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Résilience climatique et souveraineté financière : Les Tannounyan au cœur de la vulgarisation de l’assurance agropastorale

jeudi 3 septembre 2026.

 

Il s’est ouvert ce jeudi 3 septembre 2026, dans la salle de conférence de la direction régionale en charge de l’agriculture de la région des Tannounyan, un atelier régional stratégique d’information et de sensibilisation sur l’assurance paramétrique souveraine et la micro assurance agropastorale. Organisée au profit des acteurs des régions des Tannounyan et du Djôrô, cette rencontre ambitionne de réussir un virage majeur : passer d’une gestion réactive de l’urgence humanitaire à une culture d’anticipation et de souveraineté financière face aux aléas climatiques.

Le Burkina Faso est confronté à une intensification des chocs climatiques caractérisés par des sécheresses récurrentes, des épisodes d’inondations et une variabilité pluviométrique accrue. Ces aléas affectent directement les systèmes de production agricole et pastorale, compromettent les revenus des ménages et accentuent l’insécurité alimentaire.

Les régions de Tannounyan et du Djôrô sont particulièrement exposées à cette double contrainte : risques de crues localisées, forte dynamique pastorale générant une pression accrue sur les ressources naturelles et, ces dernières années, un déficit hydrique saisonnier.

Le présidium à l’ouverture des travaux

L’adhésion du Burkina Faso à la Mutuelle panafricaine de gestion des risques (ARC) marque son choix stratégique en faveur d’un financement anticipatif et souverain des risques climatiques. Le mécanisme d’assurance paramétrique souveraine permet de mobiliser rapidement des ressources financières dès le franchissement de seuils prédéfinis, sans attendre une mobilisation tardive de l’aide internationale. Au Burkina Faso, le PAM est engagé aux côtés du gouvernement pour renforcer l’assurance agricole en général et l’assurance paramétrique souveraine dans le cadre de l’ARC en particulier à travers ARC Réplica.

Face aux dérèglements climatiques vertigineux qui frappent le Sahel, les réponses traditionnelles basées sur l’aide d’urgence a posteriori ont montré leurs limites. C’est pour rompre avec cette fatalité que les autorités burkinabè ont engagé une vaste campagne d’appropriation institutionnelle des mécanismes de la Mutuelle panafricaine de gestion des risques (ARC).

L’atelier de Banfora s’inscrit dans une dynamique nationale visant à outiller les cadres régionaux, les organisations de producteurs et les partenaires techniques afin de bâtir un véritable bouclier financier contre les chocs pluviométriques et environnementaux.

Prononçant le discours d’ouverture au nom du gouverneur de la région des Tannounyan, le haut-commissaire Mathieu Tinguéri a planté le décor d’une région à fort potentiel mais fortement exposée. « Notre région est une terre d’immenses potentialités agropastorales, mais nous le savons tous, nous sommes en première ligne face aux déséquilibres climatiques. Entre la pression constante sur nos ressources pastorales, les menaces récurrentes de criquets ou de sécheresses localisées et les déficits hydriques saisonniers qui fragilisent nos récoltes, nos agriculteurs et nos éleveurs paient un lourd tribut », a-t-il souligné.

Le Haut Commissaire lors de son discours

Le haut-commissaire Mathieu Tinguéri a rappelé l’engagement ferme des plus hautes autorités de l’État dans cette vision proactive. « Pendant trop longtemps, notre pays, à l’instar de nombreuses autres nations africaines, a attendu l’aide d’urgence ex-post pour réagir aux catastrophes. Ce modèle basé sur la réaction tardive a montré ses limites. C’est un modèle incertain, dépendant et trop lent pour protéger dignement nos populations. Face à cette situation, le gouvernement a fait le choix souverain de rompre avec cette fatalité en privilégiant l’anticipation et la résilience financière », a-t-il laissé entendre.

Mettant en exergue l’historique et la portée de cette démarche, le haut-commissaire a souligné que l’adhésion du Burkina Faso à l’ARC dès 2012, suivie de la ratification récente par le chef de l’État, le capitaine Ibrahim Traoré, scelle une volonté politique claire : prémunir le monde rural contre les risques de décapitation de ses moyens de production.

Il a enfin tenu à saluer le soutien déterminant des partenaires techniques et financiers, en particulier le Programme alimentaire mondial (PAM) à travers l’initiative ARC Replica, dont l’accompagnement constant permet d’étendre la couverture d’assurance aux zones les plus vulnérables.
Dans son message, Irissa Ilboudo, représentant le Secrétariat exécutif du Conseil national de sécurité alimentaire (SE-CNSA) et point focal national ARC, a apporté un éclairage technique sur les enjeux et la complémentarité des dispositifs présentés.

Un aperçu des participants en salle

Pour lui, une série d’ateliers d’information a été entamée pour permettre aux acteurs régionaux de bien comprendre les enjeux liés à l’assurance agropastorale. « Notre pays a fait le choix d’anticiper, de prévenir et de gérer de manière conséquente tous les chocs, y compris particulièrement les chocs climatiques », a-t-il rappelé.

Selon lui, il y a deux grands instruments complémentaires. D’une part, la macro-assurance (ou assurance souveraine), qui est souscrite par l’État et ses partenaires. Elle permet de disposer de ressources financières immédiates dès que le constat de sinistre est établi au niveau satellitaire ou paramétrique. L’avantage est d’aider les populations très rapidement et d’éviter qu’elles ne soient obligées de brader leurs biens ou leurs outils de travail pour survivre.

D’autre part, la micro-assurance agropastorale, qui s’adresse directement aux producteurs, qu’ils soient individuels ou regroupés en sociétés coopératives. Lorsqu’un producteur souscrit à la micro-assurance et qu’un sinistre survient, il reçoit une indemnisation directe. Cela lui permet de racheter des intrants, de reconstituer son cheptel et de préserver son capital productif. C’est cette complémentarité entre la couverture globale de l’État et la protection rapprochée des producteurs qui renforce véritablement la résilience du monde rural.

Irissa Ilboudo point focal national ARC.

À l’issue de cet atelier, à en croire Irissa Ilboudo, les attentes sont d’abord que les participants s’approprient pleinement ces deux instruments : qu’ils en comprennent le fonctionnement, les déclencheurs et les modalités d’indemnisation. Ensuite, qu’ils servent de relais d’information crédibles auprès des producteurs à la base et soumettent des recommandations réalistes et adaptées aux spécificités territoriales des Tannounyan et des régions associées pour perfectionner le dispositif sur le terrain.

Pendant cette journée de réflexion, les représentants de la région des Tannounyan vont décortiquer l’articulation entre l’assurance paramétrique, les systèmes d’alerte précoce et les plans nationaux de réponse aux catastrophes.
En dotant les décideurs locaux et les leaders paysans de ces outils financiers innovants, le Burkina Faso franchit un pas décisif vers une autonomie stratégique durable face au défi climatique.

Djaryigo Diarra
Lefaso.net