
Cameroun : Plus de 50 femmes tuées en 7 mois, des mineures violées, indignations et questionnements au sein de l’opinionL’actualité camerounaise est ravivée en ce mois d’août 2026 par des violences dont sont victimes les femmes à travers le pays. Les chiffres officiels rappellent que 50 femmes ont été tuées en 2023, 67 en 2024, 77 en 2025 et une tendance qui s’aggrave en 2026, en ce sens qu’entre janvier et avril seulement, plus de 50 féminicides ont déjà été enregistrés, auxquels s’ajoutent 13 infanticides et de nombreux cas de viols. Une « tendance haussière » ces dernières années qui préoccupe et suscite indignations et questionnements. Malheureusement encore, ces statistiques ne reflètent qu’une partie de la réalité, avoue Mme la ministre de la promotion de la Femme et de la Famille, qui affirme qu’il s’agit de « la face visible de l’iceberg », en raison de la faible dénonciation des violences. « La peur des représailles, la stigmatisation sociale et la pression familiale dissuadent encore de nombreuses victimes de porter plainte. Les données issues des enquêtes de santé mettent en lumière l’ampleur du phénomène : près de 4 femmes sur 10 déclarent avoir subi des violences physiques, tandis que 13 % évoquent des violences sexuelles. Dans la majorité des cas, les agresseurs sont des proches, conjoints, membres de la famille ou voisins, ce qui complique davantage la dénonciation et la prise en charge. Sur le terrain, malgré l’existence de numéros d’urgence et de structures d’accueil, de nombreuses victimes dénoncent un manque d’écoute et de protection. Certaines affirment être jugées ou renvoyées vers leurs agresseurs, renforçant ainsi un sentiment d’abandon et de méfiance envers les institutions », rapporte le média local, Baatonu info. Selon le confrère camerounais, les autorités elles-mêmes reconnaissent que plusieurs facteurs alimentent cette situation : l’impunité persistante, la faiblesse des moyens alloués à la lutte contre les violences, les crises sécuritaires et l’insuffisante adaptation du cadre juridique aux normes internationales. Il y ressort également qu’un projet de loi sur les violences basées sur le genre, élaboré en 2024 avec l’appui de partenaires internationaux, reste en attente d’examen au Parlement, alors que sa mise en œuvre est présentée comme une étape décisive pour renforcer la protection des femmes. JournalduCameroun.com avance avec plus de détails communiqués par des organisations de la société civile (avec des nom et prénoms, âge, région et dates du drame…). Ce bilan publié le 29 juillet 2026 et relayé par le canard, fait relève que 53 féminicides ont été enregistrés entre le 1er janvier et le 29 juillet 2026. Il y ressort également que dans le même intervalle de temps, sept cas de jeunes filles violées avant d’être tuées ont été recensés. « Féminicides au Cameroun : une femme tuée chaque jour cette semaine », titre 237 online.com, qui précise qu’en sept jours, sept femmes ont été tuées par leurs conjoints ou compagnons. « Le mot féminicide n’est plus une abstraction au Cameroun, c’est devenu une chronique quotidienne, presque banale, à force de répétition. Modestine T., 32 ans, poignardée à plusieurs reprises par son époux à Bertoua. Dorothée Ngo, 36 ans, égorgée à Douala. Le point commun entre ces affaires est glaçant, c’est qu’elles se déroulent toutes dans l’intimité du foyer. Le 22 août 2026, Modestine T. meurt sous les coups de son mari Hervé N., 42 ans, boucher au marché Logpom à Douala. Un jour plus tôt, dans l’arrondissement de Yaoundé V, un homme tue sa compagne parce qu’elle voulait le quitter. Il n’a pas supporté qu’elle parte, dira-t-il aux enquêteurs. À Yaoundé toujours, quartier Mimboman puis Auberge Château, deux autres femmes perdent la vie dans des circonstances similaires, en l’espace de quelques jours. Le 17 août, au marché Mokolo, Osée Yen Enock, 22 ans, tue sa compagne Blandine Diane, enceinte de trois mois. Le lendemain, il tue une seconde femme, Nsam, également enceinte. La police du 16è arrondissement de Yaoundé a mené l’enquête et confirmé les deux crimes. Le mode opératoire varie peu. Couteaux, coups portés à la tête ou au cou, corps parfois dissimulés dans des fosses creusées à la hâte. Ce chiffre-là, une femme tuée chaque jour en une semaine, ce n’est pas une exagération journalistique. C’est ce que les faits divers de la période nous donnent à lire, noir sur blanc », récapitule la parution, citant comme motifs à ces drames, la jalousie, les soupçons d’infidélité, la rupture annoncée, la grossesse contestée, etc. Le média estime qu’il est « franchement » difficile de ne pas y voir un schéma qui se répète, et sans que grand-chose ne change en amont. « Les disputes de couple, les tensions autour de la sexualité ou de la paternité, la précarité économique, tout cela s’accumule et finit parfois dans le sang. Le silence des victimes, souvent isolées, joue aussi un rôle. Beaucoup n’ont partagé leur détresse avec personne avant le drame. Le professeur Christian Bios, sociologue, situe cette recrudescence dans des considérations socio-culturelles profondément ancrées. Le mariage, perçu comme un facteur de réussite sociale, devient un instrument de domination et de violences conjugales, explique-t-il. La femme est amenée à intérioriser ces tensions comme un fait normal, un passage obligé de la vie de couple. Le sociologue pointe aussi les traditions patriarcales qui écartent le conflit plutôt que de le résoudre. Chefs traditionnels et religieux sont souvent absents quand il faudrait justement intervenir en amont. Résultat, les disputes s’enveniment jusqu’à des extrêmes qui n’ont plus rien à voir avec l’idéal de complétude par le mariage. Selon Christian Bios, aucune société ne peut tenir dans le temps, si l’espace éducatif n’investit pas dans une veille permanente sur l’éducation des jeunes générations. L’éducation à la non-violence ne saurait être distincte d’une éducation qui insiste sur le partage et le respect mutuel, dit-il en substance. Mais l’éducation seule ne résiste pas à une culture patriarcale pernicieuse sans un cadre juridique suffisamment dissuasif. C’est le point faible souvent pointé du doigt. Les sanctions existent sur le papier, mais leur application reste inégale, ce qui n’aide pas à faire reculer le phénomène », a approfondi et scruté 237 online.com. A en croire ces sources, le gouvernement a, depuis le premier semestre 2026, mis en place plusieurs initiatives, à la suite d’une série de féminicides, d’infanticides et de viols. Le 1er juin, un plan d’action a été lancé pour renforcer les modalités de riposte, aux côtés des ministères de la Communication, de la promotion de la Femme, de la Famille et des Affaires sociales ainsi que bien d’autres dispositifs (dont des lignes d’écoute, d’orientation pour les victimes et témoins de violences). En dépit de ces initiatives, parfois inspirées et/ou portées avec des partenaires internationaux, l’Etat est pointé par de nombreux observateurs, surtout des défenseurs de droits humains, d’être passif face à une situation aussi gravissime. O.L.. Vos réactions (1) |