2026

KABEER Naila, (1999). « Resources, Agency, Achievements : Reflections on the Measurement of Women’s Empowerment. Development and Change », 30(3), 435-464.
Mbuangi Lusuadi Maurice et Ntoto M’vubu Alphonse Roger, 2021. « La consommation du charbon de bois dans la ville de Boma (RD Congo) : enjeux socioéconomiques et écologiques, Journal International Sciences et Technique de l’Eau et de l’Environnement », Vol.(vi), No.1, Avril 2021, pp. 52-61, Open Access www.jiste.org, consulté, le 27/06/2026

LAVAL Mathilde et LUNEL Mélanie, 2014. Le charbon vert, espoirs et réalités d’une alternative énergique séduisante, Note de synthèse de l’étude, Etude de l’Observatoire des microprojets, www.agencemicroprojets.org, consulté le 7/07/2026
THÉAU Benoît et KINANGA Ruphin, 2021. « Guide de production du charbon vert, Initiatives Climat », 58 p. www.initiativesclimat.org, consulté le 20/06/2026

OUANDAOGO-YAMEOGO Suzanne, BLAVOUX Bernard, NIKIEMA Julien et SAVADOGO Alain Nindaoua, 2013. « Caractérisation du fonctionnement des aquifères de socle dans la région de Ouagadougou à partir d’une étude de la qualité chimique des eaux », Revue des sciences de l’eau, Volume 26, Number 3, pp. 173–191, https://apropos.erudit.org/en/users/policy-on-use, consulté, le 29/06/2026
TOURÉ Manthia, 2025. « Le charbon écologique au Burkina Faso : Une alternative pour un avenir plus vert », https://maliactu.net, consulté le 13/07/2026
Women Environmental Programme (WEP) Burkina, 2026. « Formation de 60 jeunes filles et femmes hôtes et déplacées internes sur le charbon vert et la cendre écologique », https://www.wep-burkina.org, consulté le 13/07/2026

Ce document de vulgarisation est tiré de l’article scientifique : IMA-OUOBA S. A., 2026. « Charbon écologique : stratégie d’adaptation environnementale et autonomisation des femmes au Burkina Faso », les Cahiers du (CARESFI), Série Sciences Humaines et Sociales, 7 (3) : 77-100