
Pourquoi les maquis sont-ils toujours pleins alors que tout le monde se plaint de la vie chère ?Le Burkina Faso est un pays où presque tout le monde affirme être en difficulté financière, mais où trouver une place assise dans certains maquis le week-end relève parfois de l’exploit. Du lundi au jeudi, c’est le même discours. Le carburant est cher, le sac de riz coûte les yeux de la tête, les frais de scolarité et les fournitures donnent des sueurs froides pendant que le salaire ne change pas. Pour entendre certains citoyens, on pourrait croire que le pays entier est au bord de la faillite. Mais arrive le vendredi soir. Faites un tour dans les grands maquis à Tampouy, Tanghin, Gounghin, Koulouba, Dassasgho, Bendogo, Saaba, Wayalguin… Les parkings sont toujours pleins à craquer avec des engins qui occupent chaque centimètre disponible. Les tables sont toujours garnies. Les serveurs n’ont même plus le temps de respirer. Le tenancier connaît ses clients mieux que ne les connaissent leurs propres familles. Il sait qui paie le 5 du mois, qui disparaît après un prêt, et qui reviendra toujours, même fauché, juste pour l’ambiance. Si tout le monde se plaint de la vie chère et dit manquer d’argent, qui remplit alors les maquis ? Peut-être existe-t-il au Burkina une catégorie de citoyens qui ne parlent jamais du coût de la vie, mais qui sortent chaque week-end pour boire, manger et faire la fête en toute discrétion. Ou alors, les clients des maquis ne sont tout simplement pas les mêmes personnes que celles qui se plaignent de la cherté de la vie. Certains économistes parleraient de comportements de consommation. D’autres évoqueraient le besoin légitime de détente. Un aîné m’a dit que la vie était déjà assez difficile et que, si l’on ne sortait pas un peu, on ne saurait pas comment faire. Et il faut reconnaître que l’argument se défend. Les maquis sont des défouloirs. Après une semaine de travail à jongler entre factures, embouteillages, patrons difficiles et sollicitations familiales, s’asseoir dehors, écouter la musique, refaire le monde et rire fort avec des amis, c’est une forme de soin gratuit, enfin, presque gratuit. Beaucoup préfèrent payer pour oublier leurs problèmes plutôt que d’économiser pour les résoudre plus tard. Quand les temps sont durs, beaucoup de dépenses sont reportées. On peut attendre avant d’acheter une nouvelle moto de son enfant qui a réussi au BEPC. On peut repousser certains projets. Mais la sortie du week-end semble sacrée. Finalement, le problème n’est peut-être pas que les maquis soient pleins. Le problème est que nous avons parfois tendance à considérer que seules les dépenses des autres sont excessives. Quand notre voisin commande une troisième boisson, il est irresponsable. Quand nous faisons la même chose, nous soutenons le Fonds de soutien patriotique. Quand un collègue publie ses photos de maquis, on se demande où il sort cet argent. Quand nous publions les nôtres, nous profitons simplement de la vie. Les maquis pleins ne prouvent pas forcément que les Burkinabè sont riches. Un ami nous a dit que même quand le portefeuille souffre, le besoin de rire, de partager et d’oublier les soucis pendant quelques heures est indispensable. Et tant qu’il y aura des amis, de la musique et du poulet braisé, à la cantine de l’aéroport, à Boulgou Bar ou sous les manguiers rescapés de Tanghin, il y aura toujours quelqu’un pour trouver les ressources nécessaires pour soutenir l’économie nationale. Fredo Bassolé Vos réactions (3) |